Mâtho est l'un des Mercenaires qui reviennent à Carthage après la guerre de Sicile et le festin d'Hamilcar. D'abord simple soldat libyen, puis chef barbare, il devient peu à peu une figure centrale du récit, car son désir pour Salammbô, son rapport au zaïmph et son rôle militaire le placent au coeur des grands événements de l'oeuvre. Son apparition est liée au banquet d'Hamilcar, puis son destin se confond avec celui de la guerre, de l'amour et du sacrilège.
Dans l'intrigue, Mâtho est à la fois protagoniste et force d'opposition. Il est l'un des chefs principaux des Mercenaires, participe aux campagnes contre Carthage, entraîne les siens dans la révolte, puis prend une place décisive dans le siège de la ville. Son évolution est indissociable de la marche du récit, puisque ses décisions, ses élans et ses erreurs influent directement sur le sort des Barbares et sur celui de Carthage.
Il joue aussi un rôle symbolique majeur dans l'affrontement entre les Mercenaires et la République carthaginoise. Son désir pour Salammbô et le vol du zaïmph le relient à la sphère sacrée, ce qui donne à ses actes une portée qui dépasse la simple guerre. Par lui, la violence militaire devient passion, obsession et sacrilège, et le personnage concentre ainsi l'une des lignes les plus dramatiques du roman.
La relation la plus importante de Mâtho est celle qu'il entretient avec Salammbô. Il la voit d'abord comme une apparition presque divine, puis comme une femme désirée avec une intensité extrême. Son amour se mêle à la haine, à l'adoration et à la volonté de possession. Lorsqu'il la rencontre dans sa tente, il croit enfin rejoindre l'objet de son désir, mais cette proximité aboutit à la perte, à la fuite de Salammbô, puis à sa propre catastrophe.
Avec Spendius, Mâtho forme un duo essentiel. L'ancien esclave l'aide, le conseille, l'entraîne et exploite son obsession pour le pousser vers des entreprises toujours plus risquées, notamment le vol du zaïmph et l'intrusion dans Carthage. Mâtho dépend souvent de Spendius, mais il s'en détache aussi par des accès d'autorité et de fureur. Ses rapports avec Hamilcar sont ceux d'un ennemi militaire et d'un rival presque métaphysique, tandis que Narr'Havas apparaît d'abord comme un allié ambigu, puis comme un concurrent et finalement comme celui qui le capture.
Mâtho est d'abord un être de passion. Son amour pour Salammbô l'emporte sur toute autre considération et l'arrache à la mesure ordinaire. Il est brave, fougueux, endurant, capable d'entraîner les autres par sa force et par sa présence. Dans la guerre, il devient un chef énergique, et son courage est souvent présenté comme quasi héroïque, voire surhumain. Mais cette puissance s'accompagne d'une grande vulnérabilité intérieure : il souffre, hésite, se laisse troubler par les signes, les rêves et les rites.
Le personnage est profondément contradictoire. Il peut être violent, destructeur, cruel, jusqu'à participer aux massacres et aux ravages, mais il est aussi porté par une forme de sincérité naïve, une foi inquiète et un besoin absolu de possession qui le rendent tragique. Il se montre parfois dominé par Spendius, parfois par son propre désir, parfois par la peur des dieux. Cette instabilité psychologique fait de lui un homme emporté entre l'orgueil, la superstition, la tendresse et la rage.
Mâtho passe du statut de Mercenaire impressionnable à celui de chef de guerre, puis à celui de figure tragique détruite par son désir. Au début, il est surtout un soldat attiré par l'étrange et bouleversé par Salammbô ; ensuite, il devient plus actif, plus sûr de lui, s'affirme dans la conduite des armées, puis s'endurcit pendant le siège. Le vol du zaïmph lui donne une illusion de grandeur, mais cette puissance se retourne contre lui. La fin le montre vaincu, capturé, exhibé et torturé avant sa mort.
Son évolution est celle d'une montée suivie d'un effondrement. Plus il approche de Salammbô et de Carthage, plus il s'expose à la violence du sacrilège et de la vengeance. Il ne devient pas plus lucide ni plus maître de lui-même ; au contraire, son obsession s'approfondit jusqu'à le conduire à la ruine. Son destin prend ainsi la forme d'une tragédie de la possession impossible.
Mâtho symbolise la force barbare, mais une force complexe, sensible, traversée par le rêve, le sacré et le désir. À travers lui, le roman montre qu'une énergie guerrière peut être fascinée par ce qu'elle veut détruire, et que la guerre elle-même est inséparable des passions humaines. Son parcours révèle aussi la puissance destructrice du désir lorsqu'il se mêle à l'imaginaire religieux et politique.
Il révèle enfin l'intérêt de l'oeuvre pour les contradictions de l'humain : la bravoure coexiste avec la faiblesse, la volonté avec l'aveuglement, l'amour avec la haine. Mâtho n'est pas seulement un ennemi de Carthage ; il est aussi un personnage tragique, emporté par une fascination qui le dépasse. Par lui, l'auteur fait sentir la rencontre entre la violence historique et l'intensité des désirs individuels.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Mâtho, à travers d'autres œuvres.