Virginie est la fille de Mme Aubain, une enfant de la bourgeoisie provinciale de Pont-l'Évêque. Elle apparaît au sein du foyer domestique comme la petite fille que Félicité élève, habille, accompagne au catéchisme et aime avec une tendresse presque maternelle. Sa présence structure une large part du récit, car son enfance, sa communion, son départ au couvent puis sa maladie et sa mort déterminent plusieurs des grands tournants de l'histoire.
Virginie n'est pas une protagoniste autonome au sens classique, mais un personnage central dans la vie affective de Félicité et dans l'économie émotionnelle du récit. Elle joue un rôle décisif d'adjuvante indirecte à la formation spirituelle de Félicité, puisque c'est par elle que la servante découvre le catéchisme, la dévotion, la communion et une manière d'aimer profondément les êtres.
Son importance narrative est majeure parce que son existence concentre les espérances et les chagrins de Mme Aubain et de Félicité. Son éloignement au couvent, puis sa mort, provoquent des crises intérieures qui marquent durablement la maison et font basculer le récit vers la solitude, le deuil et la religiosité plus intense de Félicité.
La relation la plus forte est celle qui l'unit à Félicité. Celle-ci la porte, la borde, l'emmène au catéchisme, l'admire et finit par l'aimer d'un attachement total. Virginie devient pour elle un objet d'affection exclusive, presque sacré, au point que Félicité s'identifie à elle pendant la première communion et garde ensuite une mèche de ses cheveux après sa mort.
Virginie entretient aussi un lien étroit avec Mme Aubain, sa mère, relation faite de tendresse, de dépendance et de séparation douloureuse. Elle est également associée à Paul, son frère, avec qui elle partage l'enfance et les jeux, puis à M. Poupart, qui suit son état de santé, et aux religieuses du couvent, qui encadrent sa formation. Son départ pour les Ursulines de Honfleur marque une rupture importante dans le cercle familial.
Virginie apparaît comme une enfant douce, fragile et délicate. Elle est sensible, au point que la moindre émotion l'énervait, et sa santé reste précaire. Son comportement au couvent, sa première communion et ses réactions de sanglots montrent une nature recueillie, vulnérable et profondément marquée par l'affect.
Elle est aussi associée à l'innocence et à une forme de pureté morale. Le texte la montre aimante, silencieuse, admirable aux yeux de Félicité, et moins attachée à l'affirmation de soi qu'à une certaine docilité. Sa faiblesse physique, loin de la réduire à un simple état de maladie, contribue à faire d'elle une figure de grâce et de fragilité.
Virginie évolue peu dans le sens d'un apprentissage ou d'une transformation psychologique visible. Elle passe de l'enfance protégée au pensionnat des Ursulines, puis à la maladie et à la mort. Cette trajectoire brève et linéaire la maintient dans une forme de stabilité idéale : elle reste surtout une figure d'innocence, dont la disparition fige le souvenir et intensifie le deuil des autres.
Virginie symbolise dans l'œuvre la fragilité des êtres aimés et la précarité du bonheur domestique. Par elle, le récit met en scène la vulnérabilité de l'enfance, la force destructrice de la maladie et la manière dont la mort transforme les liens affectifs en souvenirs sacrés. Elle révèle aussi la place de la religion, du deuil et de la mémoire dans une existence humble, où l'attachement à une enfant devient pour Félicité une voie d'accès au sacré.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Virginie, à travers d'autres œuvres.