Pangloss est le précepteur de la maison du baron de Thunder-ten-tronckh, en Vestphalie. Il apparaît dès l'ouverture du récit comme l'« oracle de la maison » et l'enseignant de Candide, qu'il forme à la métaphysico-théologo-cosmolo-nigologie. Son rôle est central dès les premières pages, car il incarne l'autorité intellectuelle dont Candide dépend, et dont il retiendra longtemps les leçons.
Dans l'intrigue, Pangloss joue un rôle majeur de guide doctrinal, mais aussi de cible critique. Il est moins un simple personnage secondaire qu'un moteur de la réflexion du récit, puisqu'il formule et répète l'idée que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Ses explications, constamment appliquées à tout événement, organisent une grande partie du livre et servent de contrepoint à l'expérience concrète des malheurs.
Il est à la fois adjuvant et objet d'ironie. Adjuvant, parce qu'il transmet à Candide une vision du monde et qu'il revient sans cesse dans le parcours du héros. Objet d'ironie, parce que ses raisonnements sont régulièrement démentis par les faits. Même lorsqu'il est humilié, blessé, pendu, disséqué, puis ramené à la vie, il conserve son discours, ce qui fait de lui un instrument essentiel de la satire philosophique du texte.
La relation la plus importante est celle qui unit Pangloss à Candide. Il est le maître de Candide, celui que le jeune homme écoute avec une foi totale et innocente. Candide le cite, le respecte et le prend longtemps comme référence, au point de mesurer les événements à l'aune de ses enseignements. Après les catastrophes, il continue à se souvenir de lui et à attendre de lui des éclaircissements sur les causes et les effets.
Pangloss est aussi lié à Cunégonde et à la maison du baron, car son enseignement s'inscrit dans le monde du château. Sa liaison avec Paquette est déterminante, puisque c'est d'elle qu'il a reçu la maladie qui le détruit physiquement. Il est également en relation avec Jacques l'anabaptiste, qui le soigne et l'accueille, et avec Candide encore, lorsqu'il le rejoint après les épisodes les plus violents. Enfin, ses échanges avec Martin, puis avec le baron, mettent en évidence l'opposition entre son optimisme et les jugements plus sombres ou plus réalistes des autres.
Pangloss se distingue par une foi absolue dans son système. Il est doctrinaire, obstiné, et d'une grande assurance intellectuelle. Il affirme que tout a une cause et que tout est nécessairement ordonné au mieux. Même confronté aux désastres les plus extrêmes, il ne renonce pas à son principe, ce qui montre une cohérence presque mécanique de sa pensée.
Mais cette fermeté cache aussi une profonde faiblesse. Pangloss est aveugle au réel, incapable de tirer une leçon pratique de l'expérience, et son discours tourne souvent à la parodie savante. Il aime raisonner, expliquer, démontrer, mais ses démonstrations paraissent déconnectées des souffrances humaines. Son corps même devient le reflet de cette contradiction : il est mutilé, affaibli, mais continue à parler comme si rien n'avait ébranlé son système. Il incarne ainsi une intelligence sans prudence, une philosophie qui persiste malgré l'évidence contraire.
Pangloss évolue peu dans ses convictions. Il subit pourtant de nombreuses transformations physiques et sociales : malade, mutilé, pendu, disséqué, galérien, il traverse une série de malheurs qui devraient le détromper. Or il déclare encore, à la fin, qu'il est toujours de son premier sentiment. Sa stabilité est donc l'un des traits les plus significatifs du personnage : elle rend visible l'entêtement d'une doctrine qui survit à tout, même à l'expérience.
Pangloss symbolise la satire de l'optimisme philosophique lorsque celui-ci se coupe du réel. Par lui, le texte critique les systèmes qui prétendent tout expliquer et justifier, même la violence, la guerre, la maladie ou la souffrance. Il révèle aussi une humanité capable de s'habituer aux horreurs par le langage, en les transformant en nécessité abstraite. Dans l'œuvre, il sert ainsi à dénoncer les consolations théoriques qui empêchent d'agir, et à faire ressortir, par contraste, la leçon finale du travail concret et modeste.