Dona Concha Marialva est la duègne espagnole qui accompagne et surveille Paquita Valdès dans l'hôtel de San-Réal. Elle apparaît d'abord comme une gardienne jalouse et intraitable, placée entre la jeune fille et le monde extérieur, notamment Henri de Marsay. Sa présence, souvent silencieuse mais toujours menaçante, donne à l'intrigue son cadre de clandestinité et de contrainte. Figure d'autorité domestique, elle est à la fois protectrice, obstacle et force de surveillance.
Dans l'intrigue, dona Concha Marialva joue un rôle d'opposante. Elle est l'un des principaux obstacles qui empêchent la rencontre libre entre Henri de Marsay et Paquita, et c'est par elle que passe une grande partie du système de contrôle mis en place autour de la jeune femme. Le texte la présente comme une femme qui tient Paquita sous sa dépendance et qui la suit de si près qu'elle semble faire corps avec elle.
Son importance narrative tient aussi à sa capacité à cristalliser le danger. C'est elle qui surprend des regards, interrompt les élans, impose les précautions, et rend possible l'idée même d'un amour clandestin soumis à des règles strictes. Plus tard, elle réapparaît dans la scène finale, où son rôle de gardienne prend une dimension plus tragique et violente : la jalousie, la surveillance et la vengeance convergent vers elle.
Sa relation la plus importante est celle qu'elle entretient avec Paquita Valdès. Dona Concha la garde, la surveille, la suit, la contraint, et le texte insiste sur leur proximité physique et symbolique. Paquita apparaît comme une jeune fille presque captive, tandis que dona Concha incarne la discipline, le contrôle et la menace. Pourtant, cette relation n'est pas seulement mécanique : dans la scène finale, la marquise affirme qu'elle avait acheté la vieille femme en Géorgie, et le texte laisse entendre que dona Concha dépend d'intérêts plus complexes que la seule fidélité.
Face à Henri de Marsay, elle est l'adversaire principale pendant toute la phase de séduction. Elle observe les jeunes gens, surprend les signes, rend les rendez-vous difficiles, accompagne Paquita dans tous ses déplacements et protège l'accès à l'hôtel. Elle est aussi liée à la marquise de San-Réal, qui la désigne explicitement comme une menace et rappelle qu'elle serait capable d'agir ou de se laisser acheter selon les circonstances. Enfin, elle est associée à Christemio, le mulâtre, avec lequel elle forme un système de garde et de fermeture autour de Paquita.
Dona Concha Marialva est d'abord une figure de vigilance. Le texte la décrit comme une vieille femme espagnole, dure, méfiante, quasi fusionnée avec sa protégée. Elle est armée de la défiance, du secret et du contrôle. Son attitude donne l'impression d'une volonté de fer, d'une fidélité qui n'est jamais naïve, car elle repose sur la peur, l'intérêt et l'organisation d'un espace clos. Elle inspire le soupçon et participe à l'atmosphère oppressive de l'hôtel.
Son caractère semble cependant ambivalent. Elle est présentée comme une duègne, donc comme une gardienne traditionnelle, mais elle est aussi décrite comme une femme que l'on peut acheter ou qui peut être liée à des calculs plus sombres. Le texte la rapproche parfois d'une entité presque monstrueuse, sans toutefois lui donner des paroles développées. Elle fonctionne donc surtout comme une présence psychologique : immobile, dure, inquiétante, elle concentre la méfiance et la contrainte.
Dona Concha Marialva évolue peu au sens propre. Elle reste tout au long du récit une force de contrôle, de protection et d'empêchement. Ce qui change, en revanche, c'est la perception qu'en ont les autres personnages et la place qu'elle occupe dans le drame : d'obstacle à l'amour, elle devient dans la seconde moitié une pièce essentielle du système de terreur qui entoure Paquita. Dans la scène finale, son rôle de gardienne se trouve renversé par la violence des événements, mais sa fonction de surveillance demeure intacte jusqu'au bout.
Dona Concha Marialva symbolise la clôture, la surveillance et la médiation intéressée des relations humaines dans l'univers du récit. Elle incarne une forme de pouvoir domestique et féminin qui n'est pas fondé sur la liberté, mais sur la contrainte, le secret et la dépendance. À travers elle, le texte montre que l'amour, à Paris comme dans l'hôtel San-Réal, est inséparable des dispositifs de contrôle, des rapports de force et des stratégies de possession.
Le personnage éclaire aussi la logique générale de l'œuvre : le désir ne peut pas se déployer sans obstacle, et la passion s'épanouit dans un monde de barrières, de médiations et de dangers. Dona Concha est ainsi plus qu'une simple servante ou surveillante : elle est l'un des instruments par lesquels l'auteur transforme une intrigue amoureuse en drame de domination, de secret et de violence.