Capitale de la douleur

Poésie
Année de parution : 1926

Elle est — mais elle n’est qu’à minuit quand tous les oiseaux blancs ont refermé leurs ailes sur l’ignorance des ténèbres, quand la sœur des myriades de perles a caché ses deux mains dans sa chevelure morte, quand le triomphateur se plaît à sangloter, las de ses dévotions à la curiosité, mâle et brillante armure de luxure. Elle est si douce qu’elle a transformé mon cœur. J’avais peur des grandes ombres qui tissent les tapis du jeu et les toilettes, j’avais peur des contorsions du soleil le soir, des incassables branches qui purifient les fenêtres de tous les confessionnaux où des femmes endormies nous attendent.

O buste de mémoire, erreur de forme, lignes absentes, flamme éteinte dans mes yeux clos, je suis devant ta grâce comme un enfant dans l’eau, comme un bouquet dans un grand bois. Nocturne, l’univers se meut dans ta chaleur et les villes d’hier ont des gestes de rue plus délicats que l’aubépine, plus saisissants que l’heure. La terre au loin se brise en sourires immobiles, le ciel enveloppe la vie : un nouvel astre de l’amour se lève de partout — fini, il n’y a plus de preuves de la nuit.


ELLE EST
Question à méditer

Autres textes de Paul Éluard

Poésie et Vérité 1942

Poésie et Vérité 1942

Poésie et vérité 1942 de Paul Éluard est un recueil marqué par le contexte de la Seconde Guerre mondiale et par l’engagement du poète dans la Résistance. L’oeuvre parle d’abord...



Les auteurs


Les catégories


Fiches de lecture

© 2026