Élisabeth Lavenza appartient au cercle familial de Victor Frankenstein : recueillie très jeune par les parents de celui-ci, elle devient sa compagne d'enfance, puis la femme à laquelle il est destiné. Le texte la présente d'abord comme une enfant d'une grande beauté, d'un naturel doux et aimant, puis comme une jeune femme admirable par sa grâce, sa sensibilité et sa bonté. Elle n'est pas une héroïne d'action au sens strict, mais sa présence donne au roman une dimension intime et domestique essentielle, car elle incarne le bonheur familial, l'affection et l'idéal de paix auxquels Victor aspire sans pouvoir les conserver.
Dans l'intrigue, Élisabeth joue surtout un rôle d'adjuvante morale et affective. Elle soutient Victor par ses lettres, par ses soins, par sa douceur, et par la confiance qu'elle lui témoigne. Son importance narrative tient aussi au fait qu'elle est l'une des victimes majeures de la logique destructrice enclenchée par Victor et par la créature : la perte d'Élisabeth marque l'effondrement total du bonheur domestique et scelle la catastrophe finale. Elle n'agit pas comme antagoniste, mais son destin fait d'elle un centre tragique du roman, parce qu'elle concentre l'innocence sacrifiée.
Sa fonction est donc double : elle représente d'un côté l'espace de la consolation et de la vertu, de l'autre le point d'arrivée du malheur. À travers elle, l'œuvre montre que les fautes de Victor débordent sa seule personne et atteignent ceux qu'il aime. Élisabeth est ainsi moins un personnage secondaire qu'un repère moral et affectif, autour duquel se mesure la déchéance du héros.
La relation la plus importante est celle qui l'unit à Victor Frankenstein. Ils sont élevés ensemble, partagent l'enfance, l'étude et les affections domestiques, et leur union est pensée très tôt par la famille. Élisabeth aime Victor avec fidélité et bienveillance ; elle lui écrit, l'encourage, s'inquiète pour lui, et cherche à le ramener au calme. Victor, de son côté, la présente comme un être d'une grande douceur, digne d'admiration et de tendresse, mais il est aussi incapable de la protéger réellement, ce qui donne à leur lien une dimension tragique.
Élisabeth est également en relation étroite avec Alphonse Frankenstein, qu'elle console et sert presque comme une fille, ainsi qu'avec Ernest, Guillaume et Justine, qu'elle affectionne. Elle prend la défense de Justine lors du procès, convaincue de son innocence, et son témoignage manifeste sa générosité et sa droiture. Son rapport à Henry Clerval est indirect, mais il s'inscrit dans le même univers d'amitié et de sensibilité que celui de Victor. Enfin, face au monstre, elle incarne une innocence exposée à une violence qu'elle ne comprend pas et qu'elle ne peut conjurer.
Élisabeth est décrite comme douce, aimante, gracieuse et sensible. Elle a un caractère reconnaissant, attentionné, tourné vers le bonheur d'autrui. Elle cherche à adoucir les peines, à rétablir l'harmonie familiale, à soutenir les autres plutôt qu'à s'imposer elle-même. Son intelligence et sa franchise ressortent aussi : son front ouvert dénote une grande intelligence, et ses paroles révèlent une honnêteté affective qui la pousse à questionner librement Victor sur ses sentiments et sur leur avenir commun.
Mais cette pureté morale s'accompagne d'une vulnérabilité profonde. Élisabeth perçoit les signes du malheur, pressent la menace, souffre des absences et des silences, et finit par être submergée par la tristesse. Elle ne comprend pas les forces obscures qui pèsent sur la famille, ce qui la rend encore plus tragique. Sa bonté est sans duplicité, mais cette même confiance dans les autres, et dans l'ordre domestique, la rend incapable de se défendre contre le désastre qui la frappe.
Élisabeth change surtout dans l'intensité de sa présence et dans la gravité de son expérience. D'enfant joyeuse et compagne de jeu, elle devient une jeune femme plus grave, marquée par les épreuves, sans perdre sa douceur ni sa capacité de consolation. La mort de Justine, puis celle de Guillaume, altèrent son regard sur le monde : elle parle alors de l'inconstance de la fortune, de l'instabilité de la vie humaine et de la fragilité du bonheur. Cependant, son tempérament fondamental reste le même, et cette stabilité accentue le drame : plus les événements deviennent tragiques, plus sa bonté demeure intacte.
Son évolution est donc moins psychologique que tragique. Elle gagne en lucidité, en maturité et en profondeur affective, mais elle ne devient jamais une figure de révolte ou de puissance. Sa constance fait d'elle une victime exemplaire : elle ne cesse d'aimer, d'espérer et de soutenir, jusqu'au moment où elle est elle-même anéantie.
Élisabeth symbolise dans le roman l'idéal du foyer, de la tendresse et de la vertu domestique. Elle est l'image de ce que Victor devrait protéger, mais qu'il compromet en poursuivant une ambition solitaire et démesurée. Sa présence révèle la valeur centrale de l'affection familiale dans l'œuvre : lorsque ce lien est détruit, tout l'univers moral s'effondre. Elle incarne aussi une innocence féminine exposée à une violence masculine et scientifique qui la dépasse, ce qui renforce la critique du projet prométhéen de Victor.
À travers elle, Mary Shelley montre que la véritable grandeur ne réside ni dans la domination ni dans la découverte, mais dans la sollicitude, la fidélité et la capacité à maintenir des liens humains. Élisabeth est ainsi une figure de mesure et de lumière, opposée à l'orgueil destructeur, et son sacrifice donne au roman sa dimension la plus douloureuse : celle d'une bonté sans pouvoir face à un monde gouverné par la faute et la vengeance.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Élisabeth Lavenza, à travers d'autres œuvres.