Pauline Cugnot est une vendeuse du rayon des confections au Bonheur des Dames, jeune femme du personnel de magasin qui partage la vie rude des employées logées sous les toits. Elle apparaît d’abord comme une collègue attentive à Denise, puis comme une présence durable dans l’univers du rayon. Issue de Chartres, elle connaît elle-même les débuts difficiles du métier, ce qui la rapproche immédiatement de la jeune fille. Dans l’œuvre, elle compte parmi ces figures secondaires mais très actives qui font vivre le quotidien du grand magasin.
Dans l’intrigue, Pauline joue surtout un rôle d’adjuvant. Elle aide Denise à tenir dans un milieu hostile, lui apporte des conseils concrets, de l’argent quand il lui en manque, et surtout une parole fraternelle qui la soutient dans ses moments de découragement. Elle fait ainsi contrepoids à la dureté du rayon et à l’isolement de l’héroïne. Par sa présence, elle révèle aussi les solidarités possibles au sein d’un monde dominé par la concurrence et la lutte pour la vente.
Son importance narrative tient également à ce qu’elle sert de médiatrice entre Denise et la vie affective du magasin. Elle parle librement des amours, des mariages, des peurs, des usages du personnel, et elle aide le lecteur à comprendre les mœurs du Bonheur. Plus tard, sa grossesse, puis son mariage avec Baugé, la placent au centre d’un problème social important dans le roman, celui de la place des femmes employées et de la maternité dans une maison qui supporte mal les attaches familiales.
La relation la plus forte est celle qui l’unit à Denise. Pauline la prend en affection dès les premiers temps, la défend contre les moqueries, lui confie sa propre expérience et lui prête de l’argent lorsqu’elle est en difficulté. Elle devient pour Denise une amie véritable, presque une sœur d’élection, à un moment où la jeune fille n’a guère d’appuis au magasin. Leur intimité est faite de confidences, de soutien moral et d’échanges sur l’argent, l’amour, la fatigue et la peur d’être renvoyée.
Pauline est aussi liée à Baugé, qu’elle finit par épouser, et cette relation montre un versant plus stable de son existence. Elle entretient en outre des rapports de camaraderie avec plusieurs employés, notamment Deloche, auquel elle peut parler avec simplicité. En revanche, elle se trouve en désaccord avec la morale stricte du magasin dès qu’elle conseille à Denise de prendre un amant pour améliorer sa situation, ce qui manifeste sa liberté de ton et sa conception très pragmatique des choses. Enfin, elle observe et commente sans cesse les autres vendeuses, ce qui la situe au cœur du réseau de sociabilité du rayon.
Pauline est d’abord une jeune femme bonne, fraternelle et généreuse. Elle a de la franchise, de la chaleur, une simplicité sans calcul. Lorsqu’elle voit Denise malheureuse, elle ne juge pas, elle console. Elle connaît la dureté du métier, mais elle la traverse avec une gaieté robuste et une certaine intelligence pratique. Son parler direct, sa manière d’aller au plus simple, son absence de fausse pudeur la rendent immédiatement vivante.
Elle est aussi très concrète, presque désinvolte dans sa morale. Elle admet facilement les compromis de la vie parisienne et imagine sans scandale qu’une vendeuse puisse avoir un amant, pourvu que la chose reste discrète. Cette liberté contraste avec la réserve de Denise. Pauline aime les plaisirs, les sorties, la campagne, les gourmandises, et elle vit avec une sorte d’optimisme charnel. Mais cette facilité n’exclut pas la loyauté : lorsqu’elle se marie et devient enceinte, elle n’en reste pas moins l’amie fidèle qui tente de protéger Denise et de lui éviter les pièges du magasin.
Pauline évolue peu dans sa nature profonde, mais son statut change. D’employée confiante et proche de Denise, elle devient ensuite une femme mariée, puis une femme enceinte, ce qui modifie sa place dans le rayon et dans l’institution du Bonheur des Dames. Son passage à la maternité est important, car il met en lumière la fragilité des vendeuses face aux exigences du commerce. Malgré ces transformations sociales, elle conserve son tempérament de bonne camarade, sa franchise et sa bonne humeur.
Pauline symbolise une forme d’adaptation au monde moderne : elle sait vivre dans le grand magasin sans se laisser détruire par lui, parce qu’elle possède le sens pratique, la souplesse et la solidarité. À travers elle, le roman montre qu’il existe, au sein même de la machine commerciale, des espaces de chaleur humaine. Mais Zola suggère aussi la précarité de ces vies de femmes, exposées à la fatigue, à la grossesse, aux renvois, et contraintes d’inventer sans cesse des stratégies pour rester debout. Pauline rend sensible ce mélange de désillusion et de vitalité qui traverse tout le livre.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Pauline Cugnot, à travers d'autres œuvres.