Monsieur de Cossé est un grand seigneur de la cour de François Ier, mari jaloux de Madame de Cossé et personnage de rang élevé dans l'entourage royal. Il apparaît dès la fête du Louvre, parmi les gentilshommes superbement vêtus, comme une figure noble, en contraste avec Triboulet, dont il devient rapidement une cible de moquerie et d'intrigue. Son importance tient à ce qu'il cristallise plusieurs enjeux de la pièce : la jalousie conjugale, la frivolité de la cour, et la violence des rapports entre pouvoir, désir et humiliation.
Dans l'intrigue, Monsieur de Cossé joue surtout le rôle d'opposant et de personnage-pivot dans le jeu des rivalités amoureuses. Il n'est pas le moteur principal de l'action, mais il est constamment impliqué dans les épisodes qui révèlent la conduite du roi, les manigances des courtisans et la fragilité des honneurs. Sa présence sert à faire apparaître, par contraste, la domination du roi et la vulnérabilité des maris trompés.
Il participe aussi à la tonalité comique et satirique de certaines scènes. Triboulet se plaît à l'humilier par ses paroles, tandis que les autres courtisans observent sa jalousie et la tournent en dérision. Mais le personnage acquiert également une portée plus sombre lorsqu'il devient, malgré lui, le témoin direct des basses manœuvres de la cour, notamment lors de l'enlèvement de Blanche, où sa maison et son nom sont instrumentalisés par les autres. Il est ainsi à la fois victime, objet de raillerie et rouage involontaire du drame.
Sa relation la plus évidente est celle qu'il entretient avec Madame de Cossé, sa femme. Il la surveille avec une méfiance croissante, percevant la menace que représente l'attention du roi. Cette jalousie le définit immédiatement : il soupçonne, s'inquiète, interroge, et sa présence souligne que la femme qu'il possède en titre est aussi, dans les faits, exposée au désir des puissants. Le texte montre qu'il est bien moins maître de la situation qu'il ne le croit.
Avec le roi, Monsieur de Cossé est dans une relation d'infériorité sociale et psychologique. François Ier plaisante, séduit, s'approche de Madame de Cossé, tandis que Cossé souffre en silence ou s'emporte trop tard. Triboulet, lui, l'attaque de front par l'ironie et l'insulte, l'appelant notamment à propos de son embonpoint et de sa jalousie. Il sert aussi de partenaire de conversation aux autres gentilshommes, comme Monsieur de Gordes, Monsieur de Pienne, Marot ou Monsieur de Vic, qui analysent ses réactions et s'en moquent. Il est donc entouré de personnages qui le regardent davantage comme un type que comme un individu.
Monsieur de Cossé apparaît comme un jaloux inquiet, susceptible et facilement irrité. Il a le réflexe du soupçon, la peur du ridicule et la conscience aiguë du danger que représente la faveur royale. Le texte le montre souvent tendu, rêveur, observateur, puis brusquement offensé lorsque son honneur ou sa femme semblent menacés. Sa sensibilité est moins héroïque que nerveuse : il réagit en mari blessé plutôt qu'en grand seigneur assuré de lui-même.
Il possède néanmoins une certaine lucidité. Il sait que la cour fonctionne par prises, faveurs et dérisions, et il formule même une maxime sévère sur le roi : « un roi qui s'amuse est un roi dangereux ». Cette clairvoyance n'efface pourtant pas ses limites. Face au roi, il reste impuissant ; face aux autres, il devient objet de rire. Sa personnalité se définit donc par une contradiction : il incarne l'orgueil nobiliaire, mais cet orgueil est continuellement miné par la peur, la jalousie et l'humiliation.
Monsieur de Cossé évolue peu au sens psychologique. Il demeure essentiellement le mari jaloux, le noble inquiet et le témoin déclassé des libertés du roi. Ce caractère relativement ثابت renforce sa fonction théâtrale : il n'est pas appelé à se transformer, mais à révéler, par sa permanence même, la stabilité d'un ordre social où les grands noms ne protègent ni l'honneur ni la dignité. Son immobilité souligne donc l'impuissance du particulier face au pouvoir monarchique.
Par Monsieur de Cossé, l'œuvre met en lumière la fragilité de l'honneur aristocratique dans une cour dominée par le caprice royal. Son personnage montre qu'un grand seigneur peut être réduit à l'état de mari trompé, de mari moqué, voire de simple prétexte à jeu. Il symbolise ainsi une noblesse vulnérable, exposée au désir du roi et aux plaisanteries de ses pairs. À travers lui, la pièce critique aussi une société où la femme devient enjeu de possession, où le rang n'empêche ni l'humiliation ni la dépossession, et où le rire des puissants se nourrit de la détresse des autres.