Nugna Bella est une grande dame de la cour de Léon, fille de don Diégo Porcellos, l'un des comtes de Castille. Son statut la place au coeur des enjeux politiques et matrimoniaux du récit, puisque sa beauté, son rang et les alliances qu'elle peut rendre possibles en font un personnage de première importance. Elle apparaît d'abord comme la soeur de Consalve, dont elle partage la grandeur de naissance, puis comme une femme dont le destin s'entrelace étroitement à celui des principaux personnages de la cour.
Nugna Bella joue un rôle essentiel dans l'intrigue amoureuse et politique. Elle est à la fois objet de désir, partenaire de confidence et pivot des manipulations qui traversent la cour. Son attachement à Consalve, puis son éloignement progressif, déclenchent et nourrissent une série de malentendus, de jalousies et de trahisons qui structurent une large part du récit. Elle n'est pas un simple personnage secondaire : elle sert de point de liaison entre l'amour, l'ambition et les calculs de pouvoir.
Elle devient aussi un instrument narratif décisif dans les entreprises de don Ramire et du prince don Garcie. Par ses échanges avec eux, elle participe aux secrets de cour, aux dissimulations et aux stratégies destinées à tenir Consalve dans l'ignorance. Son rôle est donc ambigu : elle soutient d'abord l'équilibre des relations, mais contribue ensuite à l'effondrement des fidélités par sa conduite changeante et par sa place dans les réseaux d'influence.
La relation la plus importante de Nugna Bella est celle qu'elle entretient avec Consalve. Elle est sa soeur et, dans l'économie du récit, une figure proche de lui au point que ses choix affectifs et politiques deviennent immédiatement les siens. Consalve l'aime et lui fait confiance, mais il finit par souffrir de son changement. C'est aussi par elle qu'il mesure la fragilité des liens humains, puisqu'elle passe de la fidélité à l'éloignement, puis à une nouvelle attache avec don Ramire.
Avec don Ramire, Nugna Bella forme un second lien fondamental. D'abord médiateur entre elle et le prince don Garcie, don Ramire devient son confident, puis son amant. Leur relation repose d'abord sur des stratégies partagées, car ils cachent à Consalve ce qui se passe entre eux et cherchent à maintenir les apparences. Avec don Garcie, elle entretient une relation de confiance indirecte par l'intermédiaire des confidences et du service politique. Enfin, avec Hermenesilde, elle joue un rôle de conseillère et de soutien, en l'aidant à gérer l'amour du prince et à orienter sa conduite à la cour.
Nugna Bella se distingue d'abord par son esprit et par sa capacité d'adaptation. Le texte souligne à plusieurs reprises son intelligence, sa prudence et son aptitude à conduire les relations de cour. Elle sait parler, cacher, ménager les situations et tirer parti des informations qu'elle reçoit. Elle n'est pas passive : elle réfléchit aux conséquences de ses actes et sait entrer dans des calculs de convenance et d'intérêt.
Mais cette finesse s'accompagne d'une grande fragilité morale. Nugna Bella est partagée entre amour, ambition, prudence et légèreté. Son coeur n'est pas constant : elle aime Consalve, puis se détache de lui quand sa fortune décline, et se tourne vers don Ramire, en qui elle retrouve à la fois mérite et avantage. Le récit insiste sur sa capacité à se justifier elle-même, à ne pas voir pleinement ce qu'elle fait, et sur une forme de dissimulation qui frôle la perfidie. Elle n'est pas présentée comme cruellement mauvaise, mais comme une femme de cour soumise aux mouvements de l'intérêt, de la vanité et du désir de sécurité.
Nugna Bella évolue du statut de maîtresse aimée et de figure de confiance à celui d'amante infidèle et de personnage pris dans les mécanismes de la trahison. Au début, elle aime Consalve et semble partager avec lui une véritable inclination. Puis, sous l'effet de sa disgrâce et de l'ascension de don Ramire, elle se détourne progressivement de lui. Elle finit par s'engager avec don Ramire, tout en continuant à vivre auprès de Consalve pour masquer son changement. Son parcours montre une stabilité relative de caractère, mais une instabilité des choix affectifs, qui révèle à quel point ses décisions sont gouvernées par les circonstances.
Nugna Bella symbolise les illusions et les compromis de la vie de cour. À travers elle, le texte montre combien l'amour y est inséparable du rang, de la réputation et de l'ambition. Elle révèle aussi la vulnérabilité des sentiments quand ils sont soumis aux calculs sociaux : ce qui semblait passion sincère se transforme en stratégie, et ce qui paraissait fidélité devient opportunisme. Le personnage permet ainsi de critiquer l'inconstance humaine sans la réduire à une simple faute individuelle : il montre une société où les liens affectifs sont constamment menacés par le prestige, la politique et la peur de perdre sa place.