USBEK À SON AMI RUSTAN.À Ispahan.Nous n’avons séjourné qu’un jour à Com. Lorsque nous eûmes fait nos dévotions sur le tombeau de la vierge qui a mis au monde douze prophètes, nous nous remîmes en chemin, et hier, vingt-cinquième jour...
USBEK AU PREMIER EUNUQUE NOIR.À son sérail d’Ispahan.Tu es le gardien fidèle des plus belles femmes de Perse ; je t’ai confié ce que j’avois dans le monde de plus cher : tu tiens en tes mains les clefs de...
ZACHI À USBEK.À Tauris.Nous avons ordonné au chef des eunuques de nous mener à la campagne ; il te dira qu’aucun accident ne nous est arrivé. Quand il fallut traverser la rivière et quitter nos litières, nous nous mîmes, selon...
ZÉPHIS À USBEK.À Erzeron.Enfin ce monstre noir a résolu de me désespérer. Il veut à toute force m’ôter mon esclave Zélide, Zélide qui me sert avec tant d’affection, et dont les adroites mains portent partout les ornements et les grâces...
RUSTAN À USBEK.À Erzeron.Tu es le sujet de toutes les conversations d’Ispahan ; on ne parle que de ton départ : les uns l’attribuent à une légèreté d’esprit, les autres à quelque chagrin ; tes amis seuls te défendent, et...
USBEK À SON AMI NESSIR.À Ispahan.À une journée d’Érivan, nous quittâmes la Perse pour entrer dans les terres de l’obéissance des Turcs. Douze jours après, nous arrivâmes à Erzeron, où nous séjournerons trois ou quatre mois.Il faut que je te...
FATMÉ À USBEK.À Erzeron.Il y a deux mois que tu es parti, mon cher Usbek ; et, dans l’abattement où je suis, je ne puis pas me le persuader encore. Je cours tout le sérail comme si tu y étois...
USBEK À SON AMI RUSTAN.À Ispahan.Ta lettre m’a été rendue à Erzeron, où je suis. Je m’étois bien douté que mon départ feroit du bruit : je ne m’en suis point mis en peine : que veux-tu que je suive,...
LE PREMIER EUNUQUE À IBBI.À Erzeron.Tu suis ton ancien maître dans ses voyages ; tu parcours les provinces et les royaumes ; les chagrins ne sauroient faire d’impression sur toi ; chaque instant te montre des choses nouvelles ; tout...
MIRZA À SON AMI USBEK.À Erzeron.Tu étois le seul qui pût me dédommager de l’absence de Rica ; et il n’y avoit que Rica qui pût me consoler de la tienne. Tu nous manques, Usbek : tu étois l’âme de...
USBEK À MIRZA.À Ispahan.Tu renonces à ta raison pour essayer la mienne ; tu descends jusqu’à me consulter ; tu me crois capable de t’instruire. Mon cher Mirza, il y a une chose qui me flatte encore plus que la...
USBEK AU MÊME.À Ispahan.Tu as vu, mon cher Mirza, comment les Troglodytes périrent par leur méchanceté même, et furent les victimes de leurs propres injustices. De tant de familles, il n’en resta que deux qui échappèrent aux malheurs de la...
USBEK AU MÊME.Je ne saurois assez te parler de la vertu des Troglodytes. Un d’eux disoit un jour : Mon père doit demain labourer son champ ; je me lèverai deux heures avant lui, et quand il ira à son...
USBEK AU MÊME.Comme le peuple grossissoit tous les jours, les Troglodytes crurent qu’il étoit à propos de se choisir un roi : ils convinrent qu’il falloit déférer la couronne à celui qui étoit le plus juste ; et ils jetèrent...
LE PREMIER EUNUQUE À JARON,EUNUQUE NOIR.À Erzeron.Je prie le Ciel qu’il te ramène dans ces lieux, et te dérobe à tous les dangers.Quoique je n’aie guère jamais connu cet engagement qu’on appelle amitié, et que je me sois enveloppé tout...
USBEK AU MOLLAK MÉHÉMET ALI,GARDIEN DES TROIS TOMBEAUX.À Com.Pourquoi vis-tu dans les tombeaux, divin mollak ? Tu es bien plus fait pour le séjour des étoiles. Tu te caches sans doute de peur d’obscurcir le soleil : tu n’as point...
USBEK AU MÊME.Je ne puis, divin mollak, calmer mon impatience : je ne saurois attendre ta sublime réponse. J’ai des doutes, il faut les fixer : je sens que ma raison s’égare ; ramène-la dans le droit chemin ; viens...
MÉHÉMET ALI, SERVITEUR DES PROPHÈTES, À USBEK.Vous nous faites toujours des questions qu’on a faites mille fois à notre saint Prophète. Que ne lisez-vous les traditions des docteurs ? que n’allez-vous à cette source pure de toute intelligence ? vous...
USBEK À SON AMI RUSTAN.À Ispahan.Nous n’avons séjourné que huit jours à Tocat : après trente-cinq jours de marche, nous sommes arrivés à Smyrne.De Tocat à Smyrne, on ne trouve pas une seule ville qui mérite qu’on la nomme. J’ai...
