Le roi des souris est un personnage antagoniste majeur du conte. Il apparaît d'abord de manière indirecte dans le récit de Drosselmeier sur la princesse Pirlipat, sous le nom de fils de dame Mauserink, puis il surgit dans l'intrigue principale comme la puissance menaçante qui tourmente Marie et s'oppose à Casse-Noisette. Il est décrit comme une figure monstrueuse, dotée de sept têtes et de couronnes, ce qui en fait une incarnation spectaculaire du danger et du merveilleux inquiétant de l'œuvre.
Sa fonction narrative est celle de l'opposant central. Dans l'histoire de Pirlipat, sa lignée explique la malédiction qui frappe la princesse et l'origine de la laideur de Casse-Noisette. Dans le récit principal, il devient l'ennemi direct de Casse-Noisette, qu'il menace de mort et dont il provoque l'affaiblissement en exigeant les sucreries de Marie. Il fait ainsi avancer l'action par la peur, le chantage et le combat.
Il joue aussi un rôle décisif dans la mise à l'épreuve de Marie. Ses apparitions nocturnes, ses menaces et sa violence poussent l'enfant à sacrifier ses friandises, puis à intervenir directement en jetant son soulier, acte qui contribue à sa défaite. Le roi des souris est donc à la fois moteur du drame et révélateur du courage de Marie.
Sa relation la plus essentielle est celle qui l'oppose à Casse-Noisette. Il le poursuit, le blesse moralement et menace de le dévorer, tandis que Casse-Noisette mène contre lui la bataille décisive avec ses troupes de poupées et de soldats. Cette rivalité est ancienne et familiale, puisque le roi des souris est présenté comme le fils de dame Mauserink, ennemie de la lignée de Casse-Noisette depuis l'épisode de Pirlipat.
Avec Marie, il entretient un rapport de domination par la terreur. Il surgit près de son lit, lui intime de lui donner dragées, frangipane, bonshommes de sucre et livres d'images, et menace de faire périr Casse-Noisette si elle refuse. Face à Fritz, il n'y a pas de lien direct comparable, mais la violence de l'affrontement dans la chambre fait de lui l'ennemi commun des enfants et de l'univers des jouets.
Le roi des souris est foncièrement cruel, vorace et menaçant. Il réclame sans cesse à manger, dévore les sucreries de Marie, s'empare du lard et impose sa loi par la peur. Son langage est agressif et sifflant, et son comportement exprime une brutalité presque animale, renforcée par son apparence monstrueuse et ses sept têtes.
Il est aussi une figure de ruse et de pouvoir tyrannique. Il ne se contente pas de la force brute : il sait exploiter la faiblesse de Marie en menaçant Casse-Noisette, et il intervient dans le combat comme un chef de guerre, suivi d'une armée organisée. Pourtant sa puissance reste liée à la menace et au chantage ; une fois frappé, il disparaît, ce qui révèle sa vulnérabilité malgré son apparence effrayante.
Le roi des souris ne connaît pas une véritable évolution psychologique. Il passe de la menace racontée dans l'histoire de Pirlipat à l'ennemi effectif de Marie et de Casse-Noisette, puis il est vaincu dans la bataille nocturne. Sa fonction demeure stable : il incarne la force hostile, la faim dévorante et la malédiction qui pèse sur Casse-Noisette. Sa disparition n'abolit pas complètement sa menace, puisque son histoire se prolonge dans la lignée qu'il laisse derrière lui.
Le roi des souris symbolise à la fois la monstruosité, la violence instinctive et la tyrannie du désir de possession. Il représente un monde déréglé où la nourriture, les objets précieux et même les êtres aimés peuvent être menacés, dévorés ou pris en otage. Par son lien avec dame Mauserink et avec la malédiction de Pirlipat, il inscrit aussi le conte dans une logique de vengeance et d'héritage du mal.
Il révèle enfin la dimension morale et imaginative du conte : le combat n'est pas seulement celui d'un jouet contre des souris, mais celui de l'innocence, de la fidélité et du sacrifice contre la brutalité. En faisant du roi des souris un adversaire à la fois grotesque et terrifiant, le texte transforme un conflit enfantin en épreuve initiatique, où la peur devient le moyen de mesurer la valeur de Marie et de Casse-Noisette.