Lisette est la petite soeur de Vinca et la cadette du groupe familial qui occupe, chaque été, la villa bretonne. Encore enfant, elle apparaît surtout comme une présence domestique et familière, souvent associée aux tâches simples, aux jeux, aux repas et aux scènes de vie quotidienne. Le texte la montre dans l'orbite des adultes et des adolescents, mais sans lui donner le même poids dramatique que Vinca et Philippe : elle sert d'abord de repère de fraîcheur enfantine et de témoin discret des tensions qui traversent les plus âgés.
Dans l'intrigue, Lisette n'est ni protagoniste ni adversaire principal, mais un personnage secondaire très utile à l'équilibre du récit. Elle contribue à ancrer l'action dans la vie familiale, à rappeler la continuité des vacances et à faire ressortir, par contraste, l'intensité et la gravité de l'amour entre Philippe et Vinca. Sa présence allège souvent les scènes : elle joue, mange, observe, intervient par petites phrases, et participe ainsi à la peinture d'un univers encore protégé par l'enfance.
Elle a aussi une fonction de relais entre les générations. Par sa petitesse, elle souligne le passage du temps, la croissance de Vinca, le vieillissement des habitudes familiales et l'approche des séparations. Quand Philippe et Vinca parlent d'avenir, de mariage ou de départ, Lisette rappelle silencieusement qu'il existe encore un âge sans ces tourments, ce qui renforce la nostalgie du texte.
Lisette entretient d'abord une relation de dépendance affectueuse avec Vinca. Celle-ci s'occupe d'elle avec naturel : elle lui coupe et lui coud des petites robes, lui prépare le repas, la guide quand le chemin devient difficile, et veille à ses besoins avec une attention quasi maternelle. Lisette est donc à la fois la petite soeur et l'enfant à protéger, ce qui confirme le rôle de Vinca comme figure déjà féminisée, sérieuse et responsable.
Avec Philippe, Lisette partage une relation plus légère et plus simple. Elle est souvent présente dans les scènes de repas, de jeux ou de loisirs, et sa parole sert à ponctuer les échanges des adolescents. Philippe la voit comme une enfant vive, presque un petit auxiliaire du quotidien, sans enjeu amoureux. Avec les parents, elle appartient pleinement au cercle familial, sans conflit propre : elle est intégrée à l'ordre des ombres familiales, à la vie domestique, aux habitudes de maison.
Le texte dessine Lisette comme une enfant éveillée, active et encore très spontanée. Elle a quelque chose de vif et d'observateur, puisque sa présence accompagne les scènes de pêche, de repas ou de rangement, où elle semble toujours faire quelque chose ou regarder ce que font les autres. Elle est aussi décrite comme plus claire, plus nette, plus innocente que les adolescents, ce qui la situe du côté d'une enfance encore préservée.
Psychologiquement, Lisette n'est pas individualisée en profondeur, mais elle fonctionne comme une figure de simplicité. Elle ne porte ni les scrupules de Vinca, ni les scrupules troublés de Philippe. Elle incarne une forme de naturel enfantin, avec une petite gravité d'enfant bien élevée, visible dans les scènes de famille. Son statut de benjamine la rend à la fois dépendante et libre des drames qui pèsent sur les aînés.
Lisette évolue peu sur le plan psychologique, mais elle prend une valeur croissante au fil du texte parce qu'elle matérialise le temps qui passe et la fragilité de l'enfance. Elle passe de simple petite soeur présente dans le décor à figure de comparaison : plus l'amour de Philippe et Vinca se complique, plus Lisette représente un état antérieur, plus simple, plus limpide. Sa stabilité signifie précisément cela : elle demeure un point fixe autour duquel les autres changent.
Lisette symbolise l'enfance encore intacte au sein d'un monde où tout se transforme trop vite : le corps, les désirs, les liens, les projets. Par sa présence silencieuse, elle rappelle que la famille n'est pas seulement le lieu des conflits amoureux, mais aussi celui des soins, des gestes ordinaires et de la continuité. Elle révèle ainsi une dimension importante de l'œuvre : derrière le drame sentimental, il y a une matière quotidienne faite de nourriture, de vêtements, de jeux, de service, et c'est cette vie concrète qui soutient la grande crise de l'adolescence.