Don Garcie est le fils aîné du roi de Léon, appelé à devenir l'héritier du trône, et l'un des grands princes de l'œuvre. Présenté comme jeune, bien fait, ambitieux, doté de bonnes qualités qui surpassent ses défauts, il apparaît dès l'histoire de Consalve comme une figure centrale de la cour et de la guerre, à la fois objet d'admiration et de crainte. Son prestige politique, sa faveur auprès de son père et son rôle dans les affaires amoureuses et militaires lui donnent une place décisive dans l'économie du récit.
Don Garcie joue d'abord un rôle de moteur narratif. Il est lié aux grands basculements de l'intrigue par ses sentiments, ses décisions et ses revirements : son amitié pour Consalve, son amour pour Hermenesilde, puis son consentement à l'éloigner, orientent une part essentielle du récit. Il intervient aussi dans la guerre, dans la diplomatie et dans les arrangements dynastiques, ce qui le place au croisement de l'action politique et de l'action amoureuse.
Il est à la fois favorisé et fautif : favorisé parce qu'il concentre les espoirs du royaume et attire l'attachement de Consalve, fautif parce qu'il trahit cet attachement en cachant ses passions et en acceptant des décisions qui blessent ceux qui l'aiment. Son importance tient précisément à cette position instable : il provoque des crises, puis contribue à leur résolution, notamment lorsqu'il devient roi et participe au dénouement général.
Avec Consalve, Don Garcie entretient la relation la plus décisive. Il l'aime comme un frère, lui donne une grande confiance et dépend longtemps de ses conseils; mais il le trompe en cachant son amour pour Hermenesilde et en acceptant son éloignement. Cette rupture n'abolit pas totalement leur lien, car Consalve reste longtemps sensible à son amitié et à sa faveur, même après la trahison.
Avec Hermenesilde, Don Garcie vit une passion véritable, née d'une admiration immédiate pour sa beauté et entretenue avec adresse jusqu'à obtenir son coeur. Avec Don Ramire, il partage des manœuvres politiques et amoureuses qui montrent sa capacité à s'appuyer sur des intermédiaires. Avec le roi de Léon, il entretient une relation de fils et de rival : le roi le redoute, le surveille, puis finit par lui céder le pouvoir. Il influence aussi Nugna Bella, qu'il prend d'abord dans l'orbite des affaires de cour, et il est lui-même influencé par la reine lorsqu'elle sert les intérêts de ses amours.
Don Garcie est un personnage de passion et d'ambition. Il aime avec ardeur, mais son amour n'est jamais séparé du désir de conquête et de gloire. Il le dit lui-même : la victoire sur un rival lui paraît plus séduisante qu'un amour sans obstacle, et sa manière d'aimer Hermenesilde confirme cette tendance à l'entreprise, à la possession et au défi. Cette énergie fait sa grandeur, mais aussi sa faute.
Psychologiquement, il est partagé entre l'amitié, la politique, l'amour et l'honneur. Il éprouve de la honte lorsqu'il agit contre Consalve, ce qui prouve qu'il n'est ni entièrement pervers ni dénué de conscience. Mais il manque de fermeté morale : il cède à l'ambition, à l'attrait du pouvoir, à la passion et aux calculs de don Ramire. Sa principale contradiction est d'aimer sincèrement tout en trahissant ceux qu'il aime, et d'avoir une certaine noblesse de coeur tout en se laissant emporter par des intérêts de cour.
Don Garcie évolue d'un prince jeune et ambitieux vers un roi plus accompli, sans perdre tout à fait ses traits essentiels. Au début, il agit comme héritier du royaume, maître possible de l'avenir politique. Ensuite, son amour pour Hermenesilde, sa brouille avec le roi et son recours à des stratagèmes révèlent ses faiblesses. Enfin, lorsqu'il accède au trône, il devient plus capable de réparation : il rétablit son amitié avec Consalve, éclaire les malentendus, et participe au dénouement heureux. Sa stabilité profonde reste toutefois la même : il demeure un homme de grandeur, de mouvement et de passion.
Don Garcie symbolise la cour comme lieu d'alliances fragiles, de sentiments mêlés à la politique et de vérités constamment déformées par l'intérêt. À travers lui, le texte montre qu'un prince peut être à la fois admirable et dangereux, généreux et trompeur, aimant et calculateur. Il incarne aussi une réflexion sur le pouvoir : le désir de régner, chez lui, ne va pas sans trouble moral, et l'amour lui-même devient un instrument de stratégie. Le personnage révèle ainsi l'un des grands thèmes de l'oeuvre : la difficulté de concilier la sincérité du coeur avec les contraintes de la naissance, de la politique et des passions de cour.