Jean Valjean est d'abord présenté comme un ancien forçat, un homme marqué par dix-neuf ans de bagne, libéré en octobre 1815 et venu à Digne sous une identité d'emprunt, celle de M. Madeleine ou du père Madeleine à Montreuil-sur-Mer. Il apparaît d'abord comme un voyageur misérable, puis comme un maire et un bienfaiteur respecté, avant que son passé ne le rattrape. Son importance dans l'oeuvre est capitale : il en est le personnage central, autour duquel se nouent les grands épisodes moraux, sociaux et judiciaires du récit.
Jean Valjean est le protagoniste principal du roman, mais aussi une figure de tension permanente entre l'ombre et la lumière. Son itinéraire organise une grande partie de l'intrigue : sa rencontre avec l'évêque de Digne, sa transformation morale, sa vie sous le nom de M. Madeleine, son rapport à Fantine, puis sa confrontation avec Javert et le procès d'Arras. À travers lui, le récit passe du drame individuel à la méditation sur la justice, la rédemption et la société.
Il joue aussi un rôle d'agent de rupture dans l'action : son passé de forçat crée des conflits, mais ses actes de charité et de sacrifice font avancer l'histoire vers des retournements décisifs. Il n'est pas seulement un personnage suivi par le récit, il en est le moteur moral. Lorsqu'il choisit de se dénoncer pour sauver Champmathieu, il transforme une affaire judiciaire en révélation tragique et spirituelle.
Sa relation la plus fondatrice est celle qui l'unit à l'évêque Myriel, monseigneur Bienvenu. Après le vol des chandeliers et le pardon reçu, Jean Valjean reçoit de lui une seconde naissance morale. L'évêque devient pour lui une conscience vivante, une autorité intérieure qui le poursuit jusque dans ses hésitations les plus secrètes. Plus tard, il garde les chandeliers comme un souvenir sacré, signe de cette dette spirituelle.
Avec Fantine, Jean Valjean se comporte comme un protecteur et un sauveur. Il intervient pour la faire libérer, la recueille à l'infirmerie, lui promet de faire venir Cosette, puis l'assiste jusqu'à sa mort. Sa relation avec Cosette est indirecte mais essentielle : il devient celui qui doit la retrouver et la rendre à sa mère, puis son père adoptif. Avec Javert, en revanche, il entretient un conflit profond : Javert le poursuit, le reconnaît, le traque, et représente la loi inflexible face à sa quête de rédemption. Au procès d'Arras, Jean Valjean se sacrifie pour Champmathieu, qu'il prend en quelque sorte sous sa protection morale en refusant qu'un innocent soit condamné à sa place.
Jean Valjean est un personnage de grande complexité intérieure. Le texte insiste sur sa transformation progressive : de l'abrutissement du bagne naît une conscience travaillée par la haine, la douleur, puis la lumière. Il est d'abord dur, méfiant, sombre, silencieux, presque instinctif dans ses réactions, mais il possède aussi une force morale immense, une capacité au remords, et un sens aigu du devoir une fois sa conscience éveillée. Il est capable d'une charité radicale, d'un oubli de soi presque absolu, mais aussi de luttes intérieures violentes entre la peur, l'intérêt personnel et l'exigence morale.
Ses contradictions sont constantes. Il veut cacher son nom tout en sanctifiant sa vie ; il veut se sauver lui-même tout en se vouant aux autres. Il est capable de voler le pain, puis de pleurer ; de fuir la justice, puis de se livrer ; de vivre comme un homme respectable, puis de se reconnaître encore coupable. Le texte le montre comme un homme à la fois brisé par la société et rendu plus grand par le pardon. Sa motivation profonde semble être la conquête d'une honnêteté véritable, non comme une apparence sociale, mais comme une fidélité à la pitié, à la conscience et à Dieu.
Jean Valjean connaît une évolution décisive et continue. Ancien émondeur devenu voleur par misère, puis forçat desséché par le bagne, il passe après la rencontre avec l'évêque d'une haine de l'humanité à une volonté de bien. Sous le nom de M. Madeleine, il devient un homme utile, charitable, presque saint dans sa vie publique. Mais cette identité nouvelle demeure fragile, car son passé ressurgit avec Javert et le procès de Champmathieu. Son accomplissement moral le plus haut survient lorsqu'il choisit de se révéler et de se sacrifier pour sauver un autre homme.
Ce changement n'est pas une simple amélioration extérieure : c'est une transfiguration intérieure, parfois interrompue par des rechutes, comme le vol des quarante sous à Petit-Gervais, mais orientée vers la lumière. Le texte fait de lui un être en combat perpétuel, dont la grandeur consiste précisément à ne pas être figé. Jean Valjean devient ainsi un personnage de conversion, de lutte et de responsabilité.
Jean Valjean symbolise la possibilité du rachat humain face à une société qui condamne plus qu'elle ne relève. À travers lui, l'oeuvre critique le bagne, la justice pénale, l'inégalité sociale et les mécanismes qui fabriquent le crime en prétendant le punir. Le personnage montre que l'homme n'est pas réductible à sa faute, ni à son passé, ni au regard que les autres portent sur lui. Il incarne la lutte entre la loi et la conscience, entre la vengeance sociale et la miséricorde.
Il révèle aussi le projet de l'auteur : montrer que la bonté peut transformer une existence et que la pitié est une force historique et morale. Jean Valjean n'est pas seulement un individu exceptionnel ; il devient une figure de l'humanité blessée, sauvée par la grâce et appelée à sauver à son tour. En lui, le roman fait dialoguer justice, charité, responsabilité et sacrifice.