Démétrius est un jeune Athénien de haut rang, présenté dès la première moitié de l'œuvre comme le prétendant choisi par Égée pour épouser Hermia. Il apparaît pour la première fois à la cour de Thésée, au moment où le duc se prépare lui-même à ses noces avec Hippolyte. Son statut social est clairement noble, et sa place dans l'action est essentielle, car il cristallise d'emblée un conflit amoureux et familial qui entraîne plusieurs personnages dans la fuite, la poursuite et la confusion.
Démétrius joue d'abord le rôle d'opposant dans l'intrigue athénienne : il est l'homme que le père d'Hermia impose à sa fille, et son droit semble d'autant plus fort que Thésée le soutient en partie. Il devient ensuite l'un des moteurs principaux de la comédie nocturne, car sa présence dans la forêt, sa poursuite d'Hermia puis d'Héléna, et la manipulation dont il est l'objet par Puck déclenchent la série de quiproquos amoureux qui structurent l'action.
Son importance narrative tient aussi à sa fonction de terme mobile du désir : aimé d'Hermia au départ, il finit par aimer Héléna, après avoir cessé d'aimer Hermia sous l'effet du philtre. Il est donc à la fois opposant, objet de convoitise et instrument du désordre comique, avant de devenir l'un des couples finalement réconciliés à l'issue de la nuit.
La relation la plus structurante est celle qui l'oppose à Hermia. Égée le désigne comme son futur gendre, alors qu'Hermia refuse de l'épouser. Démétrius lui-même la presse de céder et réclame ce qu'il considère comme son droit. Après l'intervention magique, cette dynamique s'inverse : il abandonne Hermia et déclare son amour à Héléna, ce qui provoque une crise nouvelle entre les quatre jeunes gens.
Avec Héléna, sa relation passe de la répulsion à la passion. Au début, il la rejette nettement et la repousse lorsqu'elle le suit dans le bois; après le charme, il la poursuit avec ferveur et lui adresse des déclarations exaltées. Face à Lysandre, il est d'abord rival pour Hermia, puis concurrent pour Héléna, avant que l'ordre amoureux ne se fixe dans un nouvel équilibre. Avec Thésée, il reste un sujet de la décision du duc; avec Égée, il partage un lien d'alliance familiale et matrimoniale; avec Puck et Obéron, il devient un objet d'expérience magique.
Démétrius apparaît comme un personnage d'instabilité affective. Son amour n'est pas constant : il affirme ne pas aimer Héléna, puis l'aime, et il avoue lui-même qu'autrefois il aimait Hermia avant que ce sentiment ne se dissolve. Cette plasticité le rend dépendant d'influences extérieures, et le texte insiste sur la fragilité de sa volonté, soumise à des forces qu'il ne maîtrise pas.
Il est aussi marqué par la dureté et l'autorité. Il parle sèchement à Héléna, lui ordonne de partir et menace de lui faire outrage dans le bois. Dans le conflit avec Hermia, il adopte une posture de prétendant sûr de son droit, soutenu par la volonté paternelle et la loi d'Athènes. Pourtant, cette assurance se retourne contre lui, car il devient l'exemple même de l'amoureux changeant, exposant la faiblesse du jugement humain. Il est donc à la fois arrogant, déterminé et vulnérable.
Démétrius évolue fortement sur le plan amoureux, mais cette évolution reste imposée plutôt que choisie. Il passe du statut de prétendant préféré par Égée et rejeté par Héléna à celui d'amant passionné d'Héléna, grâce à l'action du philtre. Cette transformation le réconcilie avec l'ordre final, puisque Thésée entérine l'union des deux couples. Toutefois, le texte laisse entendre que ce changement n'est pas le fruit d'une maturation intérieure, mais d'une magie qui corrige et réoriente son désir.
Démétrius symbolise la versatilité du désir et la fragilité des certitudes amoureuses. Par lui, l'œuvre montre que l'amour peut dépendre de causes contingentes, de la nuit, du regard et d'un simple charme. Il révèle aussi la violence implicite de l'ordre social athénien, où le choix paternel, la loi et l'autorité masculine pèsent lourdement sur les femmes comme sur les prétendants. En le faisant passer d'une dureté autoritaire à une passion tout aussi absolue, l'auteur souligne à la fois l'irrationalité de l'amour et le caractère artificiel des attachements humains.