USBEK À ZACHI, SA FEMME.Au sérail d’Ispahan.Vous m’avez offensé, Zachi ; et je sens dans mon cœur des mouvements que vous devriez craindre, si mon éloignement ne vous laissoit le temps de changer de conduite, et d’apaiser la violente jalousie...
USBEK AU PREMIER EUNUQUE BLANC.Vous devez trembler à l’ouverture de cette lettre, ou plutôt vous le deviez lorsque vous souffrîtes la perfidie de Nadir. Vous qui, dans une vieillesse froide et languissante, ne pouvez sans crime lever les yeux sur...
JARON AU PREMIER EUNUQUE.À mesure qu’Usbek s’éloigne du sérail, il tourne sa tête vers ses femmes sacrées ; il soupire, il verse des larmes ; sa douleur s’aigrit, ses soupçons se fortifient. Il veut augmenter le nombre de leurs gardiens....
USBEK À SON AMI IBBEN.Nous sommes arrivés à Livourne dans quarante jours de navigation. C’est une ville nouvelle ; elle est un témoignage du génie des ducs de Toscane, qui ont fait d’un village marécageux la ville d’Italie la plus...
RICA À IBBEN.À Smyrne.Nous sommes à Paris depuis un mois, et nous avons toujours été dans un mouvement continuel. Il faut bien des affaires avant qu’on soit logé, qu’on ait trouvé les gens à qui on est adressé, et qu’on...
USBEK À IBBEN.À Smyrne.J’ai reçu une lettre de ton neveu Rhédi : il me mande qu’il quitte Smyrne, dans le dessein de voir l’Italie ; que l’unique but de son voyage est de s’instruire, et de se rendre par là...
USBEK À ROXANE.Au sérail d’Ispahan.Que vous êtes heureuse, Roxane, d’être dans le doux pays de Perse, et non pas dans ces climats empoisonnés où l’on ne connoît ni la pudeur ni la vertu ! Que vous êtes heureuse ! Vous...
USBEK À NESSIR.À Ispahan.Nous sommes à présent à Paris, cette superbe rivale de la ville du soleil{{1}}.Lorsque je partis de Smyrne, je chargeai mon ami Ibben de te faire tenir une boîte où il y avoit quelques présents pour toi...
RICA À ***.Je vis hier une chose assez singulière, quoiqu’elle se passe tous les jours à Paris.Tout le peuple s’assemble sur la fin de l’après-dînée, et va jouer une espèce de scène que j’ai entendu appeler comédie. Le grand mouvement...
RICA À IBBEN.À Smyrne.Le pape est le chef des chrétiens. C’est une vieille idole qu’on encense par habitude. Il étoit autrefois redoutable aux princes mêmes, car il les déposoit aussi facilement que nos magnifiques sultans déposent les rois d’Irimette et...
RICA AU MÊME.À Smyrne.Les habitants de Paris sont d’une curiosité qui va jusqu’à l’extravagance. Lorsque j’arrivai, je fus regardé comme si j’avois été envoyé du ciel : vieillards, hommes, femmes, enfants, tous vouloient me voir. Si je sortois, tout le...
RHÉDI À USBEK.À Paris.Je suis à présent à Venise, mon cher Usbek. On peut avoir vu toutes les villes du monde et être surpris en arrivant à Venise : on sera toujours étonné de voir une ville, des tours et...
RICA À ***.J’allai l’autre jour voir une maison où l’on entretient environ trois cents personnes assez pauvrement. J’eus bientôt fait : car l’église et les bâtiments ne méritent pas d’être regardés. Ceux qui sont dans cette maison étoient assez gais...
USBEK À RHÉDI.À Venise.Le vin est si cher à Paris, par les impôts que l’on y met, qu’il semble qu’on ait entrepris d’y faire exécuter les préceptes du divin Alcoran qui défend d’en boire.Lorsque je pense aux funestes effets de...
USBEK À IBBEN.À Smyrne.Les femmes de Perse sont plus belles que celles de France ; mais celles de France sont plus jolies. Il est difficile de ne point aimer les premières, et de ne se point plaire avec les secondes...
USBEK À GEMCHID, SON COUSINdervis du brillant monastère de Tauris.Que penses-tu des chrétiens, sublime dervis ? Crois-tu qu’au jour du Jugement ils seront comme les infidèles Turcs, qui serviront d’ânes aux Juifs et les mèneront au grand trot en enfer...
Usbek à Rhédi.À Venise.Le café est très en usage à Paris : il y a un grand nombre de maisons publiques où on le distribue. Dans quelques-unes de ces maisons, on dit des nouvelles ; dans d’autres, on joue aux...
Usbek à Ibben.À Smyrne.Le roi de France est vieux. Nous n’avons point d’exemple dans nos histoires d’un monarque qui ait si longtemps régné. On dit qu’il possède à un très haut degré le talent de se faire obéir : il...
Rica à Ibben. À Smyrne.C’est une grande question, parmi les hommes, de savoir s’il est plus avantageux d’ôter aux femmes la liberté, que de la leur laisser ; il me semble qu’il y a bien des raisons pour et contre....
Hagi{{1}} Ibbi au juif Ben Josué, Prosélyte Mahométan. À Smyrne.Il me semble, Ben Josué, qu’il y a toujours des signes éclatants qui préparent à la naissance des hommes extraordinaires ; comme si la nature souffroit une espèce de crise, et...
