Figaro est un personnage de condition modeste, barbier à Séville, mais aussi homme d'esprit, homme d'affaires, ancien employé des bureaux, auteur de vers et personnage clé de la maison du docteur Bartholo. Il apparaît d'abord en chantant, guitare sur le dos, occupé à écrire, ce qui le présente immédiatement comme un personnage vif, mobile et inventif. Dès sa première entrée, il se trouve au centre de l'action et devient l'un des moteurs essentiels de l'œuvre.
Figaro joue un rôle décisif dans l'intrigue : il est à la fois adjuvant du comte Almaviva et artisan principal des ruses qui permettent de tromper Bartholo. Il sert d'intermédiaire, organise les rencontres, transmet les lettres, imagine des déguisements et trouve sans cesse des moyens pratiques pour faire avancer le projet amoureux. Sa présence transforme les situations les plus bloquées en occasions d'action et de retournement.
Son poids dramatique est immense, car il relaie les informations, déjoue les soupçons, provoque les malentendus utiles et accélère le dénouement. Il n'est pas seulement un serviteur : il domine souvent la scène par sa rapidité d'esprit, son sens de l'improvisation et sa maîtrise du langage. Par son intelligence concrète, il permet au comte d'approcher Rosine et contribue directement à la victoire finale contre Bartholo.
Avec le comte Almaviva, Figaro entretient une alliance fondée sur l'utilité et la confiance. Le comte l'embrasse, le qualifie d'ange, de libérateur, de dieu tutélaire, et Figaro accepte de le servir, mais sans flatterie naïve : il rappelle à plusieurs reprises que son intérêt compte, et il garde une liberté de ton. Leur relation repose donc sur une complicité efficace, mais aussi sur une lucidité sociale qui empêche toute soumission totale.
Avec Rosine, Figaro se montre discret, habile et protecteur. Il lui donne des informations, lui révèle la vérité sur Lindor et sur Bartholo, transmet sa lettre et ménage ses aveux pour ne pas la compromettre. Avec Bartholo, au contraire, il est dans une rivalité constante : le docteur le soupçonne, le rabroue, l'accuse de tout, tandis que Figaro le tourne en ridicule par l'ironie et par des manœuvres qui exploitent sa jalousie et sa méfiance. Avec Basile, il partage aussi un rapport de supériorité moqueuse, puisqu'il perçoit rapidement sa faiblesse et sait le faire agir contre son gré.
Figaro est avant tout un esprit inventif, gai et combatif. Il improvise, chante, écrit, conseille, combine et retourne les obstacles à son avantage. Son intelligence est pratique, son langage rapide, souvent brillant, et sa pensée se nourrit d'images, de formules et de traits d'esprit. Il possède aussi une profonde capacité à lire les autres : il comprend les faiblesses de Bartholo, les hésitations de Rosine, l'impatience du comte, et adapte aussitôt ses moyens à chaque situation.
Sur le plan moral, il apparaît comme un homme résistant, lucide et d'une certaine loyauté, mais non dépourvu de calcul. Il revendique son intérêt sans hypocrisie, ce qui le distingue des personnages qui dissimulent leurs intentions. Il aime la liberté, se moque des sots, brave les méchants et rit de sa misère. En même temps, il est traversé par une forme de désenchantement : il dit avoir quitté Madrid fatigué des lettres, des cabales et des injustices, et il a appris à se défendre par le rire. Sa gaieté n'est donc pas insouciance, mais discipline contre l'épreuve.
Figaro évolue peu dans le sens d'une transformation morale : il reste du début à la fin le même homme d'action, ingénieux, mobile et railleur. En revanche, son rôle s'intensifie et se précise au fil de l'œuvre, car il passe d'une simple apparition comique et chantante à celui d'organisateur central de la stratégie. Cette stabilité fait de lui une force constante de l'intrigue : il incarne l'efficacité, la présence d'esprit et la continuité du mouvement dramatique.
Figaro symbolise la supériorité de l'intelligence pratique sur le rang, l'argent ou l'autorité mal employée. Face à Bartholo, il montre qu'un homme de condition humble peut déjouer la surveillance, la jalousie et les privilèges par la parole, l'observation et la ruse. Il révèle aussi une vision critique de la société, où les hiérarchies, les protections, les emplois et les réputations dépendent moins du mérite que des rapports de force. À travers lui, l'œuvre valorise la liberté, l'esprit et l'inventivité contre l'oppression et la crédulité.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Figaro, à travers d'autres œuvres.