Paquita Valdès, dite aussi la « Fille aux yeux d'or », est une jeune femme d'origine espagnole et américaine, installée à Paris dans l'hôtel du marquis de San-Réal, rue Saint-Lazare. Elle apparaît d'abord comme une figure presque mythique, aperçue aux Tuileries par Henri de Marsay, qui est immédiatement frappé par ses yeux jaunes et par la force de son charme. Dès cette première apparition, elle s'impose comme un personnage central de l'intrigue, à la fois objet de désir, énigme et moteur du récit.
Paquita n'est pas seulement une femme admirée : elle constitue le principal enjeu narratif de l'histoire. Elle concentre le désir de Henri de Marsay, suscite l'enquête, organise les rendez-vous, entretient le mystère autour de son identité et de sa condition, puis provoque le basculement final du récit vers le drame. Par sa présence, elle transforme une intrigue de séduction en une histoire de secret, de jalousie et de violence.
Son rôle est donc décisif dans la progression de l'action. Elle est à la fois aimée, surveillée, cachée et menacée. Son destin révèle la structure tragique de l'œuvre : ce qui commence comme une passion élégante et mondaine se termine dans le sang. Paquita est ainsi un pivot du roman, car tout converge vers elle, puis s'effondre autour d'elle.
La relation essentielle de Paquita est celle qu'elle entretient avec Henri de Marsay. Elle l'attire, le fascine et l'aime avec une intensité totale. Elle l'implore, le cherche, se donne à lui avec un abandon extrême et finit par lui demander de l'emmener loin de Paris. Leur liaison est pourtant traversée par la jalousie, le secret et l'incompréhension : Henri veut la posséder et la contrôler, tandis qu'elle demeure enfermée dans une situation qui la dépasse.
Paquita est aussi liée à doña Concha Marialva, sa duègne, qui la garde et la surveille, ainsi qu'à Christemio, le mulâtre qui lui est entièrement dévoué. Sa mère, la vieille Géorgienne, joue enfin un rôle central dans l'issue tragique de l'histoire : Paquita la présente d'abord comme la seule personne en qui elle puisse avoir confiance, puis cette présence maternelle se révèle liée à la contrainte, au contrôle et à la violence. Paquita est également en relation avec la marquise de San-Réal, qui se révèle être sa demi-soeur et sa meurtrière, ce qui donne au dénouement une dimension de miroir tragique.
Paquita est d'abord une figure de passion et de sensibilité. Elle aime avec une spontanéité absolue, sans calcul apparent, en s'abandonnant entièrement à Henri. Elle semble naïve dans ses désirs, ne comprenant pas toujours les logiques d'argent, de possession ou de stratégie qui gouvernent les hommes de son entourage. Son langage, ses gestes, ses élans et ses larmes la montrent comme une créature dominée par l'émotion, la volupté et le besoin d'aimer.
Mais elle est aussi une femme profondément ambivalente. Elle est à la fois innocente et déjà marquée par le secret, par la surveillance et par le pouvoir qu'exercent sur elle d'autres volontés. Elle dit ne pas avoir appris, ne savoir ni lire ni écrire, et vivre enfermée depuis l'enfance, ce qui fait d'elle une victime de domination. Pourtant, elle possède aussi une force de séduction, une intelligence du désir et une capacité à déployer un monde de volupté qui font d'elle une figure active, non passive. Son comportement révèle une contradiction essentielle : elle veut se donner, mais elle est prise dans un système de possession qui la détruit.
Paquita évolue d'une apparition fascinante et mystérieuse vers une conscience plus nette de l'amour, puis vers la terreur et la mort. D'abord entrevue comme un objet de désir presque exotique, elle devient peu à peu une amante ardente, qui comprend la puissance de ce qu'elle éprouve pour Henri. Elle passe ensuite de l'extase à l'angoisse, lorsqu'elle mesure le danger qui la menace et qu'elle supplie Henri de l'emmener. Le récit la conduit finalement à être victime d'une vengeance sanglante. Son évolution est donc celle d'un être de désir qui accède à la conscience, mais trop tard pour échapper au destin qui l'enferme.
Paquita symbolise à la fois le fantasme masculin, l'exotisme et l'enfermement des femmes dans un univers gouverné par le regard, la possession et la violence. Elle incarne une beauté exceptionnelle, mais cette beauté est immédiatement capturée, surveillée, marchandée et détruite. Par elle, l'œuvre montre que, dans Paris, le désir ne se sépare jamais du pouvoir, ni l'amour de la domination.
Le personnage révèle aussi l'envers tragique du monde balzacien : derrière l'élégance, les salons et la séduction, il y a des rapports de force brutaux. Paquita fait apparaître le lien entre passion et mort, entre luxe et esclavage, entre apparence et cruauté. Elle est ainsi une figure profondément tragique, qui met à nu la vérité d'une société où tout peut être acheté, caché ou anéanti.