Usbek à Ibben.À Smyrne.Dèsqu’un grand est mort, on s’assemble dans une mosquée, et l’on fait son oraison funèbre, qui est un discours à sa louange, avec lequel on seroit bien embarrassé de décider au juste du mérite du défunt.Je voudrois...
Le premier eunuque noir à Usbek.Ismaël, un de tes eunuques noirs, vient de mourir, magnifique seigneur, et je ne puis m’empêcher de le remplacer. Comme les eunuques sont extrêmement rares à présent, j’avois pensé de me servir d’un esclave noir...
Pharan à Usbek, son souverain seigneur.Si tu étois ici, magnifique Seigneur, je paroîtrois à ta vue tout couvert de papier blanc, et il n’y en auroit pas assez pour écrire toutes les insultes que ton premier eunuque noir, le plus...
Usbek à Pharan.Aux jardins de Fatmé.Recevez la joie dans votre cœur, et reconnaissez ces sacrés caractères ; faites-les baiser au grand eunuque et à l’intendant de mes jardins. Je leur défends de mettre la main sur vous jusqu’à mon retour...
Usbek à Rhédi. À Venise.Il y a en France trois sortes d’états : l’Église, l’épée et la robe. Chacun a un mépris souverain pour les deux autres : tel, par exemple, que l’on devroit mépriser parce qu’il est un sot,...
RICA À USBEK.À ***.Hier matin, comme j’étois au lit, j’entendis frapper rudement à ma porte, qui fut soudain ouverte ou enfoncée par un homme avec qui j’avois lié quelque société, et qui me parut tout hors de lui-même.Son habillement étoit...
Usbek à Rhédi.À Venise.Je vois ici des gens qui disputent sans fin sur la religion ; mais il me semble qu’ils combattent en même temps à qui l’observera le moins.Non-seulement ils ne sont pas meilleurs chrétiens, mais même meilleurs citoyens...
Zachi à Usbek.À Paris.J’ai une grande nouvelle à t’apprendre : je me suis réconciliée avec Zéphis ; le sérail, partagé entre nous, s’est réuni. Il ne manque que toi dans ces lieux, où la paix règne : viens, mon cher...
Usbek à Rhédi.À Venise.Ceux qui aiment à s’instruire ne sont jamais oisifs quoique je ne sois chargé d’aucune affaire importante, je suis cependant dans une occupation continuelle. Je passe ma vie à examiner ; j’écris le soir ce que j’ai...
Rica à Usbek.À ***.Étant l’autre jour dans ma chambre, je vis entrer un dervis extraordinairement habillé : sa barbe descendoit jusques à sa ceinture de corde ; il avoit les pieds nus ; son habit étoit gris, grossier et, en...
Rica à ***.J’ai vu des gens chez qui la vertu étoit si naturelle qu’elle ne se faisoit pas même sentir : ils s’attachoient à leur devoir sans s’y plier, et s’y portoient comme par instinct ; bien loin de relever...
Nargum, envoyé de Perse en Moscovie, à Usbek.À Paris.On m’a écrit d’Ispahan que tu avois quitté la Perse, et que tu étois actuellement à Paris. Pourquoi faut-il que j’apprenne de tes nouvelles par d’autres que par toi ?Les ordres du...
Rica à Usbek.À ***.J’étois l’autre jour dans une société où je me divertis assez bien. Il y avoit là des femmes de tous les âges : une de quatre-vingts ans, une de soixante, une de quarante, laquelle avoit une nièce...
Zélis à Usbek.À Paris.Jamais passion n’a été plus forte et plus vive que celle de Cosrou, eunuque blanc, pour mon esclave Zélide ; il la demande en mariage avec tant de fureur, que je ne puis la lui refuser. Et...
Rica à Usbek.À ***.J’étois ce matin dans ma chambre, laquelle, comme tu sais, n’est séparée des autres que par une cloison fort mince, et percée en plusieurs endroits ; de manière qu’on entend tout ce qui se dit dans la...
Rica à Ibben.À Smyrne.Chez les peuples d’Europe, le premier quart d’heure du mariage aplanit toutes les difficultés ; les dernières faveurs sont toujours de même date que la bénédiction nuptiale : les femmes n’y font point comme nos Persanes, qui...
Usbek à Ibben.À Smyrne.Le jeu est très en usage en Europe : c’est un état que d’être joueur ; ce seul titre tient lieu de naissance, de bien, de probité : il met tout homme qui le porte au rang...
Usbek à Rhédi.À Venise.Les libertins entretiennent ici un nombre infini de filles de joie ; et les dévots, un nombre innombrable de dervis. Ces dervis font trois vœux, d’obéissance, de pauvreté et de chasteté. On dit que le premier est...
Rica à Rhédi.À Venise.À Paris, mon cher Rhédi, il y a bien des métiers. Là un homme obligeant vient, pour un peu d’argent, vous offrir le secret de faire de l’or.Un autre vous promet de vous faire coucher avec les...
Rica à Usbek.À ***.J’étois l’autre jour dans une maison où il y avoit un cercle de gens de toute espèce : je trouvai la conversation occupée par deux vieilles femmes, qui avoient en vain travaillé tout le matin à se...
