Les rimes embrassées organisent les sonorités finales des vers selon un encadrement caractéristique, essentiel à l'étude de nombreuses formes poétiques.
La rime embrassée est une disposition des rimes dans laquelle deux vers de même rime encadrent deux autres vers partageant une seconde rime. Son schéma est ABBA : le premier vers rime avec le quatrième, tandis que le deuxième rime avec le troisième. On parle généralement de rimes embrassées, au pluriel, pour désigner cette organisation.
Dans un quatrain dont les vers se termineraient successivement par jour, lumière, rivière et amour, les rimes seraient embrassées : « jour » et « amour » formeraient la rime extérieure, « lumière » et « rivière » la rime intérieure. Le terme désigne donc un agencement des rimes, et non une catégorie définie par leur richesse sonore ou par la longueur des vers.
Le mot rime, attesté en ancien français, possède une étymologie discutée. Il est généralement rapproché du latin rhythmus, lui-même emprunté au grec rhuthmós, qui désigne une organisation du mouvement, une cadence ou un rythme. Une influence du francique *rīm, associé à l'idée de série ou de nombre, a également été proposée. Dans le vocabulaire poétique français, le mot s'est spécialisé pour désigner une correspondance sonore entre les terminaisons des vers.
Embrassée vient du verbe embrasser, formé sur « bras », issu du latin bracchium, emprunté au grec brakhíōn. Le sens pertinent est ici « entourer de ses bras », et non « donner un baiser ». Par métaphore, les deux rimes extérieures entourent les deux rimes intérieures : le vocabulaire de la versification transpose ainsi une image corporelle dans la description d'une structure sonore.
Disposition embrassée des rimes et schéma de rimes ABBA sont des formulations équivalentes. La première insiste sur l'organisation poétique ; la seconde fournit une notation technique immédiatement lisible.
Rimes enveloppantes constitue une expression descriptive proche, mais moins consacrée dans la terminologie scolaire. Quatrain à rimes embrassées désigne, plus précisément, une strophe de quatre vers construite selon cette disposition : ce n'est donc pas un synonyme exact du procédé lui-même.
Les rimes croisées suivent le schéma ABAB : les deux sonorités alternent. Les rimes plates, également appelées rimes suivies, suivent le schéma AABB : les vers rimant ensemble se succèdent immédiatement.
La richesse des rimes relève d'un autre critère. Une rime peut être pauvre, suffisante ou riche selon le nombre de sons communs, tout en appartenant à une disposition embrassée. De même, la distinction entre rimes masculines et féminines concerne, dans la versification traditionnelle, la présence ou l'absence d'un « e » caduc final, non l'ordre des rimes.
Enfin, le chiasme organise des éléments selon une structure inversée, souvent notée elle aussi ABBA. Toutefois, il porte sur des mots, des fonctions grammaticales ou des idées, tandis que les rimes embrassées organisent les terminaisons sonores des vers. Une ressemblance de schéma ne suffit pas à identifier les deux procédés.
Les rimes embrassées occupent une place importante dans la versification française traditionnelle. Elles sont notamment fréquentes dans les quatrains du sonnet, forme d'origine italienne qui s'impose en France au XVIe siècle. Dans de nombreux sonnets réguliers français, les deux quatrains reprennent les mêmes rimes selon le schéma ABBA ABBA, sans que cette disposition définisse à elle seule tous les sonnets.
Sur le plan expressif, le retour de la rime initiale au quatrième vers peut produire une impression de clôture ou d'encadrement. Les deux vers centraux peuvent alors sembler former le cœur d'une unité. Cet effet n'est cependant pas automatique : il dépend de la syntaxe, du sens et du rythme, qui peuvent renforcer cette organisation ou la contrarier.
La rime embrassée n'est donc pas, à proprement parler, une figure de style comparable à la métaphore. C'est un procédé de composition qui peut acquérir une valeur rhétorique dans un contexte précis. La poésie moderne conserve parfois cette architecture, parfois l'assouplit, et parfois s'en affranchit en recourant au vers libre.
Relevez les mots placés à la fin des vers, puis comparez leur prononciation à partir de la dernière voyelle accentuée. Fiez-vous aux sons plutôt qu'à l'orthographe : des graphies différentes peuvent rimer. Pour un texte ancien, une prononciation historique peut être nécessaire si les correspondances semblent imparfaites à l'oreille contemporaine.
Examinez les mots mis en relation par la rime : appartiennent-ils au même champ lexical, expriment-ils une opposition ou rapprochent-ils deux images ? Observez ensuite si une phrase s'achève avec la strophe ou se poursuit au-delà. Appuyez votre interprétation sur ces indices précis, plutôt que d'attribuer au schéma une signification universelle.
Ronsard les emploie dans de nombreux sonnets amoureux, notamment dans les Sonnets pour Hélène. Baudelaire en offre un exemple célèbre dans le premier quatrain de Correspondances, avec les terminaisons « piliers », « paroles », « symboles » et « familiers ». Ces exemples montrent leur présence aussi bien dans la poésie de la Renaissance que dans celle du XIXe siècle.
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