Le narrataire est l'interlocuteur interne d'un récit, essentiel pour comprendre la relation entre narration, adresse et réception.
Le narrataire est la personne, réelle ou fictive, à qui s'adresse explicitement ou implicitement un narrateur. Il ne faut pas le confondre avec le lecteur réel, car il appartient à l'organisation interne de l'œuvre. Le narrataire peut être nommé, apostrophé, tutoyé ou simplement suggéré par des marques d'adresse.
Dans un récit à la première personne, il est souvent visible par des formules comme « mon cher ami », « vous », « lecteur », ou par une adresse à une instance précise. Dans d'autres cas, il reste plus discret, mais il structure tout de même l'énonciation narrative. Sa présence permet de comprendre comment le texte construit une relation de communication à l'intérieur même du récit.
Le narrataire est donc une catégorie fondamentale de la narratologie. Il éclaire la manière dont un texte organise la réception du récit, en créant un interlocuteur fictif qui oriente le ton, les explications, les confidences ou les effets d'adresse.
Le mot narrataire est formé à partir du verbe narrer, issu du latin narrare, qui signifie raconter, exposer. Le suffixe -aire sert ici à désigner une fonction ou une instance liée à l'action de narration, sur le modèle de plusieurs termes d'analyse littéraire.
Le terme est relativement récent dans le vocabulaire critique français. Il se développe surtout au XXe siècle avec les travaux de la narratologie, lorsque les théoriciens cherchent à distinguer plus nettement les rôles de la communication littéraire - narrateur, narrataire, lecteur, auteur - afin de décrire précisément le fonctionnement du récit.
Son sens s'est donc stabilisé dans le champ de l'analyse du récit, où il désigne non pas une personne extérieure au texte, mais une fonction textuelle construite par l'énonciation narrative.
Dans Les Liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos multiplie les lettres adressées à un destinataire identifié, comme dans l'ouverture : « J'ai résolu de vous écrire ». Ici, le narrataire est directement inscrit dans l'échange épistolaire, ce qui donne au roman sa forme de dialogue écrit.
Dans Le Rouge et le Noir, Stendhal interpelle parfois son lecteur et construit une relation de confidence, comme lorsqu'il écrit : « Un roman, c'est un miroir qu'on promène le long d'un chemin ». Le narrataire y prend la forme d'un lecteur convoqué par le narrateur, même si l'adresse reste plus générale que dans une lettre.
Dans La Vie de Marianne, Marivaux s'adresse fréquemment à un interlocuteur implicite ou explicite, notamment par des apostrophes qui organisent le récit en confidence : « Vous voyez, lecteur ». Le narrataire y remplit une fonction de confident et de témoin, très importante dans le roman à la première personne.
Le terme destinataire est proche de narrataire, mais il est plus général et peut désigner tout récepteur d'un message, sans spécificité littéraire. Le lecteur implicite est également voisin, mais il renvoie davantage à la figure de lecteur construite par le texte dans son ensemble, et non à l'interlocuteur direct du narrateur.
On peut aussi rapprocher le narrataire de l'allocutaire, terme de linguistique qui désigne celui à qui l'on parle dans un acte d'énonciation. Toutefois, l'allocutaire appartient à une analyse plus large du langage, tandis que le narrataire est une notion spécialisée dans l'étude du récit.
Le narrateur n'est pas le narrataire : le premier raconte, le second reçoit le récit. Cette distinction est essentielle, car elle permet de comprendre que l'adresse narrative implique toujours au moins deux pôles de communication dans le texte.
Il ne faut pas non plus confondre le narrataire avec le lecteur réel. Le lecteur réel est une personne extérieure à l'œuvre, tandis que le narrataire est une construction textuelle, parfois très différente du public effectivement visé.
Enfin, le narrataire se distingue du personnage à qui le récit est adressé dans une lettre ou un dialogue. Un personnage peut être narrataire, mais le narrataire peut aussi être une instance abstraite, comme un lecteur fictif ou une conscience collective.
La notion de narrataire s'est imposée avec le développement de la narratologie au XXe siècle, notamment dans les études de la communication narrative. Elle permet d'analyser la manière dont un texte fabrique sa propre réception, en modulant la distance, l'intimité ou l'autorité du récit.
Dans les récits épistolaires, le narrataire est souvent très visible, puisque la lettre suppose un destinataire explicite. Dans le roman adressé au lecteur, il peut devenir une figure stratégique, utilisée pour créer de la complicité, de l'ironie, de la persuasion ou du suspense.
Sur le plan rhétorique, le narrataire participe aux effets d'apostrophe, d'ethos et de captation de l'attention. Étudier le narrataire, c'est donc observer comment le texte organise une scène d'énonciation et construit une relation de lecture avant même que l'intrigue ne se développe.
On le repère grâce aux marques d'adresse, comme les pronoms de deuxième personne, les apostrophes ou les indications explicites de destinataire. Il peut aussi être déduit de la situation d'énonciation, lorsqu'un récit suppose un interlocuteur qui reçoit les confidences ou les explications du narrateur.
Le narrataire sert souvent à créer une impression de proximité, de dialogue ou de confidence. Il peut aussi permettre au narrateur d'orienter la lecture, de justifier ses propos ou de construire une connivence avec un interlocuteur imaginaire.
Il faut observer à qui le narrateur parle, quelles formes d'adresse sont utilisées et quel rapport cela crée avec le lecteur. On peut ensuite montrer en quoi cette instance influe sur le ton, la persuasion, l'ironie ou l'organisation du récit.
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