Philippe Audebert est un adolescent parisien issu d'une famille bourgeoise en vacances sur la côte bretonne, à côté des Ferret, dans la villa familiale. Il apparaît d'emblée comme un garçon de seize ans et demi, encore pris entre l'enfance et l'âge adulte, occupé par les pêches, les bains, la bicyclette, les repas de famille et les premiers émois amoureux. Son importance est centrale : le texte suit presque exclusivement son regard, ses sensations et ses hésitations, de sorte que toute l'œuvre se construit autour de son expérience intérieure.
Philippe est le personnage principal du récit. Il organise la narration par ses perceptions, ses jugements, ses désirs et ses crises, et c'est à travers lui que se lit la transformation du temps des vacances en apprentissage sentimental et physique. Ses pensées donnent la mesure des tensions du texte : attente, jalousie, découverte de soi, trouble devant les femmes, peur de perdre Vinca, puis confrontation à Camille Dalleray.
Il joue aussi un rôle d'opposant à lui-même. Son désir d'être libre et de tout vivre tout de suite s'oppose à la patience, à l'enfance prolongée et aux cadres sociaux qui l'enserrent. En même temps, il devient l'enjeu des conflits affectifs entre Vinca et Camille Dalleray, sans être jamais réduit à un simple séducteur : il est surtout un adolescent traversé par des forces contraires, dont le récit explore les secousses.
La relation la plus importante est celle qui l'unit à Vinca. Ensemble, ils forment un couple d'enfance, presque jumeau, lié par l'habitude, les jeux, la pêche, le bain et un amour qui grandit avant eux. Philippe la veut à lui, mais sans toujours savoir aimer avec générosité : il réclame sa fidélité, supporte mal sa résistance, admire sa force, puis souffre de la voir devenir une jeune fille. Avec Vinca, il passe sans cesse de la camaraderie à la jalousie, de la familiarité à la distance, de l'attachement fraternel au trouble sensuel.
Camille Dalleray, la Dame en blanc, introduit une autre expérience relationnelle. Elle exerce sur Philippe une fascination qui passe par la politesse, le secret, la retenue, le parfum, la voix et le regard. Elle l'initie à une forme de sensualité et de dépendance qu'il ne comprend pas d'abord, puis qu'il reconnaît comme une première aventure. Autour d'eux gravitent aussi ses parents, surtout son père, auquel il ment partiellement ou qu'il écoute sans tout entendre, et les parents de Vinca, qui incarnent le monde adulte, les projets d'avenir, le mariage et les conventions.
Philippe est un garçon orgueilleux, sensible, nerveux et imaginatif. Il aime se voir comme un jeune homme, mais reste encore très vulnérable. Il est tiraillé entre désir de domination et besoin d'être aimé, entre impatience virile et tendresse d'enfant. Le texte insiste sur son goût du secret, sa propension au romanesque, son besoin de se croire déjà homme, ainsi que sur sa difficulté à supporter l'attente, la lenteur, les études, les obligations familiales et l'idée même de maturité graduelle.
Sa psychologie est traversée de contradictions. Il peut se montrer méprisant, jaloux, brusque avec Vinca, puis honteux, attendri, voire lyrique devant elle. Il se veut indépendant, mais cherche sans cesse l'approbation, la possession et l'absolution. Il est aussi profondément réceptif aux sensations, aux parfums, aux couleurs, aux voix, aux objets, et cette sensibilité le rend tantôt raffiné, tantôt désemparé. Son trouble face à Camille Dalleray révèle une part de lui plus sensuelle, plus inquiète et plus passive qu'il ne voudrait l'admettre.
Philippe change fortement au cours du récit. Au début, il est un adolescent impatient qui rêve d'avoir vingt-cinq ans et méprise la lenteur de la croissance. Puis l'expérience de Camille Dalleray, loin d'être un simple divertissement, le fait basculer dans une connaissance plus grave du désir, de la perte et de la dualité entre plaisir et culpabilité. Face à Vinca, il découvre aussi qu'elle n'est plus seulement une compagne de jeux, mais une jeune femme capable de jalousie, de volonté et de souffrance.
Cette évolution ne le fixe pas définitivement dans une identité stable, mais l'oblige à se reconnaître comme un être intermédiaire. À la fin, il n'est ni pleinement maître de lui ni totalement perdu : il comprend qu'il ne sera pas seulement l'enfant qu'il était, sans savoir encore quel homme il deviendra. Le personnage conserve donc une instabilité essentielle, qui est précisément le sens du roman : faire sentir le passage, non comme une conclusion, mais comme une crise continue.
Philippe Audebert symbolise l'adolescence comme âge de fracture entre innocence et expérience, possession et perte, enfance partagée et vie sexuelle naissante. À travers lui, l'œuvre montre que grandir ne consiste pas seulement à mûrir, mais à apprendre la séparation, la jalousie, le secret, le désir et la conscience douloureuse du temps. Son rapport aux femmes éclaire aussi une tension plus large : la difficulté de passer d'un imaginaire de propriété et de jeu à une relation réellement réciproque.
Le personnage révèle enfin le projet de l'auteur : observer avec finesse les mouvements intimes d'un jeune garçon au moment où son corps, son imagination et son cœur se transforment. Philippe incarne une modernité affective faite d'ambivalence, de conscience de soi et de sensualité inquiète. Il devient ainsi moins un héros d'action qu'un révélateur des drames minuscules et décisifs de la formation de soi.