Analyse du personnage

Monsieur Josserand

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Présentation

M. Josserand est un employé de bureau, caissier à la cristallerie Saint-Joseph, mari d'Éléonore et père d'Hortense, Berthe, Léon et Saturnin. Il appartient à une bourgeoisie modeste, soucieuse des apparences mais rongée par les difficultés d'argent. Il apparaît d'abord comme un homme effacé, penché sur ses bandes, à la lueur d'une petite lampe, dans une salle à manger étroite où sa famille lui reproche sans cesse son manque de réussite. Sa présence dans le roman est importante, car il incarne à la fois la fragilité du foyer bourgeois et la logique sociale de l'argent et des alliances matrimoniales.

Rôle et importance

Dans l'intrigue, M. Josserand joue surtout un rôle d'opposant faible et de personnage de contraste. Il n'agit jamais comme un chef de famille solide - au contraire, il subit, hésite, se tait, puis se laisse entraîner par sa femme. Son importance narrative tient précisément à cette passivité : elle laisse le champ libre à Éléonore, qui mène les affaires du ménage, organise les visites, pousse les mariages et décide des stratégies familiales. M. Josserand est donc moins un moteur qu'un révélateur des tensions du roman.

Il a aussi une fonction sociale très nette : par lui, le récit montre le monde des petits fonctionnaires, des comptes serrés, du travail nocturne, de la respectabilité pauvre. Ses bandes, ses revenus limités, son obsession de l'honnêteté comptable et sa peur du désordre financier le placent au cœur d'une intrigue où le mariage devient affaire de calcul. Il sert ainsi de point d'appui à la critique du roman sur les alliances intéressées et la dépendance du foyer aux réalités matérielles.

Relations avec les autres personnages

La relation la plus déterminante est celle qui l'unit à Éléonore Josserand. Elle le domine entièrement, l'accuse, l'humilie, le traite de faible, d'incapable et de trompeur. Lui, au contraire, cherche la paix et finit souvent par céder. Leur couple repose sur une lutte permanente entre la colère de l'une et la résignation de l'autre. Cette opposition structure la vie domestique : Éléonore veut de l'argent, des mariages avantageux et du prestige ; M. Josserand veut seulement éviter le scandale et sauver un minimum de dignité.

Avec ses filles, Hortense et Berthe, il est plus tendre, mais cette tendresse reste impuissante. Il comprend leur souffrance, s'émeut de leurs larmes, les plaint quand la mère les brutalise, mais il ne parvient pas à les protéger. Avec Léon, il reste lointain, presque effacé, tandis qu'avec Saturnin, il partage une autre forme de détresse familiale : l'enfant infirme et violent lui renvoie l'image d'une maison menacée. Enfin, face à Auguste, à Duveyrier, à Bachelard ou à madame Dambreville, il apparaît surtout comme un homme pris dans un réseau d'intérêts où il n'a que peu de prise.

Caractéristiques morales et psychologiques

M. Josserand est d'abord un homme honnête, au sens le plus simple et le plus contraignant du mot. Il travaille beaucoup, accepte les humiliations, refuse les coups tordus, et se sent coupable dès qu'il s'éloigne de la rectitude. Cette droiture fait sa valeur morale, mais aussi sa faiblesse : elle le rend incapable d'initiative, de domination et parfois même de défense. Sa conscience est si vive qu'elle devient une souffrance permanente, comme si chaque compromis le blessait physiquement.

Psychologiquement, il est marqué par la peur du conflit et par une lassitude profonde. Il veut la tranquillité, la conformité, une vie ordonnée. Son caractère est doux, timide, presque effacé, ce qui l'oppose à l'énergie brutale d'Éléonore. Il est aussi prisonnier d'une humilité sociale : il admire les apparences, redoute le ridicule, rêve d'être à la hauteur sans jamais y parvenir. Son drame intime vient de là - il voit clairement les excès de sa femme, les mensonges du mariage, les pièges de l'argent, mais il n'a ni la force ni l'autorité pour s'y opposer durablement.

Évolution du personnage

M. Josserand évolue peu dans ses principes, mais beaucoup dans son usure. Au début, il apparaît comme un homme encore tenable, simplement fatigué et dominé ; au fil de l'œuvre, les querelles, les dettes, les mariages manqués, la maladie puis la mort du père le brisent davantage. Il s'enfonce dans la fatigue, le travail nocturne et le chagrin, jusqu'à devenir presque un martyr domestique. Sa trajectoire est celle d'un effacement progressif : il ne se transforme pas en chef de famille, il s'épuise à rester honnête dans un univers qui récompense surtout l'audace et la ruse.

Critique

À travers M. Josserand, le roman dénonce la faiblesse de la morale bourgeoise quand elle n'est pas soutenue par la fortune. Il symbolise une honnêteté sans pouvoir, une vertu qui ne protège ni du mensonge ni de la misère. Son personnage montre aussi comment l'économie du mariage et de la dot déforme les liens familiaux : au lieu d'un refuge, la famille devient une entreprise de calcul, de pression et de violence. Zola donne ainsi à voir un homme broyé entre ses scrupules et les nécessités sociales, figure à la fois touchante et impuissante d'une bourgeoisie minée de l'intérieur.



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