Phœbus de Châteaupers apparaît comme un capitaine des archers de l'ordonnance du roi, donc comme un noble guerrier intégré à l'appareil militaire royal. Sa première apparition marquante a lieu de nuit, lorsqu'il intervient armé pour arracher la bohémienne des bras de Quasimodo et faire arrêter ce dernier. D'emblée, il est présenté sous un jour avantageux pour le regard de la Esmeralda : il est jeune, beau, bien fait, et son nom même frappe l'imagination. Dans l'ensemble de l'œuvre, il n'est ni un personnage central de point de vue ni un héros moral, mais il occupe une place décisive : il est le pôle amoureux de la Esmeralda et l'un des ressorts essentiels de la catastrophe.
Phœbus remplit principalement une fonction de déclencheur et d'objet de désir. Il sauve la Esmeralda lors de la tentative d'enlèvement nocturne, et cet acte fonde immédiatement l'amour absolu qu'elle lui voue. Dès lors, il devient un moteur indirect de l'intrigue : c'est pour lui, ou à cause de lui, que la jeune fille s'expose, qu'elle se rend au rendez-vous fatal, qu'elle est compromise dans le drame, et que Claude Frollo bascule dans une jalousie meurtrière.
Sur le plan narratif, Phœbus n'agit pas comme un protagoniste profond, mais comme un centre de gravitation autour duquel se révèlent les autres personnages. La Esmeralda révèle sa naïveté amoureuse en l'idéalisant ; Claude Frollo révèle sa passion destructrice en le haïssant ; Fleur-de-Lys révèle sa jalousie et son orgueil social par rapport à lui ; Quasimodo enfin mesure, par contraste, l'injustice du monde à travers la préférence donnée au beau capitaine. Phœbus a donc un poids très fort dans l'intrigue, non par sa profondeur intérieure, mais par les effets qu'il produit sur autrui.
Sa relation principale est celle qu'il entretient avec la Esmeralda. Pour elle, il est un sauveur, puis une figure quasi solaire, aimée d'un amour sans réserve. Elle l'appelle « mon Phœbus », rêve de lui, accepte de se donner à lui, veut apprendre sa religion pour l'épouser, et demeure attachée à lui jusque dans la prison, la condamnation et l'exécution. Or cette relation est profondément dissymétrique : lui la désire, la flatte, lui parle en galant soldat, mais ne lui répond jamais avec une profondeur comparable. Il recherche surtout une aventure voluptueuse, non un engagement véritable. Lorsqu'elle prononce l'idée du mariage, il la repousse. Plus tard, il ne la sauve pas, ne la défend pas, et la laisse seule face au désastre.
Avec Fleur-de-Lys de Gondelaurier, Phœbus entretient une relation mondaine et matrimoniale. Il est son fiancé, ou du moins promis à elle dans la perspective d'un mariage voulu par les familles. Fleur-de-Lys l'aime, l'observe, se montre jalouse de la bohémienne, puis se réconcilie avec lui. Phœbus, de son côté, trouve chez elle la noblesse, la convenance sociale et la dot, mais il s'ennuie souvent dans cet univers. Le texte le montre gêné, froid ou distrait chez les Gondelaurier, avant de retrouver pour Fleur-de-Lys un désir sensible. Avec Claude Frollo, la relation est celle d'une rivalité asymétrique : Phœbus n'en mesure pas l'ampleur, mais le prêtre le hait comme rival amoureux et le poignarde chez la Falourdel. Avec Quasimodo, le lien est presque nul sur le plan affectif, mais il devient symboliquement central : Quasimodo voit en lui l'homme beau, aimé, préféré, celui à qui la Esmeralda pense sans cesse.
Phœbus est d'abord caractérisé par sa beauté, son allure brillante et son statut militaire. Le texte insiste sur sa « fière mine », son uniforme éclatant, sa moustache, ses éperons, sa prestance de cavalier. Mais cette belle surface recouvre un tempérament assez pauvre moralement. Il est vaniteux, bravache, frivole, habitué aux propos de garnison, amateur de tavernes, de filles faciles et de succès rapides. Il aime plaire, être admiré, jouer le rôle du galant officier ; il a de l'assurance, du goût pour les jurements, et une élégance plus extérieure qu'intérieure.
Psychologiquement, il se définit par l'inconstance et la superficialité. Le narrateur souligne lui-même qu'il est d'« humeur inconstante » et de « goût un peu vulgaire ». Il n'est pas dépourvu de courage physique : il intervient contre Quasimodo, combat vaillamment lors de l'assaut de Notre-Dame, et reste un homme de guerre. Mais cette bravoure n'implique ni noblesse de cœur ni fidélité. Avec la Esmeralda, il parle d'amour en phrases toutes faites, comme un homme accoutumé à répéter ce langage. Il désire plus qu'il n'aime. Il est aussi lâche moralement : il évite le procès, redoute le ridicule, pense davantage à sa réputation qu'au salut de celle qui l'aime. Sa principale contradiction tient donc à l'écart entre l'image héroïque qu'il offre et la médiocrité affective qu'il incarne.
Phœbus évolue peu. Il est un personnage largement statique, défini très tôt par quelques traits constants : beauté, bravoure militaire, vanité, légèreté, sensualité, inconsistance morale. Du sauveur nocturne à l'amant infidèle, puis au fiancé qui se remarie socialement, il ne traverse pas de crise intérieure visible ni de transformation éthique. Cette stabilité est significative : elle fait de lui non un être en devenir, mais une figure fixe, celle du bel homme séduisant que l'on idéalise à tort. Son absence de profondeur est précisément ce qui rend tragique l'amour de la Esmeralda : elle projette l'absolu sur un homme qui demeure limité, mondain et faible.
Phœbus symbolise la séduction trompeuse des apparences. Beau, noble, armé, éclatant, il concentre tout ce qui fascine immédiatement les regards, surtout celui d'une jeune fille naïve. Mais derrière cette splendeur sociale et physique, le texte révèle un homme banal dans ses désirs et décevant dans ses actes. À travers lui, l'œuvre oppose fortement l'éclat extérieur à la valeur intérieure : Phœbus est préféré à Quasimodo, alors même que Quasimodo aime mieux et agit avec plus de dévouement. Le personnage révèle aussi une société dominée par le prestige du rang, de l'uniforme et de la belle mine. Il participe enfin à la critique hugolienne des illusions humaines : on aime parfois ce qui brille, non ce qui est juste, fidèle ou profond.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Phoebus de Chateaupers, à travers d'autres œuvres.