Basile est un personnage secondaire de Le Barbier de Séville, présenté comme organiste du grand couvent et homme de musique au service de Bartholo, auprès de qui il tient aussi un rôle de conseiller et d'intermédiaire. Son entrée en scène le montre surtout lié aux affaires de mariage du docteur et aux intrigues qui entourent Rosine. Il apparaît moins comme un simple exécutant que comme un rouage essentiel de la mécanique dramatique, toujours disponible pour nourrir, compliquer ou débloquer l'action.
Basile joue avant tout le rôle d'adjuvant intéressé. Il sert Bartholo dans le projet d'épouser Rosine, apporte des informations décisives, règle des détails pratiques et intervient comme témoin ou relais entre les personnages. Sa présence fait avancer l'intrigue à plusieurs reprises, notamment lorsqu'il annonce le comte Almaviva, parle du mariage secret, ou accompagne les démarches finales. Même quand il semble improviser, il participe à la stratégie générale de Bartholo.
Mais il est aussi un opposant involontaire du camp du comte, parce que son goût du calcul, des arrangements et de l'argent le rend perméable aux manœuvres adverses. Il n'est pas un antagoniste héroïque ou un grand obstacle dramatique à lui seul, plutôt un personnage de médiation et de bascule, dont la crédulité, la vénalité et l'effroi peuvent être exploités par les autres. Son importance vient de ce qu'il cristallise l'univers des petits arrangements qui gouverne l'intrigue.
Avec Bartholo, Basile entretient une relation de collaboration intéressée. Il lui parle familièrement, le conseille, reçoit de l'argent et l'encourage à épouser Rosine sans attendre. Bartholo se fie à lui, mais cette confiance reste mêlée d'agacement, car Basile parle volontiers en détours et en maximes. Leur dialogue sur la calomnie montre une complicité fondée sur la stratégie, non sur l'amitié sincère.
Avec Le Comte, Basile apparaît d'abord comme un intermédiaire abusé, puis comme un homme que l'on retourne par la bourse et par l'embrouillement verbal. Le Comte et Figaro le manipulent aisément, surtout à la fin, lorsqu'ils le poussent à signer en le persuadant qu'il faut se retirer, qu'il est malade ou qu'on le protège. Avec Rosine, il n'a pas de relation affective directe, mais il contribue malgré lui à l'oppression qui l'enferme, puisqu'il soutient les projets de Bartholo.
Basile est d'abord défini par son cynisme pratique. Il résume sa pensée dans une philosophie de l'utilité et de l'argent : une bourse d'or lui paraît un argument sans réplique, et il accepte volontiers ce qui l'arrange. Il incarne un homme qui ne croit pas aux grands principes, mais aux moyens efficaces, à la circulation des intérêts et à l'art de tirer parti des circonstances.
Son trait le plus célèbre est sa vision de la calomnie, qu'il décrit comme un mécanisme de propagation presque musical, du murmure au tumulte général. Cette tirade révèle un esprit calculateur, habile dans l'analyse des forces sociales, mais aussi moralement corrompu. Basile n'est pas un grand méchant passionné : il est plutôt léger, intéressé, flexible, et souvent dérouté dès qu'on l'entraîne hors de son calcul. Son inquiétude finale et ses répétitions montrent aussi une certaine faiblesse, une capacité limitée à comprendre ce qui se joue réellement.
Basile ne connaît pas de véritable transformation profonde. Comme beaucoup de personnages de comédie, il reste essentiellement fidèle à lui-même : intéressé, prudent, bavard, soucieux de son avantage. En revanche, il traverse une série de manipulations qui le rendent progressivement plus confus et plus vulnérable. La fin le montre moins maître du jeu qu'il ne le croyait, acceptant de se retirer, puis se laissant entraîner par le mouvement collectif.
Basile symbolise un monde où l'esprit, la parole et même la morale peuvent être mis au service de l'argent et de l'opportunité. Par sa tirade sur la calomnie, il révèle aussi une société dans laquelle l'opinion circule vite, se déforme, et peut devenir une arme collective. Le personnage permet à l'auteur de dénoncer la facilité avec laquelle les discours se vendent, se retournent et s'achètent, tout en donnant à la comédie une dimension satirique sur les réseaux d'intérêt qui gouvernent les hommes.