Petit Claus est l'un des deux hommes appelés Claus dans le conte Petit Claus et grand Claus. Contrairement à grand Claus, qui possède quatre chevaux, il n'en a qu'un seul et doit labourer la terre pour son voisin. Il fait donc partie des humbles, des dépendants et des dominés de l'histoire. Sa première apparition le montre au travail, isolé et moqué, mais déjà capable d'attirer l'attention par sa vivacité d'esprit. Il devient rapidement un personnage central, car toute l'intrigue naît de sa faiblesse sociale et de son ingéniosité.
Petit Claus est le protagoniste du récit : c'est autour de ses malheurs, de ses ruses et de ses victoires que se construit l'histoire. Il subit d'abord les violences de grand Claus, puis il retourne la situation grâce à son intelligence et à son sens de l'occasion. Son rôle narratif est donc celui d'un héros malin, capable de survivre dans un monde hostile en transformant chaque épreuve en ressource.
Il est aussi, par contraste, un révélateur de la brutalité et de la stupidité des autres. Face à lui, grand Claus apparaît comme un adversaire violent, tandis que les paysans, l'aubergiste, le chantre et même la vieille nourrice deviennent des instruments involontaires de sa réussite. Petit Claus fait avancer l'action par ses initiatives successives, notamment lorsqu'il vend la peau du cheval, fait croire au sorcier du sac, puis se débarrasse de grand Claus dans la rivière.
La relation la plus importante est celle qui l'oppose à grand Claus. Celui-ci le domine au début, lui tue son cheval, tente de le tromper et finit par vouloir le noyer. Petit Claus répond à cette hostilité par la ruse et finit par inverser le rapport de force. Leur relation est donc fondée sur l'injustice, la revanche et la compétition sociale.
Avec la vieille sorcière, il conclut un marché qui lui permet de gagner de l'argent et de commencer sa réussite. Avec le paysan, il exploite sa crédulité en faisant passer la peau de cheval pour un sorcier. Avec le chantre, il use encore d'une supercherie, mais de manière moins cruelle que ses adversaires. Il interagit aussi avec l'aubergiste, qu'il fait payer après la mort accidentelle de la vieille nourrice, et avec le vieux berger, qu'il remplace dans le sac destiné à être jeté à la rivière. Dans chacun de ces rapports, il se montre à la fois stratège et manipulateur.
Petit Claus est d'abord un personnage pauvre, humilié et vulnérable. Il n'a qu'un cheval, travaille pour autrui et subit les coups de grand Claus. Pourtant il possède une grande présence d'esprit. Sa principale qualité est l'invention : il sait observer les situations, en tirer parti et improviser des solutions. Il n'est pas puissant, mais il est agile mentalement.
Sa morale est plus ambiguë. Il ne triomphe pas par la droiture, mais par la tromperie, le mensonge et l'exploitation des faiblesses des autres. Il peut paraître comique et sympathique parce qu'il est le plus faible, mais il se montre aussi dur, opportuniste et parfois sans scrupules. Il pleure son cheval, pleure la vieille nourrice, et pourtant transforme ces morts ou ces pertes en profits. Cette contradiction fait de lui un personnage à la fois victime et débrouillard, tendre en apparence et redoutable dans l'action.
Petit Claus passe du statut de pauvre paysan dominé à celui d'homme riche et vainqueur. Au début, il subit la violence de grand Claus et semble promis à l'échec. Ensuite, chaque épisode lui permet de gagner en assurance, en richesse et en pouvoir. À la fin, il déjoue définitivement son adversaire et revient chez lui avec un troupeau de bétail, tandis que grand Claus disparaît dans la rivière. Son évolution est donc celle d'une ascension par la ruse.
Petit Claus symbolise la victoire de l'intelligence pratique sur la force brute. À travers lui, le conte valorise la débrouillardise, la parole habile et la capacité à retourner les situations en sa faveur. Mais il révèle aussi un monde rude, où les faibles ne survivent qu'en jouant avec les règles et en exploitant les crédulités. Le personnage montre ainsi une humanité sans innocence absolue : dans l'univers du conte, l'habileté est nécessaire, mais elle se confond souvent avec la tromperie. Petit Claus incarne donc une forme de justice populaire, mêlée d'ambiguïté morale.