Trissotin est un personnage masculin de la maison de Philaminte, présenté comme un homme de lettres et un savant que les femmes de la famille admirent avec exaltation. Il apparaît d'abord comme l'objet d'une véritable vénération intellectuelle, avant d'entrer au cœur des échanges autour du mariage d'Henriette. Dans l'œuvre, il occupe donc une place centrale en tant que figure de l'esprit à la mode, mais aussi comme prétendant intéressé.
Trissotin joue un rôle majeur dans l'intrigue, car sa présence cristallise plusieurs conflits essentiels : le mariage d'Henriette, la rivalité entre les deux systèmes de valeurs opposés dans la maison, et la satire des faux savants. Il est à la fois prétendant de convenance, cause de tensions familiales et révélateur des ridicules de l'entourage de Philaminte. Son importance est d'autant plus grande que ses paroles et sa prétendue science déclenchent des réactions d'adhésion ou de rejet qui structurent plusieurs scènes.
Il fonctionne surtout comme opposant à Clitandre, dont il devient le concurrent pour épouser Henriette. Il est aussi soutenu par Philaminte, Armande et Bélise, qui voient en lui un grand esprit, ce qui lui donne un poids social dans la maison. Mais le texte montre progressivement qu'il est aussi un objet de critique : son prestige repose sur des apparences et sur l'approbation de celles qui l'admirent.
Avec Philaminte, Armande et Bélise, Trissotin entretient une relation d'admiration réciproque en apparence. Ces trois femmes accueillent ses vers, ses propos savants et même son savoir grec avec enthousiasme, jusqu'à lui témoigner une déférence excessive. Philaminte va jusqu'à vouloir le choisir comme époux pour Henriette, preuve qu'elle lui accorde une confiance totale. Armande et Bélise participent aussi à cette valorisation, en soulignant son esprit et en goûtant ses moindres formules.
Avec Henriette, Trissotin cherche à conclure un mariage, mais elle lui oppose un refus clair et argumenté. Elle lui parle avec mesure, tout en affirmant son attachement à Clitandre. Avec Clitandre, la relation est celle d'une rivalité ouverte, nourrie par des désaccords sur la science, le mérite, la cour et le goût. Le conflit devient également verbal, notamment lorsque Trissotin et Vadius se disputent devant la famille : cette scène révèle son orgueil et sa vanité. Avec Chrysale et Ariste, enfin, il apparaît comme un choix contesté, pris dans des rapports de force qui le dépassent lorsqu'il perd l'appui de la famille.
Trissotin se caractérise d'abord par l'amour de lui-même et par le désir d'être reconnu comme homme de lettres. Il parle volontiers en poète, se met en scène dans ses vers, reçoit les compliments comme des preuves de son importance et manifeste une grande sensibilité à la considération publique. Sa conduite montre aussi une forme d'opportunisme : il accepte volontiers l'intérêt que lui porte Philaminte, notamment quand cela peut servir son projet d'alliance avec Henriette.
Le texte révèle cependant ses failles : il est vaniteux, susceptible et prompt à se défendre dès que son prestige est menacé. Sa querelle avec Vadius montre combien il supporte mal la contradiction. Lorsqu'il comprend que le mariage ne lui sera pas favorable, il renonce rapidement, ce qui dévoile une certaine bassesse mercenaire dénoncée par Philaminte. Il n'est donc ni un penseur désintéressé ni un amoureux constant, mais un personnage dominé par l'amour-propre, la recherche du succès et l'intérêt.
Trissotin évolue peu sur le plan moral : il reste jusqu'au bout une figure de faux savant et de prétendant intéressé. En revanche, sa position dans l'intrigue se dégrade progressivement. D'abord admiré et soutenu, il devient un rival, puis un homme démasqué par les circonstances, en particulier lorsque sa démarche apparaît liée au bien de Philaminte. Son retrait final montre qu'il ne possède ni la constance ni la grandeur qu'il prétend incarner.
Trissotin symbolise la satire du pédantisme et du faux mérite. Par lui, l'œuvre critique une culture de l'apparence, où le langage savant, les références et les vers peuvent masquer le vide du jugement et l'intérêt personnel. Il met aussi en lumière le danger d'une admiration aveugle pour l'esprit à la mode, admiration qui détourne Philaminte, Armande et Bélise du bon sens. À travers lui, le texte oppose le vrai jugement à la vanité intellectuelle et montre qu'une érudition affichée peut coexister avec la médiocrité morale.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Trissotin, à travers d'autres œuvres.