Usbek à Ibben.À Smyrne.Tu me demandes s’il y a des Juifs en France ? Sache que, partout où il y a de l’argent, il y a des Juifs. Tu me demandes ce qu’ils y font ? Précisément ce qu’ils font...
Usbek à Rhédi.À Venise.J’entrai l’autre jour dans une église fameuse qu’on appelle Notre-Dame : pendant que j’admirois ce superbe édifice, j’eus occasion de m’entretenir avec un ecclésiastique que la curiosité y avoit attiré comme moi. La conversation tomba sur la...
Zélis à Usbek.À Paris.Ta fille ayant atteint sa septième année, j’ai cru qu’il étoit temps de la faire passer dans les appartements intérieurs du sérail, et de ne point attendre qu’elle ait dix ans pour la confier aux eunuques noirs....
Rica à Usbek.À ***.Je crois que tu veux passer ta vie à la campagne. Je ne te perdois au commencement que pour deux ou trois jours ; et en voilà quinze que je ne t’ai vu : Il est vrai...
Le chef des eunuques noirs à Usbek.À Paris.Je suis dans un embarras que je ne saurois t’exprimer, magnifique seigneur : le sérail est dans un désordre et une confusion épouvantables ; la guerre règne entre tes femmes ; tes eunuques...
Usbek à ses femmes.Au sérail d’Ispahan.J’apprends que le sérail est dans le désordre, et qu’il est rempli de querelles et de divisions intestines. Que vous recommandai-je en partant, que la paix et la bonne intelligence ? Vous me le promîtes...
Rica, à ***.On s’attache ici beaucoup aux sciences, mais je ne sais si on est fort savant. Celui qui doute de tout comme philosophe n’ose rien nier comme théologien ; cet homme contradictoire est toujours content de lui, pourvu qu’on...
Ibben à Usbek.À Paris.Trois vaisseaux sont arrivés ici sans m’avoir apporté de tes nouvelles. Es-tu malade ? ou te plais-tu à m’inquiéter ?Si tu ne m’aimes pas dans un pays où tu n’es lié à rien, que sera-ce au milieu...
Rica à Usbek.À ***.J’allai l’autre jour dîner chez un homme de robe, qui m’en avoit prié plusieurs fois. Après avoir parlé de bien des choses, je lui dis : Monsieur, il me paroît que votre métier est bien pénible. Pas...
Usbek à Rhédi.À Venise.Tu ne te serois jamais imaginé que je fusse devenu plus métaphysicien que je ne l’étois : cela est pourtant, et tu en seras convaincu quand tu auras essuyé ce débordement de ma philosophie.Les philosophes les plus...
Zélis à Usbek.À Paris.Soliman, que tu aimes, est désespéré d’un affront qu’il vient de recevoir. Un jeune étourdi, nommé Suphis, recherchoit depuis trois mois sa fille en mariage : il paroissoit content de la figure de la fille, sur le...
Usbek à Zélis.Je plains Soliman, d’autant plus que le mal est sans remède, et que son gendre n’a fait que se servir de la liberté de la loi. Je trouve cette loi bien dure d’exposer ainsi l’honneur d’une famille aux...
Rica à Usbek.À ***.Je me trouvai l’autre jour dans une compagnie où je vis un homme bien content de lui. Dans un quart d’heure, il décida trois questions de morale, quatre problèmes historiques, et cinq points de physique : Je...
Rica à ***.J’ai ouï parler d’une espèce de tribunal qu’on appelle l’académie françoise : il n’y en a point de moins respecté dans le monde ; car on dit qu’aussitôt qu’il a décidé, le peuple casse ses arrêts, et lui...
Rica à Usbek.À ***.Il y a quelques jours qu’un homme de ma connoissance me dit : Je vous ai promis de vous produire dans les bonnes maisons de Paris ; je vous mène à présent chez un grand seigneur qui...
Usbek à Rhédi.À Venise.Il faut que je te l’avoue, je n’ai point remarqué chez les chrétiens cette persuasion vive de leur religion qui se trouve parmi les musulmans ; il y a bien loin chez eux de la profession à...
Usbek à son ami Ibben.À Smyrne.Les lois sont furieuses en Europe contre ceux qui se tuent eux-mêmes : on les fait mourir, pour ainsi dire, une seconde fois ; ils sont traînés indignement par les rues ; on les note...
Ibben à Usbek.À Paris.Mon cher Usbek, il me semble que, pour un vrai musulman, les malheurs sont moins des châtiments que des menaces. Ce sont des jours bien précieux que ceux qui nous portent à expier les offenses. C’est le...
Rica à Usbek.À ***.Je t’envoie la copie d’une lettre qu’un François qui est en Espagne a écrite ici ; je crois que tu seras bien aise de la voir.Je parcours depuis six mois l’Espagne et le Portugal, et je vis...
Usbek à Rhédi.À Venise.La plupart des législateurs ont été des hommes bornés, que le hasard a mis à la tête des autres et qui n’ont presque consulté que leurs préjugés et leurs fantaisies.Il semble qu’ils aient méconnu la grandeur et...
Le grand eunuque noir à Usbek.À Paris.Hier des Arméniens menèrent au sérail une jeune esclave de Circassie, qu’ils vouloient vendre. Je la fis entrer dans les appartements secrets, je la déshabillai, je l’examinai avec les regards d’un juge ; et...
