Horace est un jeune homme de la ville, fils d'Oronte, présenté comme un galant mondain et amoureux. Il apparaît à partir du moment où il revient à la ville et cherche à voir Agnès, dans la maison d'Arnolphe, ce qui fait immédiatement de lui un personnage central de l'intrigue amoureuse. Il est surtout défini par sa jeunesse, son aisance de parole et sa relation secrète avec Agnès.
Horace joue un rôle essentiel dans l'action, car il est le rival amoureux d'Arnolphe et le moteur de la crise dramatique. Ses confidences successives à Arnolphe, qu'il croit être un ami, font avancer l'intrigue tout en renforçant l'ironie théâtrale, puisque le public sait qu'il parle à son propre adversaire. Il devient ainsi à la fois l'agent involontaire de la souffrance d'Arnolphe et celui qui révèle, par ses récits, l'évolution d'Agnès.
Son importance tient aussi à sa fonction de déclencheur et d'accélérateur des péripéties : il raconte ses démarches, ses échecs, les coups reçus, la lettre d'Agnès, puis l'épisode nocturne qui lui permet d'échapper au piège. Sans lui, la jalousie d'Arnolphe ne serait pas mise à l'épreuve avec une telle intensité. Horace structure donc une grande partie de la tension comique et dramatique de la pièce.
Sa relation principale est celle qui l'unit à Agnès, qu'il aime et qu'il cherche à approcher malgré la surveillance d'Arnolphe. Agnès lui témoigne un attachement sincère, parle de lui avec faveur et finit par suivre ses conseils, jusqu'à se laisser emporter par son amour. Horace apparaît ainsi comme l'objet du désir d'Agnès et comme celui qui l'éveille au langage amoureux.
Avec Arnolphe, sa relation est fondée sur un malentendu constant : Horace le prend pour un confident compatissant, lui avoue ses avancées et lui demande même conseil, tandis qu'Arnolphe écoute, souffre et tente de détourner ses projets. Il entretient aussi un lien de filiation sociale avec Oronte, son père, dont il reçoit la lettre et dont il redoute les décisions. Enfin, sa rencontre avec Enrique, puis avec Chrysalde, l'inscrit dans un réseau de personnages qui dévoilent progressivement la vérité finale.
Horace se montre séduisant, vif, spontané et sûr de lui. Il parle avec aisance, raconte ses aventures avec plaisir et affiche une confiance naturelle dans son succès amoureux. Il incarne la jeunesse galante, le mouvement, l'élan et la fraîcheur du sentiment, ce que confirme sa manière de s'émerveiller de l'adresse d'Agnès et de célébrer l'amour comme un grand maître.
Mais il est aussi léger, imprudent et assez peu lucide sur ce qui se joue autour de lui. Son bavardage le rend indiscret : il révèle trop facilement ses secrets à Arnolphe, qu'il croit inoffensif. Cette confiance excessive le rend comique et parfois naïf. Pourtant, il n'est pas malveillant : il agit par amour, avec franchise, et son comportement reste guidé par l'enthousiasme plus que par la ruse. Il fait donc figure d'amoureux sincère, mais de jeune homme trop prompt à parler.
Horace évolue peu dans sa nature profonde, mais son parcours dramatique progresse nettement : il passe d'une assurance amoureuse assez insouciante à une position plus exposée, lorsqu'il comprend que le père, Enrique, a d'autres projets pour lui. Son amour pour Agnès se renforce au fil de la pièce, tout comme sa confiance en elle, jusqu'à l'aveu final où il reconnaît l'engagement mutuel qui les unit. En ce sens, il est moins transformé intérieurement qu'entraîné dans une révélation progressive des enjeux qui le dépassent.
Cette relative stabilité signifie qu'il sert avant tout de révélateur. Sa constance amoureuse, son badinage et son naturel permettent de faire ressortir les obsessions d'Arnolphe et la maturation d'Agnès. Horace reste le jeune amoureux qu'il était au départ, mais la série d'épreuves qu'il traverse donne à son rôle une place plus importante dans le dénouement.
Horace symbolise la jeunesse amoureuse, la parole libre et le mouvement spontané du désir, en contraste avec la surveillance et le calcul d'Arnolphe. Il représente aussi un monde social où les alliances, les pères, les secrets de naissance et les contrats matrimoniaux pèsent sur les sentiments. À travers lui, la pièce montre combien l'amour peut circuler malgré les obstacles et comment les projets humains se heurtent souvent au hasard.
Il révèle également une dimension essentielle du théâtre de Molière : le comique naît des écarts entre ce que l'on croit savoir et ce qui est réellement en train de se jouer. Horace, sans le vouloir, alimente cette mécanique d'illusion et de dévoilement. Il met en lumière l'aveuglement d'Arnolphe, mais aussi la fragilité des certitudes humaines face au désir, à la parole et aux retournements du destin.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Horace, à travers d'autres œuvres.