Sabine est une femme de rang noble, épouse d’Horace et soeur des Curiaces, donc placée au croisement de Rome et d’Albe. Dès sa première apparition, elle se présente comme un personnage de douleur et de retenue, capable d’exprimer sa faiblesse sans renoncer à la dignité. Elle occupe une place essentielle dans l’œuvre parce qu’elle incarne, plus que tout autre, le conflit intime provoqué par la guerre entre les deux cités.
Sabine n’est pas la protagoniste principale de l’action guerrière, mais elle joue un rôle majeur de contrepoint tragique. Elle sert d’adjuvant moral et affectif au drame, en faisant entendre la voix des liens familiaux et conjugaux face à l’exigence politique et militaire. Par ses plaintes, ses interrogations et ses tentatives de conciliation, elle rend visible le coût humain de la victoire et donne à l’intrigue une profondeur pathétique.
Son importance est aussi dramatique : elle relie entre eux les deux camps et concentre en elle les conséquences de la guerre. Parce qu’elle est à la fois épouse d’un Horace et soeur des Curiaces, elle transforme le conflit public en drame domestique. Ses interventions encadrent et prolongent les affrontements, notamment en poussant les hommes à se définir par rapport à l’honneur, au sang et au devoir.
Avec Horace, Sabine entretient une relation conjugale traversée par la tension entre l’amour et la vertu romaine. Elle se dit femme d’Horace, mais refuse de séparer totalement son sort de celui de ses frères, ce qui crée entre eux un conflit profond. Après la mort de Camille et le retour d’Horace victorieux, elle affronte sa dureté et réclame pour elle-même la mort ou la pitié, preuve que leur union est soumise à la loi de l’honneur plus qu’à la douceur domestique.
Avec Camille, sa soeur, Sabine partage une même souffrance, mais elles n’ont pas la même manière de la formuler. Sabine tente de raisonner Camille, de l’élever vers la constance romaine, tandis que Camille lui oppose la puissance de l’amour. Avec Curiace et les trois Curiaces, elle reste liée par le sang et par la mémoire d’Albe. Avec Julie, elle dialogue comme avec une confidente, recevant d’elle des nouvelles, des explications et des encouragements. Enfin, Le vieil Horace l’oblige à se situer face à l’exigence de Rome, et sa relation avec lui révèle combien elle est prise entre devoir familial et affection.
Sabine se définit d’abord par la sensibilité, la fidélité et la conscience du lien. Elle ne cache ni ses larmes ni son trouble, mais elle cherche à maintenir une forme de maîtrise de soi. Sa douleur est sincère, et elle la juge légitime parce qu’elle résulte d’un malheur extrême. Elle aime à la fois Rome, par son mariage, et Albe, par sa naissance, ce qui fait d’elle un personnage de partage et de déchirement.
Elle est aussi lucide, expressive et capable de réflexion morale. Sabine refuse de mentir sur ses sentiments et rejette les faux-semblants de la fermeté. Son discours insiste sur la contradiction entre les devoirs du sang et ceux de l’hymen, entre l’amour conjugal et l’amour fraternel. Elle veut souvent concilier les contraires, mais cette volonté se heurte à l’incompatibilité des camps et des exigences de l’honneur. Sa faiblesse apparente devient alors une forme de vérité humaine.
Sabine évolue peu dans ses principes, mais elle traverse des états affectifs très différents. Elle commence dans la douleur contenue, puis passe par l’espérance, notamment lorsque la paix semble possible. Ensuite, l’annonce de la bataille, la mort supposée ou réelle des frères, puis la victoire d’Horace la replongent dans une souffrance de plus en plus aiguë. Elle ne se transforme pas en profondeur : sa stabilité même est signifiante, car elle montre la permanence de l’affection contre la violence des événements.
Sabine symbolise la victime intérieure de la raison d’État et de la gloire guerrière. À travers elle, l’œuvre fait entendre ce que les combats détruisent au sein des familles, des mariages et des liens du sang. Elle révèle aussi une vision de l’humanité où la vertu héroïque peut devenir inhumaine lorsqu’elle ignore la pitié. Le personnage met en lumière la tension centrale de l’œuvre entre grandeur publique et souffrance privée, et donne à voir, par sa constance douloureuse, le prix humain des choix politiques et militaires.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Sabine, à travers d'autres œuvres.