Usbek à Rhédi.À Venise.Depuis que je suis en Europe, mon cher Rhédi, j’ai vu bien des gouvernements : ce n’est pas comme en Asie, où les règles de la politique se trouvent partout les mêmes.J’ai souvent pensé en moi-même, pour...
Nargum, envoyé de Perse en Moscovie, à Usbek.À Paris.De toutes les nations du monde, mon cher Usbek, il n’y en a pas qui ait surpassé celle des Tartares, ni en gloire, ni dans la grandeur des conquêtes. Ce peuple est...
Rica à Ibben.À Smyrne.Quoique les François parlent beaucoup, il y a cependant parmi eux une espèce de dervis taciturnes qu’on appelle chartreux : on dit qu’ils se coupent la langue en entrant dans le couvent ; et on souhaiteroit fort...
Usbek à Rhédi.À Venise.S’il y a un Dieu, mon cher Rhédi, il faut nécessairement qu’il soit juste : car, s’il ne l’étoit pas, il seroit le plus mauvais et le plus imparfait de tous les êtres.La justice est un rapport...
Rica à ***.À ***.Je fus hier aux Invalides. J’aimerois autant avoir fait cet établissement, si j’étois prince, que d’avoir gagné trois batailles. On y trouve partout la main d’un grand monarque. Je crois que c’est le lieu le plus respectable...
Usbek à Mirza.À Ispahan.Tu sais, Mirza, que quelques ministres de Cha-Soliman avoient formé le dessein d’obliger tous les Arméniens de Perse de quitter le royaume ou de se faire mahométans, dans la pensée que notre empire seroit toujours pollué, tandis...
Rica à ***.Il semble ici que les familles se gouvernent toutes seules : le mari n’a qu’une ombre d’autorité sur sa femme, le père sur ses enfants, le maître sur ses esclaves ; la justice se mêle de tous leurs...
Rica à ***.On dit que l’homme est un animal sociable. Sur ce pied-là, il me paroît qu’un François est plus homme qu’un autre, c’est l’homme par excellence ; car il semble être fait uniquement pour la société.Mais j’ai remarqué parmi...
USBEK À RHÉDI.À Venise.ÀParis règne la liberté et l’égalité. La naissance, la vertu, le mérite même de la guerre, quelque brillant qu’il soit, ne sauve pas un homme de la foule dans laquelle il est confondu. La jalousie des rangs...
USBEK À IBBEN.À Smyrne.Le désir de la gloire n’est point différent de cet instinct que toutes les créatures ont pour leur conservation. Il semble que nous augmentons notre être lorsque nous pouvons le porter dans la mémoire des autres :...
USBEK AU MÊME.À Smyrne.De cette passion générale que la nation françoise a pour la gloire, il s’est formé dans l’esprit des particuliers un certain je ne sais quoi, qu’on appelle point d’honneur : C’est proprement le caractère de chaque profession...
USBEK À RUSTAN.À Ispahan.Il paroît ici un personnage travesti en ambassadeur de Perse, qui se joue insolemment des deux plus grands rois du monde. Il apporte au monarque des François des présents que le nôtre ne sauroit donner à un...
USBEK À RHÉDI.À Venise.Le monarque qui a si longtemps régné n’est plus{{1}}. Il a bien fait parler des gens pendant sa vie ; tout le monde s’est tû à sa mort. Ferme et courageux dans ce dernier moment, il a...
USBEK À SON FRÈRE.SANTON AU MONASTÈRE DE CASBIN.Je m’humilie devant toi, sacré santon, et je me prosterne : je regarde les vestiges de tes pieds comme la prunelle de mes yeux. Ta sainteté est si grande qu’il semble que tu...
USBEK À RHÉDI.À Venise.Je n’ai jamais ouï parler du droit public, qu’on n’ait commencé par rechercher soigneusement quelle est l’origine des sociétés ; ce qui me paroît ridicule. Si les hommes n’en formoient point, s’ils se quittoient et se fuyoient...
USBEK AU MÊME.À Venise.Les magistrats doivent rendre la justice de citoyen à citoyen : chaque peuple la doit rendre lui-même de lui à un autre peuple. Dans cette seconde distribution de justice, on ne peut employer d’autres maximes que dans...
LE PREMIER EUNUQUE À USBEK.À Paris.Il est arrivé ici beaucoup de femmes jaunes du royaume de Visapour ; j’en ai acheté une pour ton frère le gouverneur de Mazendéran, qui m’envoya il y a un mois son commandement sublime et...
USBEK À HASSEIN, DERVIS DE LA MONTAGNE DE JARON.Ôtoi, sage dervis, dont l’esprit curieux brille de tant de connoissances, écoute ce que je vais te dire.Il y a ici des philosophes qui, à la vérité, n’ont point atteint jusqu’au faîte...
USBEK À IBBEN.À Smyrne.Il n’y a point de pays au monde où la fortune soit si inconstante que dans celui-ci. Il arrive tous les dix ans des révolutions qui précipitent le riche dans la misère, et enlèvent le pauvre, avec...
RICA À RHÉDI.À Venise.Je trouve les caprices de la mode, chez les François, étonnants. Ils ont oublié comment ils étoient habillés cet été ; ils ignorent encore plus comment ils le seront cet hiver : mais, surtout, on ne sauroit...
