Margarita-Euphémia Porrabéril est la marquise de San-Réal, la femme du vieux marquis espagnol don Hijos, et la soeur de Henri de Marsay. Elle apparaît tardivement dans le récit, au moment où l'intrigue amoureuse autour de Paquita Valdès atteint son point de bascule. Son entrée est capitale : elle n'est pas un personnage d'arrière-plan, mais la révélatrice du drame secret qui lie les corps, les noms et les sangs.
Dans l'intrigue, elle joue d'abord un rôle d'opposante et de force de révélation. Longtemps absente, elle revient à Paris et découvre l'aventure de son frère avec Paquita. Son intervention change la nature du récit : la passion devient vengeance, puis catastrophe. Elle transforme une intrigue de séduction en scène de crime, et son geste final donne au dénouement sa violence tragique.
Elle fonctionne aussi comme un double de Henri de Marsay. Le texte souligne leur ressemblance extrême lorsqu'ils se retrouvent face à face, au point qu'ils se reconnaissent presque comme des jumeaux. Cette symétrie donne à son personnage un poids symbolique majeur : elle n'est pas seulement celle qui punît, mais celle qui fait apparaître l'envers de de Marsay, sa propre logique de puissance et de destruction.
Sa relation la plus importante est celle qu'elle entretient avec Henri de Marsay. Ils sont frère et soeur, mais ils ne se connaissent pas avant leur confrontation finale. Lorsqu'ils se rencontrent dans le boudoir après la mort de Paquita, ils découvrent leur parenté par le nom de leur père commun, lord Dudley. Cette révélation crée une fraternité tardive, brusque, fondée sur le secret et le scandale.
Son lien avec Paquita Valdès est central et tragique. Margarita-Euphémia la tue après avoir compris la trahison et la liaison entre elle et Henri. Elle entretient aussi un rapport de domination et de calcul avec la mère de Paquita, une vieille Géorgienne qu'elle considère comme achetable et remplaçable. Enfin, don Hijos, marquis de San-Réal, reste dans l'ombre comme son mari officiel, mais il ne joue pas de rôle actif dans la scène; sa présence souligne seulement la respectabilité apparente derrière laquelle se cache le drame.
Margarita-Euphémia est une figure de fureur contenue puis déchaînée. Le texte la montre capable de dissimuler sa colère pour mieux préparer sa vengeance. Elle est donc lucide, calculatrice, violente et maîtresse d'elle-même jusqu'au moment de l'explosion. Son action n'est pas une simple crise passionnelle : elle procède d'une intelligence du secret, d'une volonté de punir et d'un sens aigu de l'offense.
Mais elle est aussi une femme bouleversée, presque anéantie par ce qu'elle découvre. Lorsqu'elle comprend la situation, elle se jette sur le corps de Paquita, la pleure, la plaint, et dit qu'elle est la plus malheureuse. Cette oscillation entre cruauté et compassion la rend complexe. Elle n'est pas seulement une meurtrière : elle est une âme déchirée, traversée par la jalousie, la douleur, la honte et peut-être une forme de solidarité féminine immédiatement écrasée par la logique de vengeance.
Son évolution est brève mais intense. Elle passe de l'invisibilité à la révélation, de la réserve à l'acte irréparable. Lorsqu'elle apparaît, elle est déjà une femme brisée par l'histoire qui l'a conduite à Paris. Son geste final la fixe définitivement comme personnage tragique : après le meurtre de Paquita, elle annonce son départ pour l'Espagne et son retrait au couvent de los Dolores. Elle ne se transforme pas en profondeur, mais se dévoile dans une vérité extrême qui la condamne et l'isole.
Margarita-Euphémia Porrabéril symbolise la violence des liens de sang, la duplicité sociale et la contagion du désir dans un monde gouverné par le secret. À travers elle, le texte montre que la passion parisienne ne détruit pas seulement les amants, mais aussi les familles et les identités. Son personnage révèle aussi une société où les femmes sont prises dans des réseaux de domination, de possession et d'échange, et où la vengeance apparaît comme une réponse presque logique à l'humiliation. Elle incarne enfin, par sa ressemblance avec Henri, l'idée que le mal n'est pas extérieur au héros, mais déjà inscrit dans sa propre famille et dans sa propre image.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Margarita-Euphémia Porrabéril, à travers d'autres œuvres.