Zayde est une jeune princesse arabe, fille de Zuléma et d'Alasinthe, élevée à Chypre puis entraînée, par le naufrage, sur les côtes d'Espagne. Elle apparaît d'abord comme une inconnue sauvée de la mer par Consalve et Alphonse, dans un état de silence et d'incompréhension qui la rend immédiatement mystérieuse. Sa beauté, son origine noble et l'énigme de sa langue en font très vite une figure centrale du récit, autour de laquelle s'organisent la curiosité, le désir et les malentendus.
Zayde est l'un des principaux pôles romanesques de l'œuvre. Elle n'est pas narratrice, mais elle devient un moteur essentiel de l'action, car son apparition fait naître chez Consalve l'amour, la jalousie, l'espérance et la douleur. Son histoire personnelle, longtemps partiellement cachée, donne aussi sa structure au roman : le récit avance par révélations successives sur son identité, ses origines, ses amours et ses déplacements.
Elle agit à la fois comme objet d'amour, source d'énigme et révélatrice des passions des autres. Sa présence provoque les interprétations erronées de Consalve, nourrit ses soupçons, puis confirme peu à peu ses sentiments. Elle est également liée à plusieurs nœuds narratifs majeurs : le secret de son langage, le portrait qui la relie à un homme inconnu, les rivalités autour d'Alamir, puis la résolution finale qui permet son union avec Consalve. Par sa place, elle organise une grande partie de l'intrigue sentimentale et romanesque.
La relation la plus importante de Zayde est celle qui l'unit à Consalve. D'abord rencontrés dans la solitude d'Alphonse, ils se comprennent mal, puis leurs regards, leurs silences et leurs gestes créent une passion réciproque mais longtemps entravée. Consalve l'aime, la soupçonne, la croit infidèle, et pourtant il ne cesse de revenir vers elle; Zayde, de son côté, éprouve une inclination profonde qu'elle cache avec retenue. Leur relation est marquée par les obstacles de la langue, de l'ignorance mutuelle et des suppositions erronées.
Zayde est également liée à Félime, sa compagne et confidente, qui partage son histoire, son naufrage et ses malheurs. Avec Félime, elle forme un duo de princesses unies par l'amitié et la douleur. Elle entretient aussi un rapport essentiel avec son père Zuléma, dont elle dépend pour son destin, notamment lorsqu'il veut la donner à Alamir ou lui impose les lois de sa religion. Enfin, Zayde est au coeur d'une rivalité avec Alamir, prince de Tharse, qui l'aime avec passion, tandis qu'elle lui oppose une grande répugnance. Cette opposition, d'abord fondée sur la religion et sur la volonté paternelle, devient l'un des principaux ressorts du drame.
Zayde se distingue d'abord par sa beauté, mais le texte insiste autant sur sa modestie, sa sensibilité et sa retenue. Elle est capable d'une grande délicatesse dans ses attitudes, d'une profonde tristesse, et d'une fidélité du coeur qui contraste avec les passions changeantes d'Alamir. Son amour pour Consalve se développe sans éclat, dans la pudeur, la prudence et la souffrance. Elle ne se livre jamais avec légèreté : même lorsqu'elle aime, elle veut rester digne, et elle craint toujours de compromettre son honneur.
Le personnage est aussi traversé par des contradictions. Zayde est une femme passionnée, mais elle reste soumise à des règles de bienséance et à l'autorité paternelle. Elle éprouve une inclination sincère pour Consalve, tout en se croyant destinée à un autre par les paroles d'Albumazar et les volontés de Zuléma. Elle souffre de la jalousie, de l'absence et de l'injustice, mais elle garde une force intérieure remarquable. Son caractère associe donc la sensibilité amoureuse à une grande maîtrise de soi.
Zayde évolue d'une princesse inconnue et silencieuse vers une femme pleinement lisible aux yeux du lecteur, sans perdre sa réserve ni sa noblesse. D'abord étrangère, presque inaccessible, elle devient peu à peu un personnage dont les sentiments se précisent, notamment par ses regards, ses larmes, ses lettres et ses réactions. Son parcours est celui d'une clarification progressive : on découvre qu'elle aime Consalve, qu'elle résiste à Alamir, et qu'elle se débat entre inclination personnelle, devoir familial et croyances religieuses.
À la fin, cette évolution n'efface pas sa constance. Elle reste une figure de fidélité et de retenue, mais elle obtient enfin la possibilité d'exprimer plus clairement ses sentiments et de voir se lever les malentendus qui l'entouraient. Le personnage passe ainsi du secret à la reconnaissance, sans devenir moins vertueuse ni moins sensible.
Zayde symbolise l'union du romanesque et de la vertu : elle incarne à la fois l'idéal de beauté, la noblesse de naissance, la pureté du sentiment et la souffrance imposée par les contraintes sociales et religieuses. À travers elle, le texte explore la fragilité des passions humaines, la puissance des apparences, et les effets destructeurs des erreurs d'interprétation. Elle révèle aussi un monde où le mariage, la religion, le rang et les alliances politiques pèsent lourdement sur les choix du coeur.
Le personnage met en valeur le projet du récit : montrer comment l'amour se forme, se trompe, se corrige et se légitime. Zayde n'est pas seulement une héroïne aimée, elle est un instrument d'analyse des passions, car sa présence fait apparaître la jalousie de Consalve, l'inconstance d'Alamir, la fidélité de Félime et l'autorité de Zuléma. Elle incarne ainsi une conception très romanesque de l'humanité, où la vérité du coeur se découvre lentement, au milieu des hasards, des masques et des épreuves.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Zayde, à travers d'autres œuvres.