La créature de Frankenstein est l'être artificiel animé par Victor Frankenstein à Ingolstadt, dans le secret d'un laboratoire où le jeune savant cherche à « donner la vie » à une matière inerte. Elle apparaît d'abord comme un être gigantesque, d'une apparence repoussante, puis comme une présence errante, marginale et traquée, dont l'existence bouleverse toute l'œuvre. Bien qu'elle ne soit pas intégrée à la société humaine, elle devient rapidement un personnage central, à la fois objet de terreur, de pitié et de réflexion morale.
La créature occupe une place décisive dans l'intrigue, car toute l'histoire tragique naît de son existence. D'abord conséquence de l'ambition de Victor, elle devient ensuite la force qui relance sans cesse le récit par ses apparitions, ses revendications et ses crimes. Elle est à la fois opposant, victime et moteur dramatique : ses actes provoquent les morts de Guillaume, de Justine, de Clerval et d'Élisabeth, tandis que sa parole impose au roman une profonde dimension réflexive.
Elle joue aussi un rôle de narrateur interne, puisque son long récit à Victor puis à Walton éclaire son origine, ses souffrances et ses motivations. Le texte fait d'elle un personnage qui oblige les autres à se définir face à elle : Victor comme créateur responsable, Walton comme témoin, les de Lacey comme ultime espoir de reconnaissance. Sa présence donne ainsi au roman sa tension essentielle entre création, rejet, responsabilité et vengeance.
La relation la plus importante est celle qui l'unit à Victor Frankenstein, son créateur. Elle le nomme son « père » et son « créateur », lui demande justice, puis exige qu'il fabrique une compagne. Cette relation est faite de dépendance, de haine et de récrimination : la créature reproche à Victor de l'avoir abandonnée, tandis que Victor la voit d'abord comme un monstre à fuir et à détruire.
Ses relations avec les autres personnages sont marquées par le refus, la solitude ou la compassion manquée. Avec la famille de Lacey, Agathe, Félix, Safie et le vieux de Lacey, elle espère un instant trouver l'amitié, mais sa laideur provoque l'effroi et la violence. Avec William, elle commet le premier meurtre qui inaugure sa vengeance ; avec Justine, elle fait peser le soupçon sur une innocente ; avec Clerval et Élisabeth, elle devient l'agent du désastre final. Face à Walton, enfin, elle cherche une dernière fois à être comprise, sans cesser d'être redoutée.
La créature est d'abord présentée comme sensible, curieuse et capable d'apprendre. Elle observe la nature, découvre le feu, le langage, la lecture, la vie domestique, puis formule des jugements moraux sur la bonté, l'injustice et la vertu. Le texte insiste sur sa capacité d'attachement, sur son désir d'aimer et d'être aimée, ainsi que sur sa souffrance intime devant l'exclusion dont elle est victime.
Mais cette sensibilité se retourne en violence lorsque le rejet devient systématique. Elle passe de la bienveillance à la rage, du désir de sympathie à la volonté de vengeance, tout en conservant une forte lucidité sur sa propre condition. Elle se dit malheureuse, abandonnée, haïe, et justifie en partie sa cruauté par l'injustice qu'elle subit. Son caractère est donc profondément contradictoire : elle peut être douce, reconnaissante et émue, mais aussi terrible, persécutrice et meurtrière.
Le personnage évolue d'une innocence douloureuse vers une conscience plus aiguë de sa différence, puis vers la haine active. Au début, elle cherche un refuge, apprend à vivre, admire les humains, croit à la possibilité d'une communauté affective. Ensuite, les lectures, les refus et l'expérience du mépris transforment son rapport au monde : elle comprend sa solitude et décide de se faire l'instrument du malheur de Victor. À la fin, elle se montre pourtant capable d'un discours de repentir et de désir d'anéantissement, ce qui complexifie sa figure.
La créature symbolise à la fois le résultat monstrueux d'une création irresponsable et la violence du regard social. Elle met en lumière le thème central du roman : un être devient monstrueux moins par nature que par abandon, rejet et absence d'amour. Par son histoire, le texte interroge la responsabilité du créateur, la place de l'apparence dans le jugement humain et les effets destructeurs de l'isolement.
Elle révèle aussi l'ambition de Mary Shelley de donner au roman une portée morale et philosophique : le monstre n'est pas seulement un être effrayant, il est un miroir de l'humanité, de ses préjugés, de ses faiblesses et de sa cruauté. En faisant parler la créature, l'œuvre oblige le lecteur à hésiter entre peur et compassion, et à voir dans l'exclusion de l'autre la source d'un malheur partagé.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec La créature de Frankenstein, à travers d'autres œuvres.