Antony est un personnage central de la pièce, un homme riche et mystérieux dont l'origine demeure longtemps obscure. Il apparaît d'abord comme un ancien amant d'Adèle, revenu à Paris après une longue absence, puis comme un homme blessé qui a sauvé la vie de la baronne. Sa place dans l'œuvre est essentielle : tout le drame naît de son retour, de sa passion pour Adèle et du conflit entre amour absolu et ordre social.
Antony est le véritable protagoniste tragique de la pièce. L'intrigue se construit autour de son retour, de sa relation avec Adèle, de son passé voilé et de sa tentative de reprendre une place auprès d'elle. Il n'est pas seulement un amoureux éconduit ou un rival du mari absent - il est aussi celui qui fait basculer l'action vers le drame, jusqu'à la scène finale de violence. Son intensité verbale, sa présence physique et sa puissance de décision dominent la pièce.
Il agit également comme révélateur des autres personnages. Sa présence fait surgir les prudences de Clara, les soupçons de madame de Camps, les hésitations d'Adèle, ainsi que la figure du colonel d'Hervey, mari légitime qui arrive trop tard. Antony est donc à la fois moteur de l'action, centre du conflit amoureux et agent de catastrophe.
Sa relation la plus importante est celle qu'il entretient avec Adèle. Ils se sont aimés autrefois, se retrouvent après trois ans de séparation, et cet amour demeure intact, malgré le mariage d'Adèle avec le colonel d'Hervey. Antony lui parle avec une passion croissante, la presse de fuir avec lui, et finit par la tuer lorsqu'il comprend qu'il va la perdre à jamais. Leur lien est au cœur de la pièce : amour, culpabilité, désir, révolte et destruction s'y mêlent constamment.
Avec Clara, Antony est surtout un sujet d'inquiétude et de surveillance indirecte, puisqu'elle tente de protéger sa sœur tout en comprenant la force du sentiment qui les unit. Avec Olivier Delaunay, il entretient une relation plus neutre, même si le docteur sert d'intermédiaire entre le blessé et Adèle. La vicomtesse de Lancy, Madame de Camps, Eugène et les autres invités servent surtout à mettre en relief son isolement et sa singularité : face à leur monde mondain et léger, Antony apparaît comme un être brûlant, grave et hors norme.
Antony est un personnage de passion extrême, dominé par l'amour, la douleur et l'orgueil. Il est orgueilleux dans sa manière de parler de lui-même, de son nom, de sa place dans la société, et profondément blessé par les préjugés qui pèsent sur sa naissance. Il se définit comme un homme privé de famille, de patrie et de nom, ce qui nourrit chez lui un sentiment d'exclusion et une haine durable contre l'ordre social. Sa lucidité est grande, mais elle se retourne souvent en désespoir.
Il est aussi contradictoire. Capable de tendresse et de dévouement, il sauve Adèle, respecte sa douleur et lui propose même de partir avec sa fille. Mais cette générosité se mêle à une violence intérieure qui devient dangereuse : jalousie, menaces, désir de possession, recours au crime et au suicide. Sa psychologie est faite d'alternance entre amour absolu et fureur destructrice, entre noblesse du sentiment et vertige de l'abîme.
Antony évolue moins dans ses principes que dans l'intensité de leur mise en acte. Dès son apparition, il est déjà un homme d'exception, marqué par le passé, l'absence de nom et la souffrance amoureuse. Au fil de la pièce, cette passion se concentre et se radicalise : il passe de la confession douloureuse à la revendication de possession, puis à l'enlèvement, et enfin au meurtre. Sa trajectoire est celle d'une montée tragique vers l'irréparable.
Il ne change donc pas au sens moral d'une conversion ou d'un apprentissage ; il se révèle plutôt de plus en plus entièrement à lui-même. La stabilité de son caractère tragique - amour, orgueil, révolte, désespoir - donne à la pièce sa force de fatalité.
Antony symbolise l'homme écrasé par les conventions sociales et par le poids du nom, de la naissance et de la réputation. Il révèle une société où l'origine conditionne l'identité, où l'amour se heurte à la famille, au mariage et au regard public. À travers lui, l'œuvre interroge la place du sentiment dans un monde de préjugés et de codes, ainsi que la violence que peuvent produire l'exclusion et l'impossibilité de vivre librement.
Le personnage incarne aussi une forme de romantisme dramatique : excessif, solitaire, lucide et condamné. Il fait apparaître l'écart entre la vérité intérieure des êtres et ce que la société accepte de voir. En cela, Antony n'est pas seulement un amant tragique, mais une figure de rupture qui met à nu l'injustice des apparences et la puissance destructrice des passions.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Antony, à travers d'autres œuvres.