Sherlock Holmes est un détective privé londonien, installé à Baker street, dont la première apparition dans le texte le montre au petit matin, assis devant la table de la salle à manger, en compagnie du docteur Watson. Il appartient au monde de la raison, de l'observation et de l'enquête, et sa présence structure immédiatement le récit : dès les premières pages, il devient le centre de la réflexion et le moteur de l'action.
Holmes est le principal agent de la résolution de l'intrigue. Il ne raconte pas l'histoire, mais il la fait avancer par ses déductions, ses hypothèses, ses filatures, ses télégrammes, ses vérifications et ses pièges. Son rôle est à la fois celui d'un enquêteur, d'un stratège et d'un interprète des signes : canne, lettre découpée, empreintes, traces, portraits, bottines, cab, brouillard, tout devient pour lui matière à raisonnement.
Il est aussi le personnage qui organise la lecture du mystère. Il démasque les fausses pistes, confronte les témoignages, relie les indices épars et finit par reconstituer la vérité sur la mort de sir Charles, le chien, Stapleton et le danger qui menace sir Henry. Même lorsqu'il semble absent, c'est encore son autorité intellectuelle qui guide l'action de Watson et détermine la progression de l'enquête.
La relation la plus constante et la plus intime est celle qu'il entretient avec le docteur Watson. Holmes le félicite pour ses raisonnements, mais le rabaisse aussi avec ironie, en le présentant comme un excellent "conducteur de lumière" plutôt que comme un esprit lumineux par lui-même. Cette alliance repose sur une fidélité solide, une admiration réciproque et une hiérarchie claire : Watson observe, Holmes conclut. Leur duo forme le noyau affectif et intellectuel du récit.
Avec le docteur Mortimer, Holmes adopte une politesse moqueuse mais réelle. Il le teste, le questionne, le provoque, puis reconnaît sa compétence lorsqu'il le juge "un collègue selon notre coeur". Face à sir Henry Baskerville, il joue un rôle de conseiller, de protecteur et parfois de metteur en scène, puisqu'il lui impose des consignes précises et le place sous surveillance. En revanche, avec Stapleton, Holmes mène une lutte d'intelligence contre un adversaire qu'il considère comme particulièrement redoutable. Enfin, il entretient avec Mme Stapleton et Laura Lyons des relations d'enquêteur à témoins, cherchant à les faire parler pour reconstituer le crime.
Holmes se définit d'abord par une intelligence exceptionnelle, méthodique et rapide. Il observe des détails que les autres ignorent, distingue les écritures, les caractères d'imprimerie, les traces, les habitudes sociales, et tire de chaque élément une chaîne de déductions. Il possède une extraordinaire confiance dans la raison, au point de vouloir épuiser toutes les hypothèses naturelles avant d'admettre une explication surnaturelle. Son esprit est mobile, inventif, analytique, parfois joueur.
Mais il est aussi vaniteux, ironique et secret. Il aime surprendre, dominer la situation, retenir ses projets, mettre à l'épreuve la patience de ses proches. Il peut se montrer dur dans ses remarques, particulièrement envers Watson, et il ne cache pas son goût pour l'expérimentation mentale. Cependant, cette sécheresse apparente ne l'empêche pas de manifester une réelle sollicitude : il avertit Watson du danger, le félicite sincèrement, s'inquiète du sort de sir Henry et finit par admettre ses propres responsabilités quand l'affaire tourne mal. Sa grandeur tient donc à un mélange de froideur et de loyauté, de calcul et d'engagement moral.
Holmes évolue peu dans ses traits fondamentaux, car il reste tout au long du récit l'homme de méthode, de lucidité et d'action différée. En revanche, sa position dans l'affaire change : d'abord observateur à distance, ensuite enquêteur clandestin sur la lande, enfin stratège qui orchestre le piège final avec Watson, Lestrade et le retour de sir Henry. Son apparente infaillibilité est aussi mise à l'épreuve, puisqu'il reconnaît avoir laissé un client mourir et admet un échec professionnel. Cette faille rend son personnage plus humain sans altérer son autorité intellectuelle.
Sherlock Holmes symbolise ici la puissance de la raison face à la superstition, à la peur collective et au désordre des apparences. Le roman le présente comme celui qui arrache les faits au brouillard des croyances, qu'elles soient populaires, familiales ou psychologiques. En même temps, l'oeuvre montre que la science d'observation ne suffit pas toujours à tout éviter : Holmes peut comprendre le crime, mais il ne peut pas toujours prévenir le danger au moment décisif. Il incarne ainsi l'idéal rationaliste de l'auteur, tout en révélant ses limites face à la violence, aux passions et à la fragilité humaine.