Pauline de Meulien est une jeune femme de haute naissance, d'abord connue sous le prénom de Pauline, puis comme comtesse Horace de Beuzeval après son mariage. Dans le récit, elle apparaît d'abord de manière fragmentaire et presque spectrale, toujours voilée, toujours fuyante, avant que son identité ne se précise. Elle occupe une place centrale dans l'œuvre, à la fois comme figure aimée, victime, énigme et noyau dramatique autour duquel s'organisent les souvenirs, les révélations et les périls.
Pauline est l'un des principaux ressorts de l'intrigue. Elle structure le récit par ses apparitions successives, ses disparitions, son secret, puis sa détention dans l'abbaye et sa délivrance. L'action se déploie en grande partie autour de sa personne : elle est au cœur du mystère initial, du drame conjugal, du complot criminel et du dénouement. Sans elle, ni les rencontres d'Alfred de Nerval, ni les soupçons sur Horace de Beuzeval, ni l'enquête nocturne ne prendraient la même intensité.
Elle est surtout une victime menacée par la violence masculine et par un secret qui la dépasse. Mais elle n'est pas seulement passive : malgré sa faiblesse physique, elle impose par son silence, sa pudeur et sa condition secrète une forme de résistance morale. Son histoire fait basculer le récit du simple souvenir amoureux vers le drame du crime, de l'enfermement et du salut in extremis.
La relation la plus importante est celle qui l'unit à Alfred de Nerval, narrateur de cette partie du récit. Avant même d'être nommée, Pauline est déjà liée à lui par la mémoire, la reconnaissance et l'amour ancien. Alfred la retrouve à plusieurs reprises en Suisse, puis en Italie, toujours en compagnie d'Horace de Beuzeval, avant de la sauver du caveau où elle avait été enfermée. Entre eux se construit une relation d'une extrême intensité affective, d'abord impossible, puis transformée en fraternité déclarée, et enfin en amour réciproque avoué à la fin.
Sa relation à Horace de Beuzeval est plus sombre et plus décisive. Elle est son épouse, mais un mariage devenu tragique, marqué par le secret, la jalousie, la dissimulation et la violence. Horace la fait passer pour morte, la remplace par une autre femme, la tient enfermée, puis tente de supprimer toute trace du drame. À l'inverse, Pauline apparaît comme une figure de fidélité brisée et de souffrance. Elle compte aussi dans les relations avec la mère d'Alfred, Gabrielle, madame de Lucienne, Henri et Max, mais toujours comme un point d'épreuve ou de révélation : son retour à la vie bouleverse les liens familiaux et sociaux.
Pauline est d'abord définie par la pudeur, la retenue et une grande noblesse de sentiment. Elle se montre réservée, délicate, soucieuse des convenances même dans l'adversité, comme lorsqu'elle accepte de passer pour la sœur d'Alfred et refuse tout ce qui pourrait compromettre son honneur. Son langage est souvent mesuré, mais toujours chargé d'émotion contenue. Elle manifeste une profonde sensibilité, une intelligence morale fine, ainsi qu'un sens aigu du sacrifice.
Elle est aussi une femme profondément blessée. Sa souffrance est physique, psychique et morale : empoisonnement, enfermement, séparation d'avec sa mère, effacement de son identité, peur du passé. Pourtant, elle ne cède ni à la haine ni au désespoir absolu. Même dans le caveau, elle conserve une dignité qui frappe Alfred. Sa faiblesse apparente s'accompagne d'une force intérieure remarquable, mais cette force est traversée par une grande mélancolie, par la peur du retour du passé, et par une lucidité douloureuse sur son destin.
Pauline évolue d'une présence mystérieuse et presque insaisissable vers une figure pleinement tragique et ensuite vers une femme éprouvée qui retrouve un moment de paix. D'abord voilée, inconnue, insaisissable, elle devient progressivement identifiable, puis victime révélée, puis compagne d'exil. Son retour à Alfred fait d'elle une survivante, mais sa survie n'efface pas le poids du traumatisme ni la fatigue de vivre. Enfin, après l'aveu mutuel de l'amour et les voyages avec Alfred, elle décline de nouveau jusqu'à la mort. Sa trajectoire est donc celle d'un passage de l'ombre à la lumière, puis d'une lumière brièvement réconciliée avec la vie, avant le retour à la disparition.
Pauline symbolise à la fois l'innocence sacrifiée, la femme enfermée par les structures sociales et conjugales, et la fragilité de l'identité sous la violence des apparences. À travers elle, le récit fait sentir la puissance destructrice du secret, du mariage imposé ou trompeur, et des hommes qui transforment l'amour en domination. Elle révèle aussi une vision très romantique de la féminité : pureté, souffrance, fidélité, pudeur et mort précoce se mêlent dans une même figure de martyre.
Elle sert enfin à mettre en lumière le projet de l'auteur : opposer à la brutalité du crime et au cynisme social une intériorité pleine de grâce, de vérité et de douleur. Pauline rend visibles les thèmes majeurs de l'œuvre, notamment l'aveuglement du monde, la puissance du souvenir, la fatalité, la rédemption par l'amour et le prix humain du secret. Par sa présence, le roman devient moins une simple intrigue criminelle qu'une méditation sur la vulnérabilité des êtres et sur la dignité du malheur.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Pauline de Meulien, à travers d'autres œuvres.