Bélise est la soeur de Philaminte et la tante d'Henriette et d'Armande dans Les Femmes savantes. Elle appartient au milieu bourgeois cultivé de la maison familiale et apparaît dès les premières scènes comme l'une des figures dominantes du groupe des femmes savantes. Son entrée dans l'action la place immédiatement au coeur des débats sur le mariage, la langue et la science, et elle se révèle l'un des personnages les plus comiques et les plus extrêmes de la pièce.
Bélise joue surtout un rôle d'opposante au projet de mariage d'Henriette avec Clitandre. Elle soutient Philaminte dans le camp des femmes savantes et contribue, par son entêtement et ses interprétations déformées, à renforcer le conflit central entre le bon sens domestique et l'illusion pédantesque. Son importance vient autant de ses interventions dans l'intrigue que de sa fonction de caricature comique.
Elle a aussi une place essentielle dans la satire de Molière. Par son langage, ses raisonnements et sa propension à tout détourner vers une lecture amoureuse ou savante, elle pousse à l'extrême le ridicule des faux beaux esprits. Elle n'est pas seulement un personnage secondaire : elle aide à faire apparaître les excès du groupe des femmes savantes et à mettre en valeur, par contraste, la simplicité lucide d'Henriette ou le bon sens de Chrysale.
La relation la plus visible de Bélise est celle qu'elle entretient avec Philaminte. Les deux femmes sont alliées par leur admiration commune pour l'esprit, le savoir et les usages pédants, et elles se renforcent mutuellement dans leur rejet des préoccupations ordinaires. Avec Armande, sa nièce, elle forme aussi un trio de femmes fascinées par la science et le langage, souvent uni dans l'enthousiasme intellectuel.
Face à Henriette, Bélise se montre plutôt du côté des contraintes imposées à la jeune fille, puisqu'elle participe à la défense du projet de mariage avec Trissotin. Ses échanges avec Clitandre sont révélateurs de son égarement : elle croit reconnaître chez lui un amour dissimulé pour elle-même et interprète ses propos comme une déclaration, alors qu'il parle d'Henriette. Cette méprise constante crée des scènes comiques et fait de Bélise un obstacle involontaire, plus ridicule que méchant. Elle interagit aussi avec Chrysale, qui la contredit brutalement lorsqu'il critique les femmes savantes et les excès de l'étude.
Bélise est surtout définie par une imagination déformante et une vanité affective. Elle s'écoute parler, croit discerner partout des signes d'amour et transforme des propos ordinaires en compliments cachés. Cette disposition la rend à la fois comique et fragile : elle vit dans un monde d'interprétations flatteuses où elle se persuade d'être admirée sans que personne ne lui ait jamais rien déclaré clairement.
Son trait dominant est une pédanterie mêlée de sensibilité illusoire. Elle se montre très attachée aux formes du savoir, au langage et aux distinctions intellectuelles, mais sa pratique du discours reste absurde, comme lorsque Chrysale dénonce ses erreurs de conduite aussi bien que de langue. Elle incarne ainsi une contradiction constante entre l'ambition de l'esprit et l'incapacité à voir la réalité. Son orgueil se nourrit d'une illusion de supériorité, et son affectivité la pousse à se croire au centre de toutes les attentions.
Bélise évolue peu au fil de l'œuvre. Comme dans beaucoup de comédies classiques, elle reste un personnage essentiellement fixe, construit sur un travers comique stable : la préciosité pédante et l'autoillusion. Même lorsqu'elle est contredite, elle ne corrige pas vraiment sa vision du monde et continue à défendre son système de pensée, ce qui entretient le comique de répétition et souligne son enfermement intérieur.
À travers Bélise, Molière critique un faux savoir qui ne produit ni jugement juste ni conduite raisonnable. Le personnage symbolise le dérèglement d'une intelligence fascinée par elle-même, qui confond langage, prestige et vérité. Elle révèle aussi la satire sociale d'une société où certaines femmes cherchent dans la culture une forme de distinction, mais risquent de tomber dans le ridicule dès qu'elles méprisent le réel domestique et humain.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Bélise, à travers d'autres œuvres.