Hannon est un suffète de Carthage, donc un des plus hauts magistrats de la République. Il apparaît d'abord comme un personnage de pouvoir, lourdement installé dans le monde politique et religieux punique : il est porté en litière, entouré d'esclaves, de gardes et de hérauts, et sa première apparition le montre dans une grande harangue adressée aux Mercenaires. Son corps même, décrit comme malade et difforme, contraste avec la dignité de sa fonction et fait de lui une figure à la fois officielle, grotesque et inquiétante.
Dans l'intrigue, Hannon joue surtout le rôle d'opposant politique et de représentant du Grand Conseil face aux Mercenaires. Il intervient au moment crucial où l'armée barbare réclame sa solde, tente de négocier, puis devient le symbole de l'incapacité et de la mauvaise foi de Carthage. Son échec à convaincre les soldats, puis sa fuite humiliée, précipitent la radicalisation du conflit et l'éclatement de la rébellion.
Il est aussi un révélateur des tensions internes de Carthage. Par sa présence, l'œuvre montre un pouvoir collectif usé, partagé entre avarice, peur et improvisation. Hannon n'est pas un simple figurant : il représente une réponse politique à la crise, mais une réponse dérisoire, vouée à l'impasse, qui accentue la violence de l'histoire.
Hannon s'oppose d'abord aux Mercenaires, qu'il méprise, qu'il tente de payer partiellement et qu'il provoque malgré lui par sa condescendance. Face à Spendius, il devient une cible idéale : l'ancien esclave exploite son discours incompris pour retourner l'assemblée contre lui, en déformant ses paroles et en attisant la colère des Barbares. Face à Giscon, il est aussi en rivalité, car les deux hommes incarnent des réponses différentes à la crise, l'un plus dur, l'autre plus conciliant.
Ses relations avec Hamilcar sont marquées par l'hostilité politique et personnelle. Hannon critique, accuse, se plaint, tandis qu'Hamilcar lui reproche son incompétence et son inertie. Le texte insiste sur leur opposition de tempéraments et de styles de commandement : Hannon est lié aux lenteurs administratives, aux calculs et aux maladresses, alors qu'Hamilcar apparaît comme l'homme de la décision et de la force. Hannon est aussi lié aux Anciens et aux Riches, qui le soutiennent par intérêt mais le laissent ensuite seul face au désastre.
Hannon est un homme rusé, impitoyable aux gens d'Afrique, mais aussi prudent, calculateur et profondément attaché à ses privilèges. Il parle avec une fausse modération, dissimule la dureté de ses décisions derrière des proverbes et des apophtègmes, et cherche à se maintenir par des mesures de détail, des comptes, des listes et des promesses. Sa parole est interminable, bureaucratique, souvent ridicule, ce qui souligne son manque d'autorité réelle.
Le texte en fait aussi un être faible, inquiet et physiquement dégradé. Sa maladie, sa graisse, sa difformité, sa voix souffrante, ses bains et ses remèdes répétés le rendent grotesque. Sous l'arrogance apparaissent la peur, l'humiliation et l'obsession de son propre corps. Il veut se montrer dur, mais il est vite débordé par la colère des soldats. Sa psychologie est donc faite de contradiction : orgueil de riche, cruauté de classe, mais incapacité à dominer les événements.
Hannon change peu au fil de l'œuvre, et cette stabilité même a un sens. Dès sa première apparition, il est défini par sa maladie, sa vanité et son incapacité à gouverner. Il persiste ensuite comme une figure de l'échec : il parle beaucoup, décide trop tard, accumule des dépenses absurdes, puis subit humiliations, défaites et moqueries. Le personnage ne se transforme pas moralement ; il s'enfonce plutôt dans la confirmation de ce qu'il est dès le départ, un représentant impuissant d'un pouvoir corrompu.
Hannon symbolise la faiblesse politique d'une oligarchie qui croit gouverner par les comptes, les privilèges et les expédients. À travers lui, le roman critique une classe dirigeante incapable de comprendre la réalité sociale et militaire qu'elle a contribué à créer. Son corps malade, sa parole creuse et son autorité vacillante disent aussi l'usure de Carthage elle-même : une civilisation riche, raffinée, mais minée par l'avidité, la peur et l'inefficacité de ses élites.