Fritz Stahlbaum est le fils du médecin consultant Stahlbaum et le frère de Marie dans Casse-Noisette et le roi des souris. Il apparaît dès le début du récit, au soir de Noël, comme un enfant placé au cœur de la scène familiale et des préparatifs des cadeaux. Son statut est simple mais déterminant : il appartient à la famille bourgeoise chez qui se déroule une grande partie de l'action, et il incarne d'emblée un regard enfantin, concret, volontaire et souvent opposé à celui de sa sœur.
Fritz n'est pas le héros du conte, mais il joue un rôle essentiel dans l'équilibre de l'intrigue. Il sert à faire ressortir, par contraste, la sensibilité de Marie : il est plus rude, plus pratique, plus impatient, là où elle est plus tendre et plus imaginative. Ses réactions devant les jouets, sa préférence pour les soldats et son désir de possession donnent une couleur très nette à la première partie du récit et contribuent à installer l'univers enfantin du conte.
Il agit aussi comme un moteur d'événements. C'est lui qui se montre d'abord attiré par les cadeaux les plus guerriers, puis qui blesse Casse-Noisette en le faisant casser des noix trop dures. Ce geste déclenche un conflit décisif entre les deux enfants autour de la poupée, et il participe indirectement à la chaîne des épisodes merveilleux qui suivent. Plus tard, sa crédulité limitée et son scepticisme renforcent encore l'isolement de Marie dans son expérience du merveilleux.
La relation la plus importante de Fritz est celle qu'il entretient avec Marie. Les deux enfants sont proches au début, assis l'un près de l'autre dans la chambre du fond, mais leurs goûts divergent aussitôt : Fritz préfère les soldatesques, les chevaux et l'action, tandis que Marie admire les poupées et se passionne pour Casse-Noisette. Cette différence devient une rivalité au moment où Fritz casse les dents de Casse-Noisette, ce qui provoque les larmes de sa sœur et le place du côté de la brutalité.
Avec son père, Fritz manifeste une obéissance relative, mais aussi un esprit pratique : il accepte les cadeaux paternels et les utilise selon son inclination militaire. Avec le parrain Drosselmeier, son rapport est mêlé d'admiration, d'impatience et de moquerie. Il n'hésite pas à le presser de montrer ce qu'il sait faire, à se lasser des mécanismes du château miniature, puis à railler ses gestes et ses inventions. En revanche, il se montre plus favorable au Casse-Noisette lorsqu'il l'estime utile, mais cette appréciation reste utilitaire et demeure inférieure à son intérêt pour ses propres soldats.
Fritz est présenté comme un enfant vif, énergique et dominé par le goût de l'action. Il aime le mouvement, les manœuvres, le bruit des batailles et la discipline des hussards. Le texte insiste sur son tempérament un peu dur : il parle parfois "un peu durement", manifeste peu de patience et traite Casse-Noisette avec une brutalité involontaire mais réelle. Il possède aussi une logique très concrète : il juge les jouets à leur usage et refuse ce qui lui paraît incapable de fonctionner librement.
Mais Fritz n'est pas seulement brutal. Il a aussi quelque chose de sérieux, de méthodique et d'honnête dans sa manière de jouer. Il organise ses troupes, leur assigne des rangs, punit même ses soldats lorsqu'il estime qu'ils ont mal agi, et sait reconnaître une hiérarchie. Après le reproche de son père, il se montre confus, ce qui indique une capacité à comprendre la faute. Son caractère reste donc contrasté : il est impulsif, moqueur et guerrier, mais non dépourvu de sens de l'ordre ni de loyauté envers ce qu'il considère comme ses propres règles.
Fritz demeure globalement un personnage stable. Il ne connaît pas de transformation profonde comparable à celle de Marie, qui s'ouvre progressivement au merveilleux et à la fidélité affective. Fritz conserve ses goûts militaires, son goût du concret et son scepticisme face aux récits et aux prodiges. Ce qui évolue surtout, c'est sa manière de réagir aux événements : il passe de la moquerie à une certaine soumission à l'autorité paternelle, puis à une meilleure compréhension de ce que l'on attend de lui lorsqu'il reconnaît ses torts devant ses hussards.
Cette stabilité a un sens narratif précis : Fritz représente une disposition enfantine qui reste attachée au visible, à l'efficacité et au jeu de guerre, sans entrer dans la zone du rêve et du sacrifice qui définit Marie. Il sert ainsi de contrepoint durable au cheminement de sa sœur.
Fritz symbolise dans le conte l'enfance du concret, de la discipline et du pouvoir ludique. À travers lui, l'auteur met en scène une forme de rationalité enfantine qui valorise l'action visible, les règles, la hiérarchie et l'efficacité, au détriment de la douceur imaginative. Il incarne aussi la fragilité des jouets et des rapports de force dans le monde de l'enfance : ce qu'il commande peut être réorganisé, puni, déplacé, comme une petite armée. Son comportement révèle enfin une société miniature traversée par des modèles militaires et domestiques, où les enfants reproduisent les hiérarchies des adultes.
En face de Marie, Fritz permet à l'œuvre de faire entendre deux rapports au réel : l'un tourné vers l'utilité et la maîtrise, l'autre vers la sympathie et le merveilleux. Il n'est pas un méchant, mais un personnage limité par son tempérament, dont les gestes déclenchent pourtant la souffrance, le conflit et l'aventure. À ce titre, il contribue à faire du conte une réflexion sur la diversité des sensibilités enfantines et sur la manière dont l'imaginaire naît aussi des blessures et des oppositions du quotidien.