Bartholo est le tuteur de Rosine, un vieux docteur installé à Séville, chez qui se déroule une grande partie de l'action. Dès sa première apparition, il est montré à la fenêtre avec Rosine, dans un espace fermé par des croisées grillées et des jalousies, ce qui le présente d'emblée comme le gardien d'un lieu d'enfermement. Sa présence structure tout le début de l'œuvre, puisqu'il incarne l'obstacle principal aux projets du Comte et de Figaro.
Bartholo joue le rôle d'opposant majeur dans l'intrigue. Il s'oppose au Comte Almaviva, à Figaro et aux désirs de Rosine, et toutes ses actions tendent à retenir la jeune femme, à surveiller ses mouvements et à empêcher toute correspondance ou toute rencontre libre. Par sa méfiance, ses interdictions et ses projets de mariage secret, il entretient le conflit dramatique et relance sans cesse l'action.
Il a aussi une fonction comique très nette. Ses soupçons excessifs, ses maladresses, ses raisonnements outrés et ses scènes de jalousie en font un personnage facilement tourné en ridicule. Mais cette dimension burlesque ne diminue pas son importance : au contraire, elle fait de lui un obstacle à la fois sérieux et risible, que les autres personnages doivent ruser pour contourner.
Avec Rosine, Bartholo entretient une relation de domination. Il la garde enfermée, contrôle ses lectures, se méfie de ses lettres, veut lui imposer sa volonté et finit par la pousser à la révolte. Rosine lui répond d'abord par la dissimulation, puis par des résistances de plus en plus nettes; leur dialogue met en scène un affrontement entre autorité masculine et désir d'émancipation.
Avec le Comte Almaviva, qu'il ne reconnaît pas d'abord sous ses déguisements, Bartholo est pris dans un duel d'esprit et de surveillance. Il se laisse duper à plusieurs reprises, tantôt par un soldat ivre, tantôt par Alonzo, tantôt par l'habileté de Figaro. Avec Figaro enfin, il vit une relation de conflit constant : Bartholo lui reproche ses interventions, ses soins, ses manigances et ses dettes, tandis que Figaro exploite sa méfiance, son autorité et sa vanité pour le neutraliser.
Bartholo apparaît comme jaloux, méfiant, autoritaire et possessif. Il veut tout voir, tout vérifier, tout contrôler, jusqu'aux lettres, aux fenêtres, aux allées et venues de sa maison. Sa manière de parler révèle aussi un homme d'esprit limité par ses préjugés, souvent emporté, volontiers irritable, mais capable de croire à ses propres soupçons avec une assurance presque aveugle.
Il est également avare, calculateur et intéressé. Son attachement au mariage avec Rosine n'est pas seulement affectif : il s'y mêle un souci de possession et de conservation, qu'accentue sa peur de perdre à la fois la jeune fille et la maîtrise de ses biens. Pourtant, il n'est pas présenté comme un pur monstre : il se montre parfois trompé, parfois désarmé, parfois ridicule, ce qui fait de lui un personnage de faiblesse autant que de domination.
Bartholo évolue peu dans le sens d'une transformation morale profonde. Au fil de l'œuvre, il passe surtout d'une vigilance inquiète à une confusion croissante, puis à une défaite finale. Ses soupçons se multiplient, mais ne l'éclairent jamais vraiment; ses précautions se retournent contre lui, et son autorité se révèle impuissante face aux ruses des autres. Cette stabilité fait de lui un type comique du vieillard jaloux et du tuteur abusif, plus qu'un personnage appelé à se corriger.
Bartholo symbolise une forme de pouvoir domestique fondé sur la surveillance, la fermeture et l'abus d'autorité. À travers lui, l'œuvre critique un monde où l'âge, le rang, la fonction et la possession prétendent décider du sort d'une jeune femme. Il révèle aussi combien la méfiance peut devenir aveugle et combien la volonté de tout contrôler conduit à l'échec.
Il sert enfin à faire ressortir les valeurs défendues par l'œuvre : l'intelligence, la liberté, l'élan amoureux et la vivacité contre la tyrannie des conventions. En le ridiculisant, le texte dénonce un ordre social figé, dominé par l'intérêt et par la domination masculine, et fait de Bartholo l'une des figures les plus nettes de cette comédie de l'enfermement.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Bartholo, à travers d'autres œuvres.