Colette est la narratrice et la fille de « Sido », au centre de ce récit mémoriel consacré à l’enfance, à la famille et au monde provincial. Elle apparaît d’abord comme une enfant puis comme une jeune femme observatrice, sensible et déjà future écrivaine, qui revient sur son passé pour en dégager les figures majeures, au premier rang desquelles sa mère et son père. Sa place est essentielle : c’est par son regard que le village, le jardin, les parents et les frères prennent valeur de souvenirs, de portraits et de révélations.
Colette assume une fonction de narratrice rétrospective. Elle organise la matière du texte à partir de ses souvenirs, de ses sensations et de ses méditations sur l’enfance disparue. Son rôle est donc double : témoin intérieur du monde familial et voix qui le reconstruit, l’interprète et le transfigure. L’intrigue ne repose pas sur une action linéaire, mais sur une exploration de la mémoire, et Colette en est le centre de perception.
Elle est aussi un personnage de passage et de médiation. Enfant, elle est formée par ses parents, par le jardin, par les saisons, par les frères sauvages et par les visites aux voisines. Adulte, elle revient sur ces scènes pour en tirer une compréhension plus profonde. Son importance tient à cette capacité à faire affleurer la vérité affective des êtres, notamment de « Sido » et du capitaine Colette, bien au-delà des apparences familières.
La relation la plus forte est celle qui l’unit à sa mère, « Sido ». Colette admire, craint, imite et médite cette femme énergique, sensible aux vents, aux plantes et aux présages. « Sido » la surnomme tour à tour de façon affectueuse ou critique, la corrige, l’éveille au monde et l’entoure de marques d’attention. Entre elles, il existe une intimité intense, faite de tendresse, d’ironie et de transmission.
Avec son père, le capitaine Colette, la relation est plus discrète mais tout aussi décisive. Il la juge, la stimule, l’associe à son goût des mots et de la musique, et elle reconnaît en lui une part d’elle-même, notamment dans le regard critique et la force de caractère. Elle est également liée à ses frères, surtout à l’aîné et au cadet, qu’elle observe dans leur liberté, leur sauvagerie et leurs jeux intellectuels, ainsi qu’à Juliette, Adrienne et les voisines du quartier, qui composent autour d’elle un réseau affectif et social très vivant.
Colette se présente comme une enfant d’abord curieuse, impressionnable et attentive aux moindres signes du monde. Elle éprouve une grande sensibilité aux odeurs, aux couleurs, aux gestes et aux paroles. Son rapport au réel passe par l’éveil des sens, mais aussi par le désir de comprendre, de retenir et de nommer. Cette curiosité est inséparable d’une forte vie intérieure, qui lui permet de transformer les scènes ordinaires en expériences presque initiatiques.
Elle possède aussi une lucidité précoce, souvent nourrie par l’exemple maternel et paternel. Son regard n’est jamais naïf très longtemps : elle apprend à juger, à comparer, à mesurer les êtres, les livres, les gestes et les silences. En même temps, elle demeure marquée par l’ambivalence de l’enfance, entre admiration et jalousie, entre docilité et désir d’échapper, entre plaisir de savoir et douleur de détruire ou de perdre. Cette tension fait d’elle un personnage profondément complexe, à la fois tendre, fière, critique et vulnérable.
Colette évolue d’une enfant fascinée par le monde de « Sido » vers une narratrice capable d’analyse et de distance. Elle passe de l’immersion dans le jardin, les saisons et les jeux familiaux à une intelligence plus réfléchie des êtres, notamment des parents, qu’elle comprend tardivement. Le texte montre ainsi une maturation de la mémoire : l’enfant vit, l’adulte interprète. Cette évolution ne supprime pas la sensibilité première, mais la convertit en écriture et en connaissance.
Colette symbolise la puissance de la mémoire sensible et la vocation de l’écrivain à sauver les impressions d’enfance. À travers elle, le texte célèbre la province, le jardin, les rythmes naturels, mais aussi la complexité des liens familiaux et l’impossibilité de connaître totalement ceux qu’on aime. Elle révèle une société rurale fondée sur les différences de tempérament, les hiérarchies affectives et les savoirs tacites, tout en montrant que l’enfance est déjà un lieu de perception aiguë. Par son regard, l’œuvre transforme la vie domestique en matière littéraire et fait de l’intime une voie d’accès à l’universel.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Colette, à travers d'autres œuvres.