RICA AU MÊMEJe te parlois l’autre jour de l’inconstance prodigieuse des François sur leurs modes. Cependant il est inconcevable à quel point ils en sont entêtés : c’est la règle avec laquelle ils jugent de tout ce qui se fait...
USBEK À ***.On parle toujours ici de la Constitution. J’entrai l’autre jour dans une maison où je vis d’abord un gros homme avec un teint vermeil, qui disoit d’une voix forte : J’ai donné mon mandement ; je n’irai point...
USBEK À IBBEN.À Smyrne.Les plus puissants États de l’Europe sont ceux de l’empereur, des rois de France, d’Espagne et d’Angleterre. L’Italie et une grande partie de l’Allemagne sont partagées en un nombre infini de petits États, dont les princes sont,...
USBEK AU MÊME.Pour suivre l’idée de ma dernière lettre, voici à peu près ce que me disoit, l’autre jour, un Européen assez sensé :Le plus mauvais parti que les princes d’Asie aient pu prendre, c’est de se cacher comme ils...
USBEK AU MÊME.Tous les peuples d’Europe ne sont pas également soumis à leurs princes : par exemple, l’humeur impatiente des Anglois ne laisse guère à leur roi le temps d’appesantir son autorité ; la soumission et l’obéissance sont les vertus...
RHÉDI À USBEK.À Paris.Tu m’as beaucoup parlé, dans une de tes lettres, des sciences et des arts cultivés en Occident. Tu me vas regarder comme un barbare ; mais je ne sais si l’utilité que l’on en retire dédommage les...
USBEK À RHÉDI.À Venise.Ou tu ne penses pas ce que tu dis, ou bien tu fais mieux que tu ne penses. Tu as quitté ta patrie pour t’instruire, et tu méprises toute instruction : tu viens pour te former dans...
RICA À IBBEN.À Smyrne.J’ai vu le jeune monarque : sa vie est bien précieuse à ses sujets ; elle ne l’est pas moins à toute l’Europe, par les grands troubles que sa mort pourroit produire. Mais les rois sont comme...
USBEK À ***.Il y a une espèce de livres que nous ne connoissons point en Perse, et qui me paroissent ici fort à la mode : ce sont les journaux. La paresse se sent flattée en les lisant : on...
RICA À ***.L’université de Paris est la fille aînée des rois de France, et très aînée ; car elle a plus de neuf cents ans : aussi rêve-t-elle quelquefois.On m’a conté qu’elle eut, il y a quelque temps, un grand...
RICA À ***.Le rôle d’une jolie femme est beaucoup plus grave que l’on ne pense. Il n’y a rien de plus sérieux que ce qui se passe le matin à sa toilette, au milieu de ses domestiques ; un général...
USBEK À ***.Le règne du feu roi a été si long, que la fin en avoit fait oublier le commencement. C’est aujourd’hui la mode de ne s’occuper que des événements arrivés dans sa minorité ; et on ne lit plus...
RHÉDI À USBEK.À Paris.Pendant le séjour que je fais en Europe, je lis les historiens anciens et modernes : je compare tous les temps ; j’ai du plaisir à les voir passer, pour ainsi dire, devant moi ; et j’arrête...
USBEK À RHÉDI.À Venise.Le monde, mon cher Rhédi, n’est point incorruptible ; les cieux mêmes ne le sont pas : les astronomes sont des témoins oculaires de leurs changements, qui sont des effets bien naturels du mouvement universel de la...
USBEK AU MÊME.Tu cherches la raison pourquoi la terre est moins peuplée qu’elle ne l’étoit autrefois : et si tu y fais bien attention, tu verras que la grande différence vient de celle qui est arrivée dans les mœurs.Depuis que...
USBEK AU MÊME.Les Romains n’avoient pas moins d’esclaves que nous ; ils en avoient même plus : mais ils en faisoient un meilleur usage.Bien loin d’empêcher, par des voies forcées, la multiplication de ces esclaves, ils la favorisoient au contraire...
USBEK AU MÊME.Nous avons, jusques ici parlé des pays mahométans, et cherché la raison pourquoi ils sont moins peuplés que ceux qui étoient soumis à la domination des Romains : examinons à présent ce qui a produit cet effet chez...
USBEK AU MÊME.La prohibition du divorce n’est pas la seule cause de la dépopulation des pays chrétiens : le grand nombre d’eunuques qu’ils ont parmi eux n’en est pas une moins considérable.Je parle des prêtres et des dervis de l’un...
USBEK AU MÊME.Nous n’avons plus rien à dire de l’Asie et de l’Europe ; passons à l’Afrique. On ne peut guère parler que de ses côtes, parce qu’on n’en connaît pas l’intérieur.Celles de Barbarie, où la religion mahométane est établie,...
USBEK AU MÊME.La fécondité d’un peuple dépend quelquefois des plus petites circonstances du monde : de manière qu’il ne faut souvent qu’un nouveau tour dans son imagination pour le rendre beaucoup plus nombreux qu’il n’étoit.Les Juifs, toujours exterminés et toujours...
USBEK AU MÊME.Les pays habités par les sauvages sont ordinairement peu peuplés, par l’éloignement qu’ils ont presque tous pour le travail et la culture de la terre. Cette malheureuse aversion est si forte que, lorsqu’ils font quelque imprécation contre quelqu’un...
