Félime est une jeune femme étrangère, d'origine noble, liée à Zayde par une relation de proximité intime et d'amitié. Elle apparaît d'abord comme la compagne de Zayde après le naufrage qui les jette sur les côtes d'Espagne, puis comme une présence essentielle autour d'elle dans les épisodes de captivité, de séparation et de reconnaissance. Son rôle est important dès sa première apparition, car elle accompagne l'héroïne, sert d'intermédiaire dans les échanges impossibles avec Consalve, et participe à plusieurs révélations décisives de l'intrigue.
Elle se distingue aussi par sa singularité : elle parle la langue de Zayde, connaît les codes du monde arabe et chrétien, et occupe une place de premier plan dans l'histoire des amours et des erreurs d'identité. Par sa parole, ses confidences et sa fidélité, elle devient l'une des figures qui orientent le récit et éclairent le destin des autres personnages.
Félime joue d'abord un rôle d'adjuvant. Elle soutient Zayde dans l'épreuve du naufrage, de l'exil et du déracinement, et elle l'aide dans les moments où la communication avec Consalve est impossible. Elle devient aussi une médiatrice narrative : c'est elle qui peut expliquer, raconter et transmettre ce que les autres personnages ignorent, notamment lorsqu'elle confie à don Olmond l'histoire de Zayde et de sa propre vie. Son importance tient donc autant à sa fonction dans l'action qu'à sa capacité à rendre lisibles des situations dominées par les malentendus.
Elle n'est ni une simple confidente ni un personnage secondaire effacé. Son récit propre prend une ampleur réelle, et sa présence relie plusieurs ensembles de l'œuvre : l'histoire de Consalve, celle de Zayde, celle d'Alamir et la sienne. Elle agit comme une charnière entre les intrigues amoureuses et les récits d'exil, ce qui la rend indispensable à la cohérence de l'ensemble.
La relation centrale de Félime est celle qu'elle entretient avec Zayde. Elle l'accompagne partout, partage ses malheurs, ses peurs et ses larmes, et lui demeure attachée avec une fidélité constante. Leur lien est présenté comme une fraternité d'affection autant que de condition : elles ont grandi ensemble, ont subi ensemble le naufrage, l'éloignement et les contraintes de leur statut. Félime est aussi celle qui comprend, avant les autres, que Zayde s'attache à Consalve, et elle observe avec attention la naissance et les troubles de cette inclination.
Félime est également liée à Alamir, d'abord comme observatrice de ses manières, puis comme femme éprise de lui. Cette passion, longtemps secrète, structure sa vie intérieure et explique une grande partie de ses souffrances. Elle intervient aussi auprès de don Olmond, à qui elle ouvre son histoire, et auprès de Consalve, à qui elle parle à plusieurs reprises de Zayde et d'Alamir. Avec ces personnages, elle est à la fois confidente, révélatrice et témoin, sans jamais cesser d'être affectée personnellement par ce qu'elle dévoile.
Félime se définit d'abord par sa fidélité. Elle ne quitte pas Zayde, la plaint, la protège et la sert dans toutes les circonstances. Elle a aussi une grande délicatesse morale : même lorsqu'elle souffre de l'amour d'Alamir, elle s'interdit de nuire à Zayde ou de favoriser ouvertement son propre intérêt. Sa sensibilité est extrême, mais elle reste souvent contenue; elle endure, observe, se tait, puis ne parle qu'au moment où la confiance ou la nécessité l'exige.
Elle est pourtant traversée par des contradictions douloureuses. Elle aime Alamir avec force, tout en sachant qu'il aime Zayde ou qu'il est au moins lié à elle par une passion qui la menace. Cette tension nourrit sa tristesse, sa jalousie et sa lucidité. Elle est donc à la fois généreuse et blessée, loyale et secrètement passionnée, capable de raison mais sans pouvoir se délivrer de l'attachement qui la consume.
Félime évolue surtout en intensité plutôt qu'en nature. Elle apparaît d'abord comme une compagne dévouée, puis se révèle comme une amoureuse discrète, ensuite comme une narratrice de sa propre histoire, enfin comme une femme consumée par une passion sans issue. Sa trajectoire va de l'effacement relatif à la révélation progressive de son intériorité. Plus l'intrigue avance, plus son rôle émotionnel s'affirme, jusqu'à la scène finale où son aveu d'amour pour Alamir prend une force tragique.
Cette évolution ne la transforme pas en personnage changeant au sens moral : elle reste fidèle, sensible et généreuse jusqu'au bout. Ce qui change, c'est la visibilité de ses sentiments et la gravité de son destin. Sa stabilité met en valeur sa constance amoureuse et la pureté douloureuse de son attachement.
Félime symbolise l'amour silencieux, la fidélité souffrante et la lucidité impuissante. À travers elle, l'œuvre montre que les passions ne touchent pas seulement les grands héros, mais aussi ceux qui les entourent et les soutiennent dans l'ombre. Elle révèle aussi une société où les destins personnels sont soumis aux naissances, aux religions, aux guerres et aux erreurs de reconnaissance, de sorte que l'amour devient souvent une source d'injustice plus qu'un accomplissement.
Elle éclaire enfin le projet du roman : multiplier les récits croisés pour faire apparaître les contradictions du coeur humain. Félime, par sa retenue et par sa douleur, donne au texte une profondeur morale particulière. Elle incarne cette vérité romanesque selon laquelle aimer peut consister autant à se taire, à attendre et à souffrir qu'à conquérir ou à posséder.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Félime, à travers d'autres œuvres.