Lucas est un personnage secondaire de l'œuvre, un homme du peuple associé au milieu domestique et paysan, proche de Jacqueline et au service de Géronte. Il apparaît d'abord dans les scènes de présentation des valets, avec un parler populaire et très marqué, qui le situe immédiatement dans une veine comique. Sa première apparition le montre en conversation avec Valère, puis il devient un relais essentiel de l'action autour du faux médecin Sganarelle.
Lucas joue surtout le rôle d'adjuvant et de témoin comique. Il accompagne Valère dans la recherche d'un médecin, puis participe à la méprise collective qui fait passer Sganarelle pour un grand praticien. Son intervention soutient le quiproquo central de la pièce et renforce l'efficacité scénique des scènes de reconnaissance et de persuasion.
Il a aussi une fonction d'opposant ponctuel lorsqu'il résiste à Sganarelle, notamment pour protéger Jacqueline des avances du faux médecin. Mais cette opposition reste brève et débouche sur la soumission ou le rire. Lucas sert ainsi à faire avancer l'intrigue tout en accentuant la dimension burlesque de l'œuvre.
Avec Valère, Lucas forme un duo de serviteurs ou d'hommes d'exécution qui cherche à résoudre le problème de la fille de Géronte. Valère parle plus longuement et plus clairement, tandis que Lucas reprend, commente ou amplifie, souvent avec des formules populaires qui donnent au dialogue une coloration comique. Leur relation est fondée sur la coopération.
Avec Géronte, Lucas adopte une attitude de dépendance et de service, mais il se montre aussi brusque et familier, allant jusqu'à le faire reculer et à le toucher sur la poitrine lorsqu'il défend Jacqueline. Avec Jacqueline, il entretient un lien conjugal marqué par la jalousie et par une certaine rivalité face aux compliments de Sganarelle. Avec Sganarelle enfin, il oscille entre la crédulité, l'admiration et la méfiance, puis finit par participer à la mascarade qui le consacre comme médecin.
Lucas se distingue d'abord par son bon sens pratique, sa spontanéité et sa vivacité. Son langage populaire, très imagé, traduit une intelligence immédiate plus qu'une réflexion savante. Il ne théorise pas, mais il agit, observe et réagit avec énergie. Sa parole est souvent simple, directe et comique, ce qui en fait un personnage de scène très vivant.
Il apparaît aussi comme jaloux, autoritaire dans le cadre domestique, et prompt à intervenir lorsque Jacqueline est approchée par Sganarelle. Cette jalousie n'exclut pas une certaine naïveté, car il se laisse convaincre de la grandeur du médecin et participe aux erreurs collectives. Son caractère mêle donc rusticité, crédulité, sens du devoir et impatience.
Lucas évolue peu au fil de l'œuvre. Il reste un personnage stable, défini par son parler, sa fonction de serviteur et sa présence dans les scènes comiques. Sa constance est significative du théâtre classique : il ne change pas intérieurement, mais il contribue à révéler les autres, à soutenir l'action et à faire ressortir le comique de situation.
Lucas symbolise la parole populaire et la logique ordinaire face aux faux savoirs et aux apparences d'autorité. Par lui, l'œuvre montre comment un langage simple peut côtoyer une crédulité qui permet aux impostures de fonctionner. Il révèle aussi un monde social où les hiérarchies domestiques, la jalousie, les intérêts et les rapports de dépendance structurent les échanges.
En même temps, Lucas participe au projet comique de l'auteur : faire rire par les décalages de langue, les gestes, les réactions excessives et les malentendus. Il illustre une humanité à la fois prompte, limitée et perméable à l'illusion, ce qui renforce la satire du faux savoir médical et des relations humaines fondées sur l'apparence plus que sur la vérité.