USBEK AU MÊME.L’effet ordinaire des colonies est d’affaiblir les pays d’où on les tire, sans peupler ceux où on les envoie.Il faut que les hommes restent où ils sont : il y a des maladies qui viennent de ce qu’on...
USBEK AU MÊME.La douceur du gouvernement contribue merveilleusement à la propagation de l’espèce. Toutes les républiques en sont une preuve constante ; et, plus que toutes, la Suisse et la Hollande, qui sont les deux plus mauvais pays de l’Europe,...
USBEK AU MOLLAK MÉHÉMET ALI.Gardien des trois tombeaux.À Com.Que nous servent les jeûnes des immaums et les cilices des mollaks ? La main de Dieu s’est deux fois appesantie sur les enfants de la loi, le soleil s’obscurcit, et semble...
USBEK À RHÉDI.À Venise.Quel peut être le motif de ces libéralités immenses que les princes versent sur leurs courtisans ? Veulent-ils se les attacher ? Ils leur sont déjà acquis autant qu’ils peuvent l’être. Et, d’ailleurs, s’ils acquièrent quelques-uns de...
RICA À ***.On est bien embarrassé, dans toutes les religions, quand il s’agit de donner une idée des plaisirs qui sont destinés à ceux qui ont bien vécu. On épouvante facilement les méchants par une longue suite de peines, dont...
RICA À USBEK.À ***.Je t’attends ici demain : cependant je t’envoie tes lettres d’Ispahan. Les miennes portent que l’ambassadeur du Grand Mogol a reçu ordre de sortir du royaume. On ajoute qu’on a fait arrêter le prince, oncle du roi,...
RICA À IBBEN.À Smyrne.Tu as ouï parler mille fois du fameux roi de Suède : il assiégeoit une place dans un royaume qu’on nomme la Norvège ; comme il visitoit la tranchée, seul avec un ingénieur, il a reçu un...
RICA À USBEK.À ***.Je passois l’autre jour sur le Pont-Neuf avec un de mes amis : il rencontra un homme de sa connoissance qu’il me dit être un géomètre ; et il n’y avoit rien qui n’y parût, car il...
RICA À ***.Je te parlerai dans cette lettre d’une certaine nation qu’on appelle les nouvellistes, qui s’assemble dans un jardin magnifique, où leur oisiveté est toujours occupée. Ils sont très-inutiles à l’État, et leurs discours de cinquante ans n’ont pas...
RHÉDI À RICA.À Paris.Une des choses qui a le plus exercé ma curiosité en arrivant en Europe, c’est l’histoire et l’origine des républiques. Tu sais que la plupart des Asiatiques n’ont pas seulement d’idée de cette sorte de gouvernement, et...
RICA À ***.Je fus, il y a cinq ou six mois, dans un caffé ; j’y remarquai un gentilhomme assez bien mis qui se faisoit écouter : il parloit du plaisir qu’il y avoit de vivre à Paris ; il...
RICA À ***.J’allai l’autre jour voir une grande bibliothèque dans un couvent de dervis, qui en sont comme les dépositaires, mais qui sont obligés d’y laisser entrer tout le monde à certaines heures.En entrant, je vis un homme grave qui...
RICA AU MÊME.Je retournai le lendemain à cette bibliothèque, où je trouvai tout un autre homme que celui que j’avois vu la première fois : son air étoit simple, sa physionomie spirituelle, et son abord très-affable. Dès que je lui...
RICA AU MÊME.Je revins à l’heure marquée, et mon homme me mena précisément à l’endroit où nous nous étions quittés. Voici, me dit-il, les grammairiens, les glossateurs et les commentateurs. Mon Père, lui dis-je, tous ces gens-là ne peuvent-ils pas...
RICA AU MÊME.Dans l’entrevue suivante, mon savant me mena dans un cabinet particulier. Voici les livres d’histoire moderne, me dit-il. Voyez premièrement les historiens de l’Église et des papes ; livres que je lis pour m’édifier, et qui font en...
RICA AU MÊME.Le lendemain, il me mena dans un autre cabinet. Ce sont ici les poëtes, me dit-il ; c’est-à-dire ces auteurs dont le métier est de mettre des entraves au bon sens, et d’accabler la raison sous les agréments...
RICA À IBBEN.À Smyrne.Les ministres se succèdent et se détruisent ici comme les saisons : depuis trois ans j’ai vu changer quatre fois de système sur les finances. On lève aujourd’hui, en Perse et en Turquie, les subsides de la...
RICA AU MÊME.Voici un grand exemple de la tendresse conjugale, non seulement dans une femme, mais dans une reine. La reine de Suède, voulant à toute force associer le prince son époux à la couronne, pour aplanir toutes les difficultés,...
RICA À USBEK.À ***.Le parlement de Paris vient d’être relégué dans une petite ville qu’on appelle Pontoise. Le Conseil lui a envoyé enregistrer ou approuver une déclaration qui le déshonore ; et il l’a enregistrée d’une manière qui déshonore le...
RICA AU MÊME.À ***.J’irai te voir sur la fin de la semaine : que les jours couleront agréablement avec toi !Je fus présenté, il y a quelques jours, à une dame de la cour, qui avoit quelque envie de voir...
