Dame Bérarde est la vieille duègne qui garde Blanche, la fille de Triboulet. Elle apparaît d'abord comme une servante de surveillance, installée dans la maison discrète du cul-de-sac Bussy, et chargée de veiller sur la jeune fille, de la tenir à l'écart du dehors et de filtrer les entrées. Sa première apparition la montre dans un rôle domestique et protecteur en apparence, mais son comportement révèle aussitôt qu'elle est facilement achetable et qu'elle participe à la circulation secrète des désirs et des complots qui traversent l'œuvre.
Dame Bérarde n'est pas un personnage moteur au sens noble, mais elle joue un rôle essentiel d'adjuvant dégradé et de relais scénique. Elle permet au roi de s'approcher de Blanche, puis de pénétrer dans la maison malgré les consignes de Triboulet. Par sa présence, elle rend possible la scène de séduction et contribue indirectement au drame final. Son importance tient moins à la parole qu'à la fonction : elle est un rouage de l'intrigue, un intermédiaire entre l'intérieur domestique et le monde extérieur, entre la surveillance paternelle et la transgression.
Elle a aussi une utilité dramatique précise : elle sert de témoin discret, de complice intéressée, et parfois de relais ironique. Ses réactions, ses apartés et ses gestes font avancer l'action tout en soulignant le contraste entre l'innocence affichée de Blanche et la corruption du monde qui l'entoure. En cela, elle participe à la mécanique du piège sans jamais en être le centre.
Sa relation principale est avec Blanche, qu'elle accompagne au quotidien. Elle est censée la garder, mais elle n'a ni l'autorité morale ni la fermeté nécessaires pour la protéger réellement. À plusieurs moments, elle laisse passer le roi, accepte ses présents, puis disparaît au moment crucial. Avec Blanche, son lien est donc ambigu : elle est une gardienne, mais une gardienne inefficace et moralement faillible.
Face au roi, Dame Bérarde adopte une attitude de complaisance intéressée. Elle complimente, flatte et surtout reçoit de l'argent à mesure qu'elle vante le jeune homme que Blanche aime. Elle devient ainsi une alliée passive du roi, séduite par l'or autant que par le jeu de la dissimulation. Vis-à-vis de Triboulet, elle représente une faiblesse structurelle de sa maison : elle n'empêche pas la pénétration de l'étranger et trahit les consignes qu'il lui a implicitement confiées. Sa disparition lors de la scène décisive accentue encore son irresponsabilité.
Dame Bérarde est d'abord une vieille femme pratique, attentive aux avantages immédiats et sensible à l'or. Le texte insiste sur son commerce avec le roi, qui la remplit de pièces à chaque compliment. Elle apparaît ainsi comme une personne cupide, accommodante, peu scrupuleuse, et totalement réceptive à la flatterie. Son langage et ses réactions montrent une vivacité rusée, mais aussi une grande légèreté morale.
Psychologiquement, elle n'est ni héroïque ni profondément malveillante : elle est surtout faible, intéressée et opportuniste. Sa fonction de duègne la place entre la garde et la complicité, mais elle ne choisit jamais vraiment la défense de Blanche. Elle laisse le désir royal contourner les barrières, et son comportement révèle une conscience très réduite de la gravité des actes auxquels elle se prête. Elle incarne donc une médiocrité moralement compromettante plus qu'une véritable cruauté.
Dame Bérarde est un personnage très stable, presque entièrement défini par sa fonction et par son intérêt. Elle ne connaît pas de transformation intérieure notable : de scène en scène, elle reste la vieille duègne docile aux avances du roi, prête à se laisser acheter et incapable de s'opposer durablement aux événements. Cette fixité a un sens théâtral : elle rend visible la fragilité de la protection de Blanche et souligne que, dans cet univers, les gardiens eux-mêmes sont vulnérables à la corruption.
Dame Bérarde symbolise la défaillance des médiations sociales et domestiques dans l'œuvre. Elle montre qu'une maison censée protéger une jeune fille peut être pénétrée de l'intérieur par l'argent, la flatterie et la faiblesse humaine. Par elle, le texte critique un monde où la fidélité se monnaye, où l'autorité s'effondre, et où les rôles de surveillance deviennent de simples formalités. Elle participe ainsi à la peinture d'une société de cour corrompue, dominée par le désir, le mensonge et l'échange intéressé.