Le marquis des Arcis est un grand seigneur du monde, un homme de plaisir, riche, aimable et habitué aux salons comme aux liaisons galantes. Il apparaît tardivement dans le récit, lorsque Jacques et son maître croisent son cortège, puis il devient un personnage essentiel de l'épisode raconté par l'hôtesse. Son statut social élevé, sa mobilité mondaine et sa place dans l'intrigue amoureuse en font l'une des figures les plus marquantes de l'œuvre.
Dans la structure du récit, le marquis des Arcis n'est pas le héros principal, mais il joue un rôle capital dans l'épisode de Mme de La Pommeraye et des deux femmes d'Aisnon. Il est à la fois objet de désir, cause du conflit et moteur de la vengeance. Son histoire donne au roman un puissant ressort narratif, en articulant séduction, tromperie, ruse sociale et retournement final.
Il sert aussi de relais entre plusieurs niveaux du récit. Observé par Jacques et son maître, puis raconté par l'hôtesse, il est intégré à une série d'histoires emboîtées qui brouillent sans cesse la frontière entre le vrai, le raconté et l'interprété. Sa présence renforce ainsi le caractère réflexif de l'œuvre, qui commente en même temps les passions qu'elle met en scène.
Sa relation la plus importante est celle qu'il entretient avec Mme de La Pommeraye. Il l'aime, la courtise avec assiduité, lui propose même le mariage, puis finit par lui avouer que son sentiment s'est éteint. Cette rupture déclenche la vengeance de Mme de La Pommeraye, qui le manipule en lui faisant épouser Mlle Duquênoi, issue du passé scandaleux des d'Aisnon. Leur relation est donc à la fois amoureuse, stratégique et destructrice.
Le marquis est également lié à Mlle Duquênoi, qu'il a d'abord aperçue comme une jeune fille remarquable, puis qu'il désire ardemment. Il est aussi en dialogue constant avec l'hôtesse, qui raconte son histoire, et avec Jacques et son maître, qui commentent ses actes. Enfin, il dépend du petit abbé et du confesseur, utilisés dans la machination, ce qui montre combien ses relations sont traversées par l'influence, la persuasion et l'illusion.
Le marquis des Arcis est un homme séduisant, mais instable. Il se montre sensible à la beauté, enclin à la passion, puis rapidement sujet à l'ennui et à la lassitude. Il aime sincèrement, mais sa sincérité même est limitée par son goût du changement et par une forme d'inconstance mondaine. Le texte insiste sur sa faiblesse affective, sur sa vulnérabilité à la séduction et sur sa capacité à se laisser mener par le désir du moment.
Il n'est pourtant pas seulement frivole. Il peut être généreux, attentif, capable d'émotion et même de remords. Après la révélation de la duperie, il ne se venge pas brutalement : il ordonne, pardonne, protège, puis finit par se résoudre à vivre avec sa femme en lui accordant une sorte de réhabilitation morale. Sa psychologie est donc faite de contradictions : orgueil de grand seigneur, douceur, passion, faiblesse, puis indulgence.
Le marquis des Arcis évolue nettement au fil de son histoire. D'abord libertin séduisant et sûr de lui, il devient amoureux, puis lassé, puis coupable, puis trompé à son tour. La révélation de la supercherie le frappe profondément, mais elle le conduit finalement à une forme de lucidité et de modération. Le personnage passe ainsi de la légèreté mondaine à une maturité douloureuse, sans perdre pour autant son attrait ni son intelligence sociale.
Cette évolution n'est pas celle d'une conversion radicale. Le marquis demeure un homme du monde, sensible aux apparences et aux passions, mais les événements lui apprennent la fragilité des sentiments et l'instabilité des rapports humains. Son parcours sert donc à montrer qu'un libertin peut devenir plus réfléchi, sans cesser d'être vulnérable aux mouvements du cœur.
Le marquis des Arcis symbolise la mobilité du désir, les illusions de la sociabilité mondaine et l'inconstance des engagements amoureux. À travers lui, l'œuvre interroge la sincérité des serments, la puissance des apparences et la manière dont le monde transforme l'amour en jeu de rôles. Il incarne aussi une noblesse raffinée mais exposée à ses propres contradictions.
Le personnage permet enfin à Diderot de réfléchir sur la morale sans donner de leçon simple. Le marquis n'est ni monstre ni héros : il est humain, trop humain, pris dans les lois du désir, du prestige social et de la faiblesse. Sa figure révèle ainsi le projet de l'œuvre, qui consiste moins à juger qu'à observer la complexité des conduites et l'ambiguïté des jugements.