RICA À USBEK.À ***.Voici une lettre que je reçus hier d’un savant ; elle te paraîtra singulière :« Monsieur,« Il y a six mois que j’ai recueilli la succession d’un oncle très riche, qui m’a laissé cinq ou six cent...
RICA À NATHANAEL LÉVI, MÉDECIN JUIF.À Livourne.Tu me demandes ce que je pense de la vertu des amulettes, et de la puissance des talismans. Pourquoi t’adresses-tu à moi ? Tu es juif, et je suis mahométan : c’est-à-dire que nous...
USBEK À RICA.Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison de campagne où j’étois allé, deux savants qui ont ici une grande célébrité. Leur caractère me parut admirable. La conversation du premier, bien appréciée, se réduisoit à ceci...
USBEK À ***.Un homme d’esprit est ordinairement difficile dans les sociétés. Il choisit peu de personnes ; il s’ennuie avec tout ce grand nombre de gens qu’il lui plaît appeler mauvaise compagnie ; il est impossible qu’il ne fasse un...
USBEK À RHÉDI.À Venise.Il y a longtemps que l’on a dit que la bonne foi étoit l’âme d’un grand ministre.Un particulier peut jouir de l’obscurité où il se trouve ; il ne se décrédite que devant quelques gens ; il...
LE GRAND EUNUQUE À USBEK.À Paris.Les choses sont venues à un état qui ne se peut plus soutenir : tes femmes se sont imaginé que ton départ leur laissoit une impunité entière ; il se passe ici des choses horribles...
USBEK AU PREMIER EUNUQUE.Au sérail d’Ispahan.Recevez par cette lettre un pouvoir sans bornes sur tout le sérail : commandez avec autant d’autorité que moi-même ; que la crainte et la terreur marchent avec vous ; courez d’appartements en appartements porter...
NARSIT À USBEK.À Paris.Le grand eunuque vient de mourir, magnifique Seigneur : comme je suis le plus vieux de tes esclaves, j’ai pris sa place, jusques à ce que tu aies fait connoître sur qui tu veux jeter les yeux.Deux...
USBEK À NARSIT.Au sérail d’Ispahan.Malheureux que vous êtes ! vous avez dans vos mains des lettres qui contiennent des ordres prompts et violents ; le moindre retardement peut me désespérer : et vous demeurez tranquille sous un vain prétexte !Il...
SOLIM À USBEK.À Paris.Si je gardois plus longtemps le silence, je serois aussi coupable que tous ces criminels que tu as dans le sérail.J’étois le confident du grand eunuque, le plus fidèle de tes esclaves. Lorsqu’il se vit près de...
NARSIT À USBEK.À Paris.Roxane et Zélis ont souhaité d’aller à la campagne ; je n’ai pas cru devoir le leur refuser. Heureux Usbek ! tu as des femmes fidèles et des esclaves vigilants : je commande en des lieux où...
USBEK À SOLIM.Au sérail d’Ispahan.Je te mets le fer à la main. Je te confie ce que j’ai à présent dans le monde de plus cher, qui est ma vengeance. Entre dans ce nouvel emploi : mais n’y porte ni...
USBEK À SES FEMMES.Au sérail d’Ispahan.Puisse cette lettre être comme la foudre qui tombe au milieu des éclairs et des tempêtes ! Solim est votre premier eunuque, non pas pour vous garder, mais pour vous punir. Que tout le sérail...
USBEK À NESSIR.À Ispahan.Heureux celui qui, connoissant le prix d’une vie douce et tranquille, repose son cœur au milieu de sa famille, et ne connaît d’autre terre que celle qui lui a donné le jour.Je vis dans un climat barbare,...
ROXANE À USBEK.À Paris.L’horreur, la nuit et l’épouvante règnent dans le sérail ; un deuil affreux l’environne : un tigre y exerce à chaque instant toute sa rage ; il a mis dans les supplices deux eunuques blancs, qui n’ont...
ZACHI À USBEK.À Paris.ÔCiel ! un barbare m’a outragée jusque dans la manière de me punir ! Il m’a infligé ce châtiment qui commence par alarmer la pudeur ; ce châtiment qui met dans l’humiliation extrême ; ce châtiment qui...
ZÉLIS À USBEK.À Paris.Àmille lieues de moi, vous me jugez coupable : à mille lieues de moi, vous me punissez.Qu’un eunuque barbare porte sur moi ses viles mains, il agit par votre ordre : c’est le tyran qui m’outrage, et...
SOLIM À USBEK.À Paris.Je me plains, magnifique Seigneur, et je te plains : jamais serviteur fidèle n’est descendu dans l’affreux désespoir où je suis. Voici tes malheurs et les miens. Je ne t’en écris qu’en tremblant.Je jure, par tous les...
SOLIM À USBEK.À Paris.J’ai pris mon parti : tous tes malheurs vont disparaître ; je vais punir.Je sens déjà une joie secrète ; mon âme et la tienne vont s’apaiser : nous allons exterminer le crime, et l’innocence va pâlir.Ô...
ROXANE À USBEK.À Paris.Oui, je t’ai trompé ; j’ai séduit tes eunuques ; je me suis jouée de ta jalousie ; et j’ai su, de ton affreux sérail, faire un lieu de délices et de plaisirs.Je vais